L’ASEAN, une coquille vide pour le secteur du voyage?

Le Président indonésien Joko Widodo vient de réclamer pour la seconde fois l'établissement de corridors de voyage à l'intérieur de l'ASEAN pour les voyageurs d'affaires. Alors que l'ASEAN semble bien maîtriser la pandémie de covid-19, on est surpris par son apathie à desserrer l'étau autour de ses frontières internes.

Bangkok est hors de portée pour la plupart des voyageurs, à l'image de toute l'ASEAN (Photo: LC)

La région ASEAN est l’équivalent dans les principes de l’Union Européenne. C’est une vaste zone économique qui regroupe dix pays en Asie du Sud Est. A l’origine, elle se composait d’un noyau comprenant Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et Singapour. Une association surtout créée à l’époque pour faire face à la menace communiste dans la région.

Elle a depuis intégré les pays de l’Indochine (Cambodge, Laos et Vietnam) ainsi que le Myanmar. Contrairement à l’UE pourtant, l’ASEAN se veut plutôt une association peu contraignante qui se focalise sur des objectifs économiques. Le principe de non-ingérence dans les affaires d’un état membre fait en effet de l’association une coquille vide politique.

Peu de cas de covid dans l’ASEAN et pourtant…

L’ASEAN a ainsi fait la preuve d’une totale incapacité à mettre en place une stratégie commune pour rouvrir ses frontières internes aux voyageurs. Comme elle l’a déjà démontré avec la création d’un visa commun ASEAN en discussion depuis 12 ans.

Une attitude d’autant plus surprenante que la région a relativement bien maîtrisé la pandémie. Même si on peut parfois douter de la véracité de certains chiffres communiqués par plusieurs pays.

Au 15 novembre 2020, le nombre de cas déclarés positifs au covid atteignait 1,054 million, incluant 25 052 décès. Si les contaminations progressent toujours en Indonésie, en Malaisie, au Myanmar et aux Philippines, les autres pays ont atteint un plateau et enregistrent très peu ou aucune contamination.

Dans un tel contexte, le Président indonésien Joko Widodo a réclamé que l’ASEAN mette rapidement en place un « corridor de voyage » régional. C’est la seconde fois que l’homme d’Etat du pays le plus peuplé de l’ASEAN appelle de ses vœux à une réouverture de la région.

Il est vrai que l’ASEAN en tant que bloc intégré est en quasi mort cérébrale. Les frontières sont en effet closes dans presque tous les pays. Seul Singapour a timidement rouvert des « corridors verts » avec Brunei, l’Indonésie et la Malaisie. Singapour accepte aussi les voyageurs en provenance du Vietnam munis d’un certificat électronique de voyage.

Lors du 37ème sommet (virtuel) de l’ASEAN à Hanoï, qui s’est achevé ce week-end, les dix membres se sont mis d’accord sur un cadre légal pour des corridors de voyages au sein de l’ASEAN. Le futur « Travel Corridor Arrangement »(TCA) s’adresserait d’abord aux voyageurs d’affaires dits « essentiels ». Joko Widodo a demandé que le conseil de coordination économique accélère cette mise en place, avec en vue le 1er trimestre 2021.

…des « corridors de voyage » qui se font attendre

Selon Joko Widodo, les futurs corridors se composeraient de « fast lanes » (« voies d’entrée prioritaires ») assorties de  protocoles sanitaires stricts. Des tests obligatoires seraient conduits avant le départ et à l’arrivée. Seuls les voyageurs négatifs au covid pourraient alors échapper à une quarantaine des plus contraignantes.

Parmi les mesures prônées par le Président indonésien figureraient une application électronique sanitaire commune à la région et la désignation de points de passage internationaux. Ce qui concerneraient en priorité les aéroports outre quelques points maritimes et terrestres.

Selon un communiqué de presse de la présidence, « un tel arrangement permettrait de donner un regain d’optimisme aux personnes et de rendre de la vigueur aux activités économiques. Tout en maintenant une discipline dans la mise en œuvre des protocoles sanitaires ».

« Nos peuples ne peuvent plus attendre: ils veulent voir notre région se redresser maintenant », concluait le Président indonésien.

Le secteur des voyages est particulièrement crucial aux économies de la région. Le secrétariat général de l’ASEAN a ainsi annoncé que le tourisme avait chuté de 71% cette année. C’est le secteur le plus touché derrière le commerce (-12%) et les investissements étrangers directs (-33%).

Selon les estimations des diverses organisations économiques mondiales, l’Asie devrait connaître une contraction de son PIB de 2,2% en 2020. L’ASEAN enregistrerait pour sa part un déclin de 3,5% de son PIB (estimations Asia Development Bank 09/2020).

Les pays les plus touchés selon l’ADB seraient la Thaïlande, les Philippines et Singapour. Seuls le Vietnam, le Myanmar et Brunei enregistreraient une légère croissance du PIB. Les instituts prévoient cependant une reprise économique avec une hausse moyenne du PIB de 8% en 2021.