
Les journaux allemands soulignent que le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz, qui doit entrer en fonction le 1er mai, est un inconditionnel de l’avion pour ses déplacements. Et qu’il aurait ainsi une oreille attentive aux récriminations du secteur aérien face à sa surtaxation en Allemagne, un facteur qui dissuade les compagnies aériennes de se poser sur les aéroports du pays.
Le programme de coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates, adopté il y a quelques jours, y remédie en partie. L’Association des aéroports allemands ADV s’est ainsi félicitée de plusieurs mesures qui vont dans le bon sens.
La présidente de l’ADV, Aletta von Massenbach, a ainsi souligné que « les accords de coalition permettront de faire les premiers pas vers le renforcement de la compétitivité de l’Allemagne en tant que site aéronautique. L’annulation annoncée de l’augmentation de la taxe sur le transport aérien prévue pour 2025 est un premier pas urgent dans la bonne direction pour réduire le poids des taxes et des redevances imposées par le gouvernement ».
Selon un rapport commandé par le ministère fédéral du Numérique et des Transports (BMDV) réalisé par l’Institut du transport aérien allemand (DLR), la taxation sur les aéroports allemands est un obstacle majeur à une reprise plus vigoureuse du transport aérien depuis le Covid.
Les taxes sur les aéroports allemands pèsent aussi sur les prix
En 2024, le volume de passagers en Allemagne se situe à environ 80 % du niveau d’avant la pandémie, contre près de 100% en moyenne pour les autres pays de l’Union Européenne. Par comparaison, en 2024, le trafic aérien en France était inférieur de 3% à celui de 2019 et inférieur de 5% en Suisse. En Italie, le volume de passagers aérien était supérieur de 7% à 2019 et même de 10% en Espagne. Entre la France et l’Allemagne, le DLR constate que le nombre de passagers reste inférieur de 27% à son volume d’avant-Covid.
Les coûts d’implantation tels que les impôts, les taxes et les redevances ont ainsi augmenté de 38 % entre 2019 et 2024, contre 26 % en moyenne en Europe. Même si les coûts élevés ne sont qu’une raison parmi d’autres à une reprise anémique. Selon le DLR, les taxes siphonneraient 9% du trafic à part égale avec les problèmes économiques qui impacteraient les voyages.
Néanmoins, la suppression de la taxe sur le transport aérien pour les vols européens (classe de distance I) pourrait entraîner environ 2,6 à 5,1 millions de passagers supplémentaires. Entre octobre 2023 à septembre 2024, environ 57,7 millions de passagers ont pris un vol intra-européen au départ de l’Allemagne. Soit 20 millions de passagers en moins comparé à 2019.
Les taxes ont effectivement un effet délétère sur les prix. Toujours selon le rapport du DLR, le prix moyen d’un vol d’Allemagne vers l’Europe s’établissait à 217 dollars en 2024. A comparer à 202 $ en Suisse, 173 $ en France et 139 $ en Italie…
Des obligations écologiques réduites
L’Association applaudit ainsi aux efforts qu’engage le gouvernement Merz pour refaire de l’Allemagne la plaque-tournante de l’aviation en Europe. « Ces mesures représentent une étape importante pour la viabilité future de l’industrie. Non seulement elles favorisent la connectivité internationale des aéroports allemands, mais elles apportent également une contribution importante à la décarbonisation et à la sécurité de l’emploi dans le secteur. En outre, les petits aéroports continueront à bénéficier d’un soutien en ce qui concerne les coûts du contrôle du trafic aérien », a commenté Aletta von Massenbach.
L’Association allemande de l’aviation (ADV) est également satisfaite de la décision de supprimer le quota de Power-to-Liquid (PtL), une mesure qui dépasse le niveau exigé par la législation européenne. Le PtL est une formule de carburant écologique qui s’appuie sur une production à partir de sources d’énergie renouvelables, d’eau et de dioxyde de carbone.
« Cela crée une sécurité de planification et renforce la compétitivité de l’aviation allemande», a souligné la Présidente de l’ADV. Qui salue par ailleurs l’engagement de ne pas désavantager les compagnies aériennes européennes par rapport à leurs concurrentes non-européennes en ce qui concerne le quota de carburant durable (SAF).
Cette inflexion devrait à terme rendre sa compétitivité au transport aérien allemand. Ce qui favoriserait une reprise des lignes aériennes entre la France et l’Allemagne. On constate effectivement que plusieurs compagnies aériennes ont cessé leur desserte outre-Rhin ces dernières années. Comme Eurowings sur Paris-Düsseldorf, Vueling d’Orly vers Hambourg, Leipzig ou Nuremberg. Ou encore Volotea sur Bordeaux-Düsseldorf, Bordeaux-Stuttgart, Lyon-Stuttgart et Strasbourg-Berlin. La compagnie n’opère plus que sur Nantes-Hambourg et Lyon-Berlin. Le gouvernement Merz va-t-il enfin renverser la vapeur?

















