Aéroports : le COVID-19 ouvre l’ère de l’incertitude

Sécurité sanitaire, baisse du trafic, fermeture des frontières, faillites de compagnies : les aéroports sont en crise. Dans la période post-confinement, ils vont aussi devoir se réinventer. Quelle sera leur réponse sanitaire ? Plusieurs pistes se dégagent, notamment inspirées des aéroports asiatiques.

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Les aéroports vont devoir repenser leur organisation et le parcours voyageur pour y intégrer des normes sanitaires bien plus strictes

La société Aéroport Marseille Provence (AMP) est l’exemple type d’une entreprise aéroportuaire confrontée à une situation unique : une pandémie entraînant la suspension quasi-complète du transport aérien. « Si l’on veut avoir une idée de notre activité, nous transportions avant la crise entre 20 000 et 30 000 passagers par jour. Nous en sommes aujourd’hui à 300 passagers par mois, soit une baisse de 99% par rapport à avril 2019 avec seulement 3 à 5 vols par jour », décrit Julien Boulay, Directeur du marketing d’AMP.

Ce scenario se répète à l’envi dans toute l’Europe. Selon l’Association Internationale des Aéroports (ACI), les aéroports européens auront vu leur trafic en mars chuter de près de 60% et en avril, il est probable que cette baisse aura été au moins de 90%. L’ACI Europe estimait ainsi au début avril que le trafic passagers en Europe en 2020 devrait reculer entre 35% dans un scenario moyennement pessimiste et 48% dans le scénario le moins optimiste. Soit une hécatombe de 873 millions à 1,2 milliard de passagers en une seule année !

A minima, il faut des règles homogènes de déplacements au sein de l’Union Européenne

Pourtant, il faudra bien que le trafic aérien reprenne, et compagnies aériennes comme aéroports s’y préparent. La plupart des experts s’accordent à dire que la reprise sera d’abord domestique, puis intra-européenne, ensuite étendue aux pays limitrophes à l’UE – comme le Maghreb ou la Turquie – avant de concerner le long-courrier. Mais le contexte économique et structurel à cette réouverture sera totalement bouleversé, tandis que les règles opérationnelles restent encore à définir. « Il est crucial que les mêmes règles de sécurité sanitaire et de distanciation sociale s’appliquent pour tous les types de transport afin de garantir une fluidité entre les différents modes de transports. A minima, il faut des règles homogènes de déplacements au sein de l’Union Européenne », décrit Philippe Bernand, Président d’AMP.

Les aéroports attendent donc que les ministres des transports des pays européens prennent des décisions précises sur l’organisation des espaces publics. « On a déjà une idée de ce qui peut être effectué. De fait, nous regardons avec attention ce que font nos collègues asiatiques, plus en avance que nous dans ce domaine. Ils ont sorti un fascicule de bonnes pratiques dont nous pouvons nous inspirer car elles ont fait leur preuve », indique Philippe Bernand.

Parmi les mesures physiques déjà appliquées figurent le marquage des distances au sol dans les zones d’enregistrement ainsi qu’en portes d’embarquement ; la suppression de sièges pour espacer les gens ; la fermeture des lieux favorisant une convivialité proche comme les salons VIP, les espaces de jeux, les restaurants ou encore les terrasses. Du plexiglas va isoler les comptoirs d’enregistrement tandis que la désinfection des espaces publiques sera plus fréquente avec de nouveaux produits. « La technologie nous aide aussi à limiter les contacts physiques. Nous allons donc favoriser le check-in en self-service ou les procédés d’auto-embarquement », explique ainsi la direction de l’aéroport.

La problématique de la distanciation pourrait être en partie résolue par les infrastructures aéroportuaires offertes. Beaucoup d’aéroports ont ces deux derniers mois regroupé leurs activités dans une seule aérogare afin de limiter leurs coûts d’exploitation face à l’effondrement du trafic.

D’après une conférence en ligne organisée par OAG, les aéroports pourraient se trouver dans l’obligation de rouvrir l’ensemble de leurs infrastructures afin de favoriser la fluidité des mouvements de personnes dans les aérogares. « C’est probablement l’ironie de ce nouveau monde aérien. Alors que les volumes de passagers sont en baisse, la demande pour plus d’espace par passager risque de devenir obligatoire, ce qui ira à l’encontre de ce que les aéroports effectuaient pour optimiser leurs espaces dans le passé », décrit ainsi Marc Clarkson, Executive Vice President Produits et Gestion chez OAG.

Côté sanitaire, le port du masque sera obligatoire pour les personnels et passagers. « Les voyageurs sans masque devront en faire immédiatement l’acquisition. On réfléchit ainsi à installer des points de vente de kits de protection et d’avoir aussi un bureau d’informations santé pouvant également recommander les documents ou assurances nécessaires au voyageur tout comme des centres de traitements. Je crois que cela devra être un élément indispensable en aéroport », précise encore le directeur général d’AMP.

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Quant à d’autres mesures sanitaires, il faudra attendre les décisions prises par les autorités compétentes. Ainsi Philippe Bernand n’a rien contre l’installation de portiques de détection de la température des passagers, même si certains experts doutent de l’efficacité d’un tel instrument. « Il ne s’agit pas tant de ces portiques que des procédures qui suivent. Quel sera en effet le protocole à exécuter si une personne déclenche une alerte sanitaire ? Comment traite-t-on alors le flux de passagers arrivé avec la personne infectée ? Doit-on isoler cette dernière ou tout le groupe ? Et dans quel espace ? C’est un sujet complexe par le processus de traitement et d’équipement sur lequel je veux appeler toute l’attention des autorités », ajoute Philippe Bernand.

Cette crise sanitaire a pourtant un aspect positif selon Philippe Bernand. A ses yeux, les contraintes sanitaires ont en effet leur place dans une demande durable et écologique du transport aérien. « Prendre l’avion devient désormais un acte responsable qui, face aux contraintes sanitaires et écologiques, appelle rigueur et sens civique ».

Les mesures sanitaires adoptées par les aéroports de l’ACI Asie Pacifique

L’association des aéroports d’Asie Pacifique a publié en mars un catalogue des mesures mises en place pour limiter la propagation du COVID-19. Des mesures dont souhaitent s’inspirer les aéroports européens et qui préfigurent ce à quoi pourrait ressembler un parcours en aéroport d’ici peu.

Contrôles de santé

  • Effectuer un contrôle de la température des passagers à l’arrivée et/ou au départ, des visiteurs de l’aéroport et du personnel.
  • Demander une déclaration de santé aux passagers à l’arrivée.
  • Prévoir des agents de santé aux portes d’arrivée en cas de besoin pour les passagers à l’arrivée.

Contrôles opérationnels

  • Mettre en place des zones réservées aux cas suspects qui nécessitent des contrôles supplémentaires ou une assistance médicale.
  • Mettre en place une zone désignée pour la déclaration de santé pour les vols en provenance de zones de transmission active.
  • Mettre en place une zone pour que le personnel médical puisse se changer
  • Attribuer des places de parking et des tapis de livraison des bagages aux vols en provenance de zones à transmission active
  • Attribuer un espace pour les autobus de passagers et d’équipage de vols en provenance de zones à transmission active.
  • Fournir des équipements de base aux passagers retenus pour des contrôles de santé, telles que couvertures, biscuits ou eau.

Mesures d’hygiène

  • Augmenter la fréquence de nettoyage et de désinfection de toutes les zones publiques des terminaux, en particulier les lieux générant de nombreux contacts, tels que guichets, toilettes, tapis, bornes d’auto-enregistrement, chariots à bagages, ascenseurs, rampes.
  • Augmenter la fréquence d’élimination des déchets pour éviter l’accumulation de masques usagés dans les poubelles.
  • Renforcer la ventilation à l’intérieur des terminaux et le nettoyage des systèmes de climatisation.
  • Installer davantage de postes de désinfection des mains à l’intérieur des terminaux, des centres de contrôle et des entrées des immeubles de bureaux.
  • Mettre des tapis désinfectants dans les zones où passent la plupart des passagers.
  • Fournir des équipements de protection individuelle au personnel de première ligne de l’aéroport, par exemple des masques, des gants et des lunettes de protection.
  • Demander à tout le personnel des restaurants de porter des masques faciaux au travail
  • Désinfecter les bus de passagers et d’équipages après leur utilisation et réduire le nombre de véhicules utilisés.
  • Désinfecter les vestiaires immédiatement après chaque changement d’équipe.

Mesures de distanciation sociale

  • Maintenir un espacement suffisant, soit 1,5 mètre, entre les passagers dans les files d’attente.
  • Réorganiser ou supprimer les sièges dans les zones d’attente, les portes d’embarquement ou les aires de restauration afin de maintenir la distance entre les personnes.
  • Suspendre les services de restauration dans les restaurants et bars de l’aéroport.
  • Restreindre l’accès des accompagnants ou de ceux qui accueillent les passagers dans l’aérogare et offrir en contrepartie un stationnement gratuit prolongé.
  • Fermer les installations de l’aéroport comme les espaces fumeurs, les aires de jeux pour enfants et les salles de prière, afin de réduire au minimum les rassemblements de personnes.

Contrôles de sûreté

  • Exploiter des circuits de sûreté non adjacents pour assurer une séparation supplémentaire entre les passagers en attente de traitement.
  • Encourager le personnel de contrôle de sûreté à porter des gants et lui fournir des désinfectants pour les mains.
  • Augmenter la fréquence de nettoyage et de désinfection des surfaces fréquemment touchées et des équipements de contrôle de sûreté.
  • Réduire au minimum le recours à la fouille manuelle pour le contrôle de sûreté et en rappelant aux passagers les consignes avant de se soumettre au contrôle.
  • Eviter les contacts directs avec les passagers ou les autres personnes soumises à un contrôle s’il est nécessaire que les agents de sûreté procèdent à une fouille manuelle.
  • Autoriser les désinfectants à base d’alcool si un contrôle visuel est possible.