A. Déchénais (Bordeaux Convention Bureau) : « une montée en puissance des capacités d’accueil

Dynamique continue, capacités d'accueil accrues, nouveaux hôtels et lieux événementiels : Amélie Dechénais, directrice du Bordeaux Convention Bureau, fait le tour complet de sa destination.

Comment se porte l’activité événementielle à Bordeaux ?

Amélie Dechénais – La destination a connu une progression continue depuis la pandémie. Entre 2024 et 2025, nous observons une certaine stabilisation, mais à des niveaux particulièrement élevés avec des salons majoritairement à vocation nationale, mais aussi des congrès scientifiques et professionnels de dimension internationale. Cette dynamique est directement liée à la montée en puissance des capacités d’accueil. L’ouverture du Palais 2 l’Atlantique permet désormais d’accueillir des congrès jusqu’à six mille personnes en plénière, ce qui représente un bond significatif.

De nouveaux lieux événementiels se sont-ils aussi ajouter à l’offre bordelaise ?

A. D. – Depuis l’ouverture de ce lieu de référence, de nombreux espaces de taille intermédiaire, pouvant accueillir entre 200 et 400 personnes, ont également vu le jour. Sur la rive droite, le Bien public, qui appartient au même groupe que la Bellevilloise à Paris (NDLR : Cultplace), a aussi ouvert ses portes et propose une salle de concert, un auditorium et un restaurant privatisable. Ce qui en fait un lieu polyvalent, adapté aussi bien aux soirées de gala qu’aux événements d’entreprise. Au final, la capacité globale de la destination a progressé à tous les niveaux et cette montée en puissance touche à son terme. En effet, nous n’avons pas d’autres équipements de grande envergure en cours d’ouverture, ce qui est une bonne chose : l’offre est désormais cohérente et complète.

D’autant que l’hôtellerie a aussi suivi le mouvement.

A. D. – En effet, l’arrivée de nombreuses nouvelles chambres a considérablement étoffé l’offre hôtelière. De nouvelles enseignes sont ainsi arrivées comme Renaissance, Hilton Garden Inn ou Hampton à l’aéroport de Mérignac. En plus de la rénovation complète du Burdigala et de l’ouverture d’un autre cinq étoiles, l’hôtel 56 (NDLR : qui passera bientôt sous la marque Accor Handwritten Collection), ou encore de l’agrandissement de l’hôtel Eklo. Dans les projets à venir, un nouvel hôtel cinq étoiles à caractère lifestyle est en cours de construction place Gambetta, dans un immeuble qui abritait autrefois un Virgin Megastore. L’enseigne n’a pas encore été officiellement dévoilée (NDLR : que son propriétaire soit aussi celui de l’InterContinental pourrait plaider pour une enseigne du groupe IHG), mais cet établissement d’une centaine de chambres devrait ouvrir en 2027 et disposera d’un rooftop. Une première pour ce quartier.

Toujours concernant l’hôtellerie, où en est la situation du Sheraton à l’aéroport de Bordeaux ?

A. D. – Le Sheraton a dû fermer ses portes un an et demi après son lancement. La fermeture n’était pas liée à l’activité de l’établissement, qui fonctionnait plutôt bien, mais aux difficultés financières rencontrées par son propriétaire, le groupe Naos. Le centre de congrès attenant est également fermé, les deux équipements étant intrinsèquement liés. Des investisseurs se sont positionnés, mais aucune reprise officielle n’a été annoncée à ce stade. C’est d’autant plus regrettable qu’il s’agissait d’un très bel ensemble.

La destination Bordeaux est immédiatement associée au vin. Comment ce patrimoine s’intègre-t-il aux événements professionnels ?

A. D. – L’offre événementielle dans le vignoble s’enrichit régulièrement. Parmi les nouveautés, le château Haut Bailly a rénové ses anciens chais pour y créer un parcours visiteur ainsi qu’une grande salle de réception pouvant accueillir jusqu’à cent trente personnes assises. C’est représentatif d’une tendance de fond dans la région : de nombreux châteaux ont saisi l’opportunité de la construction de nouveaux chais pour repenser entièrement l’accueil des visiteurs et étendre leurs capacités événementielles. Ce qui fait la force de Bordeaux, c’est précisément cette amplitude : on peut y organiser un séminaire confidentiel de quinze personnes dans un chai d’exception comme un congrès international de plusieurs milliers de participants.

Reste ce qui peut être vu comme un handicap, une connectivité aérienne qui se restreint. Le départ de Ryanair de Bordeaux a-t-il affecté la destination ?

A. D. – L’impact se fait surtout sentir sur le tourisme de loisirs. Sur le segment MICE, en revanche, nous n’avons pas constaté de différence notable. Par ailleurs, ce retrait répond en partie à une stratégie délibérée : Ryanair est un opérateur ultra low cost dont les pratiques en matière de RSE et de conditions de travail s’éloignent des exigences portées par la destination. En parallèle, la réaction du marché a été encourageante : dès le départ de Ryanair, des compagnies comme EasyJet et Volotea ont repris un grand nombre de liaisons, confirmant l’attractivité de la destination.

L’aéroport a-t-il réussi à compenser le départ de Ryanair ?

A. D. – Le directeur de l’aéroport estime qu’en deux à trois ans, les volumes de passagers devraient retrouver les niveaux antérieurs, ce qui est remarquablement rapide pour ce type de recomposition. La dépendance excessive envers une seule compagnie constituait par ailleurs un risque structurel. La diversification était donc à la fois souhaitée et nécessaire. La clientèle qui se déplacera sera sans doute différente, et c’est une évolution que nous accueillons favorablement.

Cette évolution qui peut aussi être soutenue L’aéroport mène-t-il également des projets de modernisation ?

A. D. – En effet, un ambitieux projet de rénovation est en cours, avec l’ouverture d’un nouveau terminal. L’objectif affiché est d’en faire l’aéroport français le plus avancé en matière d’écoresponsabilité. Plusieurs axes sont poursuivis simultanément : le développement des biocarburants durables en partenariat avec la région Nouvelle-Aquitaine ; l’installation d’un parc photovoltaïque ; et des actions de préservation de la biodiversité sur les espaces naturels que gère l’aéroport. Une feuille de route précise structure ces engagements.

Gare Saint-Jean Bordeaux © katatonia - stock.adobe.com
Gare Saint-Jean Bordeaux © katatonia – stock.adobe.com

Puisque nous évoquons l’aéroport de Bordeaux Mérignac, l’une des autres évolutions récentes est sa liaison en tramway avec le centre-ville. Est-ce un atout pour les voyageurs et le tourisme d’affaires ?

A. D. – L’ouverture récente de cette ligne de tramway directe constitue une avancée majeure. Au-delà du gain de temps – environ quarante-cinq minutes pour rejoindre le cœur de la ville -, la tarification change aussi la donne : le trajet est facturé au tarif standard d’un ticket de tramway, soit 1,70 euro, là où d’autres villes imposent un billet spécifique nettement plus onéreux pour l’accès à leur aéroport. Le tramway s’impose dès lors comme la solution la plus fiable, les visiteurs professionnels n’ayant plus besoin de recourir à un véhicule personnel ou à la location pour se déplacer, d’autant que le centre historique de Bordeaux se parcourt très facilement à pied ou en transports en commun.

Du côté du ferroviaire, y a-t-il des bonnes nouvelles pour les organisateurs ?

A. D. – Selon des annonces récentes de la SNCF, les capacités des TGV desservant Bordeaux vont augmenter de 20% d’ici la fin de l’année, grâce à l’accroissement de la capacité des trains existants. C’est une réponse directe aux préoccupations de certains organisateurs, qui hésitaient à retenir Bordeaux par crainte d’un manque de disponibilités sur des liaisons déjà très sollicitées. Les temps de trajet se situent entre deux heures vingt et deux heures trente depuis Paris, ce qui place Bordeaux dans une position très confortable pour le tourisme d’affaires.

Le quartier de la gare est-il lui aussi en pleine transformation ?

A. D. – Des projets d’envergure y sont effectivement engagés. La gare de Bordeaux-Saint-Jean anticipe des flux de voyageurs croissants, liés notamment à l’arrivée potentielle de nouveaux opérateurs ferroviaires sur l’axe Atlantique. En parallèle, un projet de requalification urbaine ambitieux, baptisé Canopia, prévoit la création d’une grande artère commerçante débouchant sur un parc relié aux quais de la Garonne. Trois hôtels sont annoncés, dont un Tribe (NDLR : du groupe Accor) et une auberge de jeunesse. Des espaces commerciaux compléteront l’ensemble. Ce projet illustre bien la transformation en profondeur que connaît ce quartier, longtemps resté en retrait de la dynamique du centre historique.

La rive droite bénéficie-t-elle elle aussi de ces améliorations ?

A. D. – La rive droite a connu des progrès significatifs. L’ouverture du pont Simone-Veil, dernier pont au sud de Bordeaux, améliore notamment la desserte de l’Arkéa Arena. Des lignes de bus à haut niveau de service, fonctionnant avec des couloirs dédiés à la manière d’un tramway, complètent le maillage et permettent notamment de faire le tour de la métropole. Par ailleurs, des navettes fluviales intégrées au réseau de transports en commun permettent désormais de traverser la Garonne en sept minutes. Des pontons dédiés ont été aménagés à proximité de la Cité du Vin, du Bien public et de l’Arkéa Arena, ce qui offre aux organisateurs une logistique fluviale inédite, avec des événements qui peuvent se dérouler sur plusieurs sites des deux côtés du fleuve.

Bien Public
Bien Public

Parlons engagement durable. Où en êtes-vous sur les certifications RSE ?

A. D. – Nous avions fixé l’objectif d’atteindre 50% de partenaires écocertifiés à fin 2025. Et au début de l’année 2026, nous affichons un résultat de 52%, ce dont nous sommes fiers. Cela confère une vraie crédibilité vis-à-vis des organisateurs d’événements. Avec dispositif Bordeaux Impact Full Events, nous les accompagnons dans leur démarche responsable. Dès la phase de définition des cahiers des charges, notre équipe commerciale met à leur disposition des outils pratiques pour réduire l’empreinte carbone de leur événement, notamment sur le volet restauration. Par exemple, nous leur expliquons que passer à 25% de plats végétariens sur un dîner de 200 couverts peut représenter une réduction significative des émissions. Le regard a profondément changé ces dernières années. Il y a sept ou huit ans, nos restaurateurs et traiteurs étaient moins à l’aise avec les offres végétariennes. Aujourd’hui, ils proposent des créations d’une grande richesse et originalité. Les organisateurs eux-mêmes ont évolué : autrefois très réticents, ils s’ouvrent de plus en plus à ces formules.

Au-delà de la restauration, comment associez-vous les événements à des actions solidaires ?

A. D. – Nous avons constitué un réseau d’associations locales avec lesquelles nous mettons en relation les organisateurs d’événements. Lorsqu’un congrès ou une convention est confirmé, notre convention bureau propose à l’organisateur des partenariats adaptés à ses valeurs ou à celles de son client. L’idée est de permettre à l’événement d’avoir un impact positif sur le territoire, au-delà de sa seule empreinte économique.