Aéroports parisiens (1/2) : Les paris d’une croissance maîtrisée pour ADP

ADP, Beauvais : à quoi ressembleront les aéroports du grand Paris dans dix ans ? Plongée dans les projets des différentes plateformes, avec une expansion modérée à CDG et Orly et des ambitions plus marquées à Beauvais.
Vue d'avion sur l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle. On reconnait à droite la forme du Terminal 1 (Photo: Luc Citrinot)

Décarbonation, biodiversité et dynamisation des transports terrestres publics. C’est devenu le créneau de la croissance pour les aéroports parisiens d’Orly et Roissy CDG sous la houlette du groupe ADP/Aéroports de Paris. De fait, les aérogares telles qu’on les connaît aujourd’hui ne vont fondamentalement pas changer. Sont simplement prévues quelques extensions, qui permettront d’offrir un haut niveau de confort aux usagers. En revanche, le groupe ADP travaille sur la densification des transports publics à CDG, Orly ainsi qu’au Bourget.

Accompagner la croissance plus que l’anticiper à CDG

A Roissy-CDG, ADP souhaite accompagner la croissance du trafic des prochaines décennies, aussi faible soit-elle. De fait, le groupe estime que la progression du trafic passagers a été divisée par deux depuis le Covid et devrait rester sur des niveaux situés entre 1% à 1,5 % d’augmentation par an.

Cette modération est due au programme de décarbonation de l’industrie aérienne qui doit se traduire par des hausses tarifaires pour les passagers. Le transfert prévisible en faveur du rail de lignes aériennes domestiques et intra-européennes va également modérer la croissance.

– Croissance modeste

ADP estime ainsi qu’en 2035, Roissy-CDG devrait accueillir 88 millions de passagers. Ce qui représente un bond de 16% comparé à 2019. Avant le Covid, le groupe ADP tablait sur plus de 100 millions de passagers.

En 2050, ADP évoque désormais 105 millions de passagers, soit une hausse de 38% par rapport à 2019. Contre une estimation avant-Covid de 168 millions de passagers. Il est vraisemblable que la croissance se situera entre ces deux estimations.

Pour tenir la trajectoire de neutralité carbone en 2050, ADP va procéder là aussi à des ajustements de capacité sur les aérogares, notamment en les intégrant mieux les unes aux autres. L’objectif est d’améliorer le confort des passagers avec des transferts facilités d’un terminal l’autre ainsi que sur les correspondances air/fer.

L’un des premiers « grands chantiers » sera la création d’une nouvelle salle d’embarquement à l’Est du Terminal 2E afin d’offrir un accès au contact de six avions gros-porteurs. Ce qui permettra de supprimer des trajets en bus, peu compatibles avec des objectifs environnementaux. Cette salle d’embarquement devrait accueillir ses premiers voyageurs en 2030. Pour faciliter les connexions, ADP prévoit l’extension de la ligne automatique du métro qui ira désormais vers le terminal 2G et cette nouvelle salle d’embarquement. Une autre nouvelle salle d’embarquement sera également créée à l’Ouest du Terminal 2A avec la possibilité de mettre au contact 5 avions.

La refonte des principaux passages de frontières internationales sera effectuée par le biais de bâtiments mieux dimensionnés pour une meilleure qualité de service.

Au Terminal 1, un nouvel espace de passage des frontières, enterré sous une voie avion est à l’étude entre le terminal historique et la salle d’embarquement internationale. Au Terminal 2E, le passage de la frontière arrivée sera transféré dans un nouveau bâtiment proposant une meilleure expérience. ADP investira également dans de nouvelles installations de traitement des bagages.

Aéroports parisiens évolution jusqu'en 2050
Vision de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle entre 2035 et 2050 (source: Groupe ADP)

– Des salles d’embarquement (jetées) au Nord

Au-delà de 2035, CDG pourrait se doter de trois nouveaux satellites sous forme de jetée. Ils se situeront entre le Nord du Terminal 2B et l’Est du Terminal 1. Ils offriraient une capacité totale de 24 millions de passagers supplémentaires. Soit une capacité totale de 112 millions de voyageurs pour l’aéroport.

Une première salle d’embarquement au nord devrait ouvrir vers 2035. ADP envisage également la création d’un second métro automatique dédié aux correspondances en zone internationale. Il devrait relier toutes les aérogares entre elles, du Terminal 1 au Terminal 2G.

Un bâtiment de jonction train/avion sera créé entre la gare CDG2 et le Terminal 2E. Il permettra de faciliter le parcours passagers de la gare vers cette aérogare. Il s’accompagnera de la création d’une véritable gare multimodale, capable d’accueillir 45 millions de voyageurs en 2050 contre 15 millions actuellement. La gare permettra de rassembler en un seul point trafic le CDGVal, le RER B, le futur Airport Express, la ligne 17 du métro et les TGV.

Enfin, côté biodiversité et transformation de la plateforme en une structure bas-carbone, ADP développera des capacités de production et de distribution d’énergies renouvelables (géothermie, photovoltaïque). L’autorité aéroportuaire renforcera aussi l’offre de biocarburant et d’hydrogène bas carbone. Le groupe va procéder à la « renaturation » de zones artificialisées et compte préservation au moins 25% de la biodiversité des surfaces de l’aéroport.

Une concertation avec le public de 800 communes autour de CDG débute le 8 avril et doit s’achever le 8 juillet prochain.

Orly : renforcer le rôle de la gare multimodale

A Orly, les flux de passagers s’orientent déjà vers la gare multimodale de transports. Celle-ci va renforcer son positionnement de centre de distribution des passagers entre aérogares et transports publics.

Le futur développement des transports publics à Orly ainsi que la future jetée vers 2035 (Graphique : Groupe ADP)

La gare connecte en effet la nouvelle ligne de métro 14, la future ligne de métro 18 et une gare routière d’importance nationale. A plus long terme, ADP travaille sur un moyen de transport en site propre de type métro léger. Il relierait toutes les aérogares à une future gare TGV installée à Pont de Rungis.

La future structure ferroviaire, à l’état de projet, vise à développer les TGV au sud de Paris pour réduire la saturation en gare de Paris-Montparnasse. Elle jouerait à terme le même rôle que la gare de TGV de CDG, en développant une intermodalité air-fer. Ce qui permettrait de réduire encore la part de l’avion dans les déplacements domestiques.

Côté aérogares, Orly devrait gagner une nouvelle jetée d’embarquement en secteur 2 afin d’offrir un accès direct aux avions. La nouvelle structure permettrait d’avoir 90% des avions au contact à l’horizon 2035 sans toutefois créer des postes supplémentaires de stationnement pour les avions.

Le Bourget se redynamise autour de sa future gare de métro

Perspective de la future gare Le Bourget Aéroport
Perspective de la future gare Le Bourget Aéroport © Atelier Novembre / Société des grands projets

L’aéroport d’affaires de Paris-Le Bourget attend désormais la future ouverture de la station du métro 17, Le Bourget-Aéroport.

Cette dernière fera le lien entre le pôle aéronautique sur l’aéroport historique de Paris-Le Bourget, le musée de l’Air et de l’Espace, le parc des expositions du Bourget et les quartiers résidentiels du Blanc-Mesnil. La gare accueillera, chaque jour, près de 25 000 voyageurs.

L’an passé a vu l’achèvement des tunnels et fondations. La construction du bâtiment de surface de la gare vient de débuter. La société du Grand Paris Express estime la mise en service de la ligne en 2027. Elle permettra enfin d’offrir une liaison directe par rail avec le Parc des Expositions de Villepinte et l’aéroport de Roissy-CDG.

(A suivre: l’interview d’Anthony Martin, Président Exécutif de l’aéroport de Paris-Beauvais)