
C’est acté et signé mais il aura fallu attendre cinq ans. C’est en effet en 2016 que la Commission Européenne avait reçu un mandat pour négocier un « accord global de transport aérien » avec le Qatar. Les négociations avaient été conclues en 2019.
Mais, le différend entre l’Espagne et le Royaume-Uni sur la gestion de l’aéroport de Gibraltar avait alors repoussé la signature de l’accord par l’Union Européenne. Le Royaume-Uni est parti, la crise du Covid semble désormais à peu près maîtrisée. L’accord a donc finalement pu être entériné cette semaine.
L’accord...
C’est acté et signé mais il aura fallu attendre cinq ans. C’est en effet en 2016 que la Commission Européenne avait reçu un mandat pour négocier un « accord global de transport aérien » avec le Qatar. Les négociations avaient été conclues en 2019.
Mais, le différend entre l’Espagne et le Royaume-Uni sur la gestion de l’aéroport de Gibraltar avait alors repoussé la signature de l’accord par l’Union Européenne. Le Royaume-Uni est parti, la crise du Covid semble désormais à peu près maîtrisée. L’accord a donc finalement pu être entériné cette semaine.
L’accord remplace ainsi tous les accords bilatéraux signés par les états membres de l’Union avec le Qatar. Outre la question des droits de trafic, l’accord fournit un ensemble de règles, des conditions de concurrence équitables et une plateforme pour une coopération future sur un large éventail de questions liées à l’aviation (sécurité, sûreté, gestion du trafic aérien, etc.).
On trouve entre autres:
- une clause de concurrence loyale entre l’UE et le Qatar pour éviter les distorsions de concurrence et les abus.
- des dispositions en matière de transparence pour garantir le respect intégral des obligations.
- des mécanismes permettant de résoudre rapidement tout différend non résolu par un comité mixte.
- des dispositions facilitant l’activité des compagnies dans l’, notamment la suppression de l’obligation pour les compagnies aériennes de l’UE de passer par un sponsor local.
Les droits de 5ème liberté exclus de l’accord
En théorie, l’accord permet aux compagnies aériennes de l’UE et du Qatar de bénéficier à terme d’une totale liberté de ciel ouvert avec une possibilité de desserte du Qatar depuis et vers n’importe quelle destination de l’UE.
Mais dans les faits, il pourrait en être autrement. Car en effet, il manque à cet accord un élément important: celui des droits de 5ème liberté (c’est à dire de voler vers un pays tiers comme par exemple un Doha-Bordeaux-New York). Ils ne sont pas possibles -exception faîte du cargo. Seuls sont assurés des droits de vols classiques pour les lignes passagers d’un point A (UE) vers un point B (Qatar) et inversement. L’absence de ces droits de 5ème liberté favoriserait donc plutôt Qatar Airways que les compagnies européennes.
Certes pour les passagers, l’accord sera tout bénéfice. Il devrait en effet se traduire par une forte augmentation possible des vols vers et depuis Doha.
Mais il profitera avant tout à Qatar Airways. Le transporteur desservait avant la crise 34 villes de l’Union Européenne. Ce mois d’octobre, le réseau compte 25 escales dans l’UE. Malgré cette densité, il manque toujours une poignée de destinations. Par exemple seules trois villes sont desservies en France (Paris, Lyon, Nice) et trois en Allemagne (Berlin, Francfort, Munich). Sans parler de Ljubljana, Luxembourg ou Thessalonique qui ne sont pas encore desservies…
Côté Union Européenne, aucune compagnie immatriculée dans l’UE ne dessert actuellement le Qatar. En 2017, les compagnies KLM et Lufthansa avaient suspendu leurs vols vers Doha. Pour cause de taux de remplissage insuffisants. Il est vrai que le Qatar seul reste un territoire bien trop petit pour générer un important trafic aérien direct. Si l’aéroport de Doha accueillait plus de 35 millions de passagers en 2019, le nombre de visiteurs au Qatar atteignait pour sa part 2,1 millions.
Il n’existe pas de chiffres officiels publiés sur le trafic en transfert, mais on peut imaginer qu’il représente plus de 80% du trafic total de l’aéroport. Il est donc peu probable qu’on assiste à une arrivée massive de transporteurs de l’Union à Doha, sauf la possibilité à terme d’avoir des vols exploités en droit de 5ème liberté.

Qatar Airways, vainqueur présumé de ce ciel ouvert UE/Qatar
Si presque tous les pays de l’UE avaient déjà un accord de ciel ouvert avec le Qatar, il restait encore des restrictions avec quelques uns des plus importants membres de l’UE -notamment la France, l’Italie et l’Allemagne. Mais aussi, la Belgique et les Pays-Bas. Pour ces cinq pays, la libéralisation se fera progressivement. L’accord prévoit ainsi la possibilité d’exploiter les lignes suivantes dès le début de la saison d’hiver IATA 2021/22 :
- Belgique : 24 services hebdomadaires entre le Qatar et la Belgique.
- France : 27 services hebdomadaires entre le Qatar et Paris; 14 services hebdomadaires entre le Qatar et Nice; 14 services hebdomadaires entre le Qatar et Lyon; 14 services hebdomadaires entre le Qatar et chacun des autres points en France. On pense bien sûr à de prochaines ouvertures à Marseille, Bordeaux ou Toulouse, voire à Bâle/Mulhouse.
- Allemagne : 21 vols hebdomadaires entre Doha et Francfort; 21 vols hebdomadaires entre Doha et Munich, et 14 vols hebdomadaires entre Doha et chacun des autres points en Allemagne. Berlin est déjà desservi quotidiennement. Mais Hambourg, Düsseldorf et Stuttgart seraient en tête de liste pour de prochaines ouvertures
- Italie : 84 vols hebdomadaires entre le Qatar et l’Italie. Quatre villes sont déjà dans le réseau de Qatar Airways (Rome Fiumicino, Milan Malpensa, Pise et Venise). Turin, Bologne, Naples ou la Sicile pourraient également être bientôt intégrées.
- Pays-Bas : 14 vols hebdomadaires entre le Qatar et Amsterdam, et 14 vols hebdomadaires entre le Qatar et chacun des autres points des Pays-Bas.
L’accord a bien toutes les chances de se traduire par une multiplication des avions aux couleurs de Qatar Airways à travers toute l’Union Européenne. A défaut du contraire !

















