Air France renforce ses liens avec Delta et China Eastern

Air France-KLM inscrit son évolution dans le mouvement de consolidation en cours dans le monde aérien. Le groupe franco-néerlandais ouvre son capital à Delta Air Lines et China Eastern et fait l'acquisition de 39% des parts de Virgin Atlantic. Air France-KLM se positionne ainsi comme le pilier européen du premier réseau de compagnies aériennes au plan mondial.

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Air France-KLM devient le pilier européen du premier réseau mondial entre compagnies aériennes.

En quelques jours, l’évolution d’Air France-KLM a fait un grand pas en avant. Tout juste lancée sa nouvelle compagnie Joon, avec en perspective une nouvelle offensive sur des lignes long-courriers auparavant déficitaires, le groupe aérien franco-néerlandais élève le niveau de ses alliances stratégiques en nouant des liens capitalistiques avec Delta Air Lines et China Eastern. Déjà partenaires d’Air France-KLM à travers des joint ventures sur les liaisons Europe- Amérique du Nord et Europe Chine, l’une et l’autre de ces compagnies vont acquérir 10% du capital d’Air France-KLM dans le cadre d’une augmentation de capital réservée de 751 millions d’euros. “Dans un secteur ultra concurrentiel, il est important d’être offensif. Nous avions exprimé lors de l’annonce du plan Trust Together notre volonté de renforcer nos alliances et nous avons fait un pas considérable en ce sens”, expliquait Jean-Marc Janaillac, PDG d’Air France-KLM, lors de l’annonce des résultats semestriels du groupe, montrant une nette amélioration des résultats du groupe avec un trafic passagers en hausse de 6,6 % au cours des six premiers mois de l’année.

Cette somme de 751 millions d’euros va permettre au groupe franco-néerlandais d’affiner son bilan et de réduire sa dette, mais aussi et surtout de financer l’acquisition de 39% des parts de Virgin Atlantic pour un montant proche des 250 millions d’euros. Une compagnie dont l’actionnaire principal n’est autre que… Delta depuis 2012, avec qui elle avait bâti une co-entreprise sur les lignes transatlantiques en parallèle de celle menée de concert avec Air France-KLM et Alitalia. L’ensemble de ces partenariats commerciaux, qui vont bien au delà de simples partages de codes en permettant des synergies sur la tarification, l’exploitation du réseau ou des contrats-cadres avec les entreprises, vont être combinées en une seule et même joint venture, établie pour une durée de 15 ans.

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Des alliances qui couvrent aussi bien les vols transatlantiques que les liaisons Europe-Chine.

Pour les voyageurs d’affaires, une fois effective la mise en place de cette co-entreprise, probablement début 2018, cela se traduira par une nouveauté avec des vols transatlantiques depuis Londres Heathrow, où Virgin Atlantic est le deuxième acteur après British Airways sur les vols à destination de l’Amérique du Nord. Au total, le réseau pourra s’appuyer sur la puissance de douze hubs : Amsterdam, Londres Heathrow et Paris-CDG d’un côté de l’Atlantique et Atlanta, Boston, Cincinnati, Detroit, Minneapolis-St Paul, New York-JFK, Los Angeles, Salt Lake City et Seattle de l’autre.

Disposant aujourd’hui d’une part de marché de 20 % sur les lignes transatlantiques, la joint venture entend passer à 25 % tout en s’offrant plus de poids face aux partenariats United-British Airways et American Airlines-Lufthansa, mais aussi en répondant à la montée en puissance des low-cost long-courriers comme Norwegian. “Avec nos possibilités en matière tarifaire, nous entendons leur rendre le chemin plus compliqué”, soulignait Jean-Marc Janaillac, PDG d’Air France-KLM.

Air France-KLM se positionne ainsi comme le pilier européen du premier réseau de compagnies aériennes au plan mondial. Car ces alliances ne se tournent pas seulement du côté de l’Atlantique, mais regardent aussi vers l’Asie. A travers le renforcement de ses liens avec China Eastern, basée à Shanghai et dont Delta est actionnaire à hauteur de 3,2 %, Air France-KLM pérennise sa place de premier transporteur sur les liaisons Europe-Chine, sécurisant par là même, et sur le long terme, la desserte de cette destination d’affaires clé et porte d’entrée du pays.

En parallèle, le groupe entend poursuivre et accroître ses relations avec China Southern, membre de skyTeam, mais qui vient de voir entrer à son capital American Airlines, un des fondateurs de oneworld. Air France-KLM entend poursuivre au-delà de 2020 l’accord de co entreprise existant avec la compagnie de Canton, tout en y intégrant la joint venture entre KLM, China Southern et sa filiale Xiamen Airlines sur les routes Amsterdam/Pékin/Canton/Xiamen/Hanghzou et Chengdu.

Cette évolution marque une nouvelle étape dans la consolidation en cours du monde aérien. “L’industrie est encore peu consolidée, ce qui la fragilise et la rend sensible aux cycles économiques, remarquait Frédéric Gagey, directeur financier d’Air France-KLM, toujours lors de l’annonce des résultats semestriels du groupe. Nous souhaitons être en tête de ce mouvement de consolidation. Il est assez rare que ces joint ventures portent sur dix ans. Là, elles s’étendent sur 15 ans.” “Cette coalition n’est d’ailleurs pas fermée à d’autres partenariats et pourrait s’étendre d’autres”, soulignait de son côté Peter Elbers, PDG de KLM. Aeromexico et la compagnie indienne Jet Airways pourraient un jour venir renforcer le réseau.