Il y a une semaine, l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) publiait les résultats d’un sondage. Mené auprès de 4 700 personnes dans 11 pays en
septembre, ce lui-ci démontre la lassitude générale des passagers face aux restrictions toujours en vigueur dans le transport aérien. Mais il y a un point important concernant la vaccination. Certes, 80% des personnes interrogées estiment que les voyageurs vaccinés doivent avoir un libre accès à l’avion avec l’augmentation des taux de vaccination à l’échelle mondiale. Toutefois, dans le même temps, il y a une forte opposition à la vaccination comme condition de voyage. Selon le sondage IATA, environ deux tiers des sondés jugent immoral de réserver les voyages en avion aux seules personnes vaccinées. Plus de 80 % des répondants estiment que le dépistage avant le voyage devrait être une solution de rechange pour les personnes qui n’ont pas accès au vaccin.
Cela ne semble troubler ni l’Australien Qantas, ni Air New Zealand. Début septembre, le PDG de la compagnie australienne, Alan Joyce, annonçait que le transporteur allait demander que tous ses passagers soient vaccinés contre le coronavirus lorsque reprendront les premiers vols internationaux en décembre prochain. Alan Joyce évoquait cette mesure il y a un an.
L’Asie, un terrain propice à la vaccination obligatoire pour prendre l’avion ?
« Qantas aura une politique qui se traduira par le transport de passagers vaccinés à l’international car nous pensons que c’est l’un des points forts pour démontrer que nos vols sont sûrs« , décrivait le PDG lors d’une rencontre avec les cercles d’affaires d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Et d’indiquer qu’il espérait cette politique en place autour de Noël.
A peine un mois plus tard, c’est au tour d’Air New Zealand de s’engouffrer dans la brèche. Pour Greg Foran, directeur général d’Air New Zealand, « la vaccination contre le COVID-19 est la nouvelle réalité des voyages internationaux. Les clients et les employés nous ont affirmé que cette mesure était importante pour eux. Cela a été clairement exprimé lors de notre récent processus de consultation des employés et nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les protéger. L’obligation de vaccination sur nos vols internationaux permettra aux clients et aux employés d’avoir l’esprit tranquille, sachant que toutes les personnes à bord répondent aux mêmes exigences sanitaires qu’eux« . Et de constater, avec un brin de cynisme, que de nombreux pays n’acceptent la venue que de voyageurs vaccinés.
Air New Zealand précise que cette nouvelle disposition entrera en vigueur en février prochain. Seule exception à la règle : les clients ayant des incompatibilités médicales avec un vaccin.
En Asie, la compagnie low-cost AirAsia est la première à imposer pour son réseau au départ de la Malaisie la même mesure. Le transporteur vient d’en faire l’annonce le 6 octobre. Singapore Airlines joue de son côté de façon plus subtile avec une distinction entre vols VTL (Corridor pour Voyageurs Vaccinés) et non-VTL depuis et vers des pays autorisés par le gouvernement de Singapour.
Une porte ouverte à la discrimination aléatoire
Mais « le ver est dans le fruit » et il est certain que d’autres compagnies – sur le continent asiatique notamment – suivront ce mouvement.
Il existe de fait une question d’éthique. Comme le soulignait le directeur général d’Air New Zealand, certains pays n’autorisent sur leur territoire que des passagers dûment vaccinés. C’est par exemple le cas du Canada, des Etats-Unis, d’Oman ou de la Thaïlande. Mais il s’agit d’une législation mise en place par les autorités nationales, et non par une entité privée.
En ouvrant cette boîte de Pandore, les compagnies aériennes posent donc la question de savoir qui détient en fait le droit de faire les législations. On pourrait très bien imaginer qu’aéroports, chaînes d’hôtels ou magasins renchérissent en décidant d’appliquer les mêmes critères. Ils ne feraient qu’ajouter un peu plus à l’absence d’harmonie des règles en vigueur. Et banaliseraient une forme de discrimination qui tait son nom.