Amsterdam : navigation en 3.0

Parfaitement reliée au monde via son hub de Schiphol, Amsterdam attire les talents du monde entier, qu’ils soient cadres de grandes banques et multinationales ou jeunes entrepreneurs high-tech. Cap sur une ville ouverte à la multiculture et à l’innovation.

Amsterdam-EYE-Filmmuseum
L’Eye Film Museum est apprécié des cinéphiles pour sa programmation, des fans d’architecture pour sa ligne signée par l’agence autrichienne Delugan Meissl et des amateurs de jeux de mots pour son nom évoquant à la fois l’“eye” – l’œil – et l’Ij, le canal qui le borde. Les autres habitants y voient surtout un agréable lieu de détente au bord de l’eau.

Reportage Cécile Balavoine. Photos Ludovic Maisant.

Petit pays de 17 millions d’habitants, les Pays-Bas s’élèvent pourtant au… 17e rang mondial par la puissance de leur économie. Depuis la Renaissance, cette nation de navigateurs est une terre de négoces qui, aujourd’hui, réexporte 40 % des biens qu’elle importe. Cette fibre commerciale contenue dans l’ADN batave a fait d’Amsterdam l’un des principaux centres financiers d’Europe, le secteur de la banque représentant aujourd’hui 25 % de l’économie régionale et presque 20 % des emplois, avec 255 000 personnes naviguant chaque jour entre actions et obligations.

Accueillant toutes les institutions financières néerlandaises, Amsterdam est également le siège des branches locales des 50 plus grandes banques européennes et internationales. Ce qui explique la présence accrue d’entreprises spécialisées dans la fintech. “Notre très bonne infrastructure digitale garantit la meilleure transmission des instructions d’ordres et de paiements, explique Charlene Verweij, porte-parole d’Amsterdam In Business, organe de promotion économique de la capitale néerlandaise. Récemment, plusieurs firmes de trading ont annoncé l’ouverture de bureaux à Amsterdam, notamment MarketAxess.” En raison du Brexit, Amsterdam reprend du muscle en tant que place financière, bien que Paris et Francfort restent encore loin devant, notamment pour des raisons de réglementations, les bonus étant plafonnés au sein des établissements financiers néerlandais.

Ville d’échanges

Autres activités historiques, le commerce du cacao, du café ou de l’horticulture reste de tradition à Amsterdam, le design et la mode faisant également partie de ses points forts. Fait insolite : Amsterdam est d’ailleurs la ville au monde où se concentrent le plus de marques de jean, G-star et Scotch & Soda entre autres. Plus globalement, le commerce de détail – le retail – et la grande distribution connaissent un succès grandissant, aussi bien dans le secteur haut de gamme avec des marques de cosmétique ou de mode comme Rituals ou Pauw, que dans un registre plus démocratique avec des enseignes longtemps restées locales et qui s’exportent peu à peu à l’image d’Action, de Zeeman ou de Hema.

Mais aujourd’hui, ce sont avant tout les nouvelles technologies et le e-commerce qui ont la part belle dans l’économie amstellodamoise. “Amsterdam est devenu une bonne terre pour faire pousser les start-up et ce, pour plusieurs raisons”, reprend Charlene Verwij. Il y a d’abord l’infrastructure avec un aéroport, celui de Schiphol, parfaitement relié au monde entier. Amsterdam affiche en outre l’une des plus grandes concentrations d’Internet haut débit et dispose du plus grand point d’échange Internet au monde avec l’Amsterdam Internet Exchange (AMS-IX), créé en 1994. Pour parfaire le tableau, Amsterdam est aussi un vrai vivier de talents, de gens motivés, très éduqués, multilingues et multiculturels. Soit autant de ferments pour faire fleurir des idées innovantes.

Parmi les programmes visant à développer la scène high-tech, la municipalité a mis en place en 2015 un plan sur quatre ans baptisé StartupAmsterdam. L’une des initiatives de ce programme a pour nom “project: a” et invite des spécialistes du monde entier à présenter des projets auprès de nombreuses entreprises hollandaises ou ayant leur siège à Amsterdam, que ce soit TomTom, Adyen, Picnic, bloomon, Takeaway.com, Bynder, Squla, 3D Hubs ou encore Alliander. D’autres initiatives concernent plus spécifiquement les entrepreneurs étrangers comme Startupvisa qui offre une résidence d’un an aux Pays-Bas pour des start-upers non-européens.

Autre secteur connexe, le domaine du “gaming” – des jeux vidéo – prend lui aussi de l’ampleur. L’atmosphère créative, festive et décontractée d’Amsterdam semble en effet inciter de plus en plus de concepteurs à s’implanter dans la capitale des Pays-Bas, parmi lesquels Guerrilla Games, Perfect World, Kixeye, Activision Blizzard, Chartboost… Ce phénomène attire les regards étrangers, puisqu’Amsterdam compte 17 studios de gaming non-néerlandais à l’heure actuelle.

Du temps de son Âge d’Or et des riches marchands sillonnant les mers jusqu’en Indonésie, Amsterdam conserve des milliers de maisons aux façades à pignon qui font tout son charme.
Du temps de son Âge d’Or et des riches marchands sillonnant les mers jusqu’en Indonésie, Amsterdam conserve des milliers de maisons aux façades à pignon qui font tout son charme.
Sporenburg, petite presqu’île du port d’Amsterdam où s’amarraient les grands navires autrefois, a été repensée en quartier résidentiel dans les années 90 pour faire face à la demande croissante en logements.
Sporenburg, petite presqu’île du port d’Amsterdam où s’amarraient les grands navires autrefois, a été repensée en quartier résidentiel dans les années 90 pour faire face à la demande croissante en logements.

Environnement pour start-up

Patricia Schneiders, directrice de la Chambre de commerce franco-néerlandaise, confirme que les start-up, tout comme les fintechs, ont aujourd’hui le vent en poupe. “Amsterdam se positionne au deuxième rang sur 35 villes du monde offrant le meilleur environnement pour ces jeunes entreprises”, affirme-t-elle. D’autant qu’Amsterdam peaufine son image de première de la  classe en accueillant de nombreux salons, dont l’International Broadcasting Convention, centré sur la tech et le cinéma.

L’esprit hollandais, pragmatique, peu porté sur les salamalecs, mais allant droit au but, privilégiant l’efficacité, mais également le temps libre et la vie familiale, est donc en parfaite harmonie avec les nouvelles façons de l’ère 3.0. Derrière de larges baies vitrées, dans de grands salons design, on travaille comme au café, oscillant entre sérieux et décontraction. Dans les rues d’Amsterdam, le nombre d’espaces de coworking augmente à vue d’oeil, et de magnifiques bureaux créatifs fleurissent un peu partout comme ceux de Spaces, pionnier du coworking créé à Amsterdam il y a dix ans et racheté en 2015 par le leader mondial des centres d’affaires Regus.

Pour de jeunes entrepreneurs, s’offrir un bureau en ville relève du défi. Car, si Amsterdam est devenu aujourd’hui un immense “digital hub”, le prix du mètre carré ne cesse de grimper. Alors, on biaise, on trouve des moyens détournés. On s’appuie aussi sur des communautés, par exemple celle de Bijlmerbajes. Cette ancienne prison fermée en 2016 accueille depuis peu des artistes, des personnes en réinsertion professionnelle ainsi que de jeunes start-up sous l’égide de l’association Lola Lik. “Beaucoup de bâtiments en cours de réhabilitation sont attribués d’office à ce genre d’activités, car c’est une façon de créer ce qu’on appelle ici des ’anti-krakers’, des blocages anti-squatters, tout en générant de l’emploi”, explique Patricia Schneiders. On y trouve pêle-mêle un hôtel temporaire ayant pour mission d’accueillir des réfugiés, des cours d’écriture créative, des salles de réunions, des espaces de bureaux parmi les moins chers d’Amsterdam et donc… de jeunes entrepreneurs brillants.

De Hallen, un ancien dépôt de trams réhabilité qui s’est mis au shopping bohème et à la gastronomie.
La Rembrandt-plein, d’où partent et convergent les rondes de nuit de la jeunesse amstello-damoise.
La Rembrandt-plein, d’où partent et convergent les rondes de nuit de la jeunesse amstello-damoise.

Victime de son succès

L’attractivité d’Amsterdam ne se dément pas, la ville étant même victime de son succès touristique. “De plus en plus d’Amstellodamois se sont mis à louer leurs appartements sur Airbnb”, constate Patricia Schneiders. La difficulté à se loger devient un véritable problème.” Afin d’éviter la concurrence déloyale à l’hôtellerie et la flambée des prix du m2, un arrêté municipal a certes été promulgué pour interdire aux habitants de louer leur logement en Airbnb plus de 60 nuits par an  sous peine d’amende. Mais, surtout, Amsterdam sort de ses murs, et même de ses canaux. Le nouveau quartier d’affaires Zuidas, au sud de la ville, connaît un vrai boom, de plus en plus d’immeubles résidentiels poussant tout autour des bureaux, des shopping malls et des hôtels.

Le Nord de la ville connaît lui aussi une réelle expansion, notamment le quartier de NDSM. Cette ancienne zone de construction navale, située sur une île que l’on rejoint en ferry, est en passe de devenir le Canary Wharf amstellodamois. Entre les entrepôts délabrés et les terrains vagues surgissent des restaurants bobos fabriqués dans de vieux containers, des marchands de glace bio, et même un hôtel DoubleTree by Hilton. À l’Est d’Amsterdam, IJburg, un chapelet d’îles artificielles, est également prometteur avec déjà plus de 10 000 nouveaux résidents. Quant à la petite ville de Hoofddorp, à proximité de l’aéroport de Schiphol, elle se rattache peu à peu à la métropole, pour presque devenir un de ses nouveaux quartiers. Ceci explique pourquoi la municipalité d’Amsterdam développe ses infrastructures, déjà très efficaces, en projetant une nouvelle ligne de métro reliant le Sud au Nord, afin que tous les quartiers s’intègrent dans ce paysage urbain en devenir.

Si la capitale néerlandaise joue la carte des nouveaux territoires, c’est aussi une façon d’attirer les regards extérieurs. En 2016 en effet, 157 nouvelles entreprises étrangères ont établi leurs sièges à Amsterdam. À plus d’un égard, la ville leur est d’ailleurs avantageuse. Le régime fiscal des 30 % pour les expatriés les autorise  à ne payer d’impôts que sur 70 % de leurs revenus pendant une période de deux fois quatre ans. Par ailleurs, faire venir des talents étrangers, même extérieurs à la Communauté Européenne, est d’une simplicité enfantine, avec des permis de travail qui s’obtiennent en quelques jours et deux-trois démarches administratives.

En plus du centre de conférences WTC (en photo), le quartier de Zuidas accueille les bureaux de plus de 700 sociétés, des banques et grandes multinationales, mais aussi des fintechs.
En plus du centre de conférences WTC (en photo), le quartier de Zuidas accueille les bureaux de plus de 700 sociétés, des banques et grandes multinationales, mais aussi des fintechs.
Des canaux classés au patrimoine mondial et de hauts lieux culturels pour séduire les touristes ; une expertise financière et commerciale et un sens de l’innovation pour attirer les voyageurs d’affaires.
Des canaux classés au patrimoine mondial et de hauts lieux culturels pour séduire les touristes ; une expertise financière et commerciale et un sens de l’innovation pour attirer les voyageurs d’affaires.

 

Ouvert sur l’extérieur

Si Amsterdam fait partie des villes parmi les plus attractives en Europe, c’est notamment parce qu’elle possède un parc scientifique important, qui fonctionne en parallèle avec l’université. La synergie entre les secteurs public et privé est parfaitement maîtrisée aux Pays-Bas”, souligne Georges Régnier, directeur de Business France à Amsterdam. “Le fait que tout le monde parle parfaitement anglais et que le pays soit très ouvert sur l’extérieur facilite la vie des expatriés et attire les talents étrangers”, poursuit le directeur. Surtout qu’en retour, les Néerlandais investissent volontiers au-delà de leurs frontières, perpétuant leur réputation de personnalités ouvertes et pragmatiques.

Beaucoup d’échanges de connaissances, de partages de solutions et de concepts nouveaux ont lieu aux Pays-Bas”, remarque Georges Régnier, qui insiste sur les avantages d’un territoire réduit et bien desservi. “On note une belle capacité de dialogue avec les grands voisins comme l’Allemagne, l’Europe du Nord et le Royaume-Uni”, conclut le directeur. Les échanges avec la France, dont les Pays-Bas sont à la fois le septième fournisseur et le septième client, sont tout aussi fructueux.

Résultat : la croissance hollandaise devrait s’établir à 2,4 % pour l’année 2017, avec un taux de chômage de 5,6 %, orienté à la baisse. Cette stabilité économique contribue au rayonnement de la ville, de plus en plus considérée comme un fief de la culture européenne. En 2015, les emplois créatifs ou liés à la création s’élevaient à près de deux millions de personnes, faisant d’Amsterdam le quatrième plus grand employeur culturel d’Europe, après Londres, Paris et Milan. Encore de quoi séduire…