Airbnb revient en force au Japon

Après avoir restreint l’activité d’Airbnb au Japon, le gouvernement a finalement réalisé que bannir la plateforme collaborative réduirait drastiquement des possibilités d’hébergement déjà limitées, alors que les Jeux Olympiques de Tokyo se profilent...

Airbnb Tokyo
Le retour en grâce d'Airbnb au Japon, rendu nécessaire par les Jeux Olympiques, va augmenter le catalogue d'hébergements, et faire reculer les prix

Jusqu’en 2018, la progression d’Airbnb au Japon avait été remarquable. Arrivé dans l’archipel nippon en 2015, la plate-forme avait connu là-bas l’une de ses plus fortes croissances avec un pic de 62 000 logements recensés à la mi-2018. Ce succès découlait notamment d’une pénurie d’hôtels dans les centres urbains avec des taux d’occupation tournant autour de 80% à 90%.

L’autre raison de cette envolée s’explique par l’essor du tourisme étranger au Japon. Alors que le gouvernement tablait en 2008 sur 20 millions de visiteurs internationaux à l’horizon 2020, ce chiffre a été largement dépassé l’an dernier. Le Japon a de fait recensé 31,8 millions d’arrivées, ce qui signifie que le nombre de visiteurs a carrément doublé entre 2015 et 2018 !

Une loi liberticide

Bien entendu, les capacités hôtelières n’ont pas suivi la progression des nuitées, en raison notamment de coûts d’implantation exorbitants et de la pénurie de terrains dans les grandes villes. Une aubaine donc pour Airbnb, d’autant que la législation sur le partage d’appartements était inexistante. Le vide juridique a suscité des débats houleux, le lobby hôtelier arguant que l’activité d’Airbnb devait tomber sous le coup de la loi sur l’hôtellerie. Alors que les discussions s’enlisaient, le nombre d’appartements en partage a explosé, les propriétaires exploitant ce vide juridique. Jusqu’à ce qu’un quartier de Tokyo introduise en 2016 une réglementation régionale, limitant la possibilité de louer un appartement aux touristes passant au moins une semaine dans un « minpaku » (appartement loue en partage). L’idée fut adoptée au niveau national mais rarement appliquée car demandant une ratification par chaque autorité municipale ou régionale. Finalement en juin 2018, une nouvelle loi adoptée en 2017 prenait effet sur la régulation des minpaku.

La loi, assez stricte et visant a protéger les hôteliers, demandait désormais aux propriétaires de fournir d’innombrables documents, de se soumettre à des inspections des autorités, et d’appliquer une régulation sur l’hygiène et la sécurité extrêmement contraignante. Une fois obtenu un numéro de licence, les appartements peuvent être loués pour 180 jours maximum par an. En une semaine, le nombre d’appartements en partage chez Airbnb a baissé de 80%, soit 13 800 unités. Début 2019, il n’y avait plus que 2 210 appartements officiellement recensés.

Mais depuis le mois de février, Airbnb est de nouveau présent au Japon, les minpaku officiellement recensés représentant de nouveau 14 000 appartements. On est encore loin des chiffres antérieurs à la loi, mais le rythme de progression est très rapide.

Les JO à la rescousse

Selon Fuji Keizai Networks, un consultant analysant les tendances du marché japonais, le nombre d’appartements en partage devrait doubler d’ici l’an prochain. Airbnb a mis en place un programme de soutien et de conseil des hôtes existants, et de recrutement de nouveaux hôtes. Le géant du collaboratif est ainsi présent de nouveau dans soixante villes. Il faut dire que la perspective des Jeux Olympiques motive fortement les autorités japonaises à montrer plus de souplesse… Car, si la capacité des hôtels dans les villes de Tokyo, Osaka et Kyoto – les trois accueillant les épreuves des J.O. –, devrait augmenter de 38%, le consultant hôtelier CBRE prédit qu’il manquera à Tokyo quelques 3,500 chambres, même si la ville doit passer d’une capacité de 98 000 chambres en 2017 à plus de 120 000 l’an prochain.

Airbnb devrait donc en profiter. D’ailleurs, la plateforme vient de signer un partenariat avec la ville de Kamaishi pour la Coupe du Monde de rugby qui se tient dans le pays à partir de septembre prochain, preuve que le Japon a bien besoin d’un tel acteur pour accueillir les visiteurs étrangers. Ces derniers devraient ainsi voir les prix des chambres baisser avec le retour de cette compétition entre hôtels et appartements partagés.