Nouveau gouvernement, nouvelle augmentation des taxes sur l’aérien ?

Pour combler le déficit de la France, le gouvernement Barnier souhaite alourdir les taxes qui pèsent sur le transport aérien. Une "tarte à la crème" facile, systématiquement utilisée par tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique.
Taxes aériennes
Passagers embarquant à l'aéroport d'Orly (Photo: Luc Citrinot)

Les milieux aériens s’agitent de nouveau devant une idée lancée par le nouveau gouvernement de Michel Barnier pour réduire le déficit abyssal de la France : alourdir les taxes qui frappent le transport aérien. Une idée qui n’a rien d’original et qui apparaît souvent comme un moyen facile de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Sans vraiment comprendre les enjeux qui existent à surtaxer le transport aérien, victime expiatoire au nom de l’environnement et de la justice sociale. Dans la tête de beaucoup de responsables, le transport aérien reste toujours un moyen de déplacement considéré comme un luxe, ou, a minima, superflu

L’ACI Europe qui rassemble les aéroports européens, et l’Association des compagnies aériennes A4E (Airlines for Europe) viennent d’exprimer leur consternation face à cette potentielle mesure.

Une mesure contre-productive

L’A4E et l’ACI Europe exhortent ainsi le gouvernement français à reconsidérer ces plans, qui ne semblent pas être basés sur une analyse approfondie de l’impact économique. Les deux institutions avancent les arguments suivants :

  • Les dommages significatifs que ces augmentations de taxes infligeraient. Au-delà du secteur aérien lui-même, une augmentation des taxes affaiblirait la position concurrentielle et l’attractivité de la destination France, avec des répercussions sur l’économie nationale et donc sur les citoyens.
  • Les obstacles que ces augmentations de taxes créeront pour une décarbonisation effective de l’aviation en réduisant la capacité du secteur à financer les investissements correspondants.

C’est ce que souligne notamment Olivier Jankovec, directeur général de l’ACI Europe. « L’augmentation des taxes sur l’aviation est l’exemple même d’une pensée à court terme en politique. S’il se confirme, ce nouveau plan affaiblirait involontairement la compétitivité de l’aviation française, pénaliserait les citoyens et réduirait la contribution économique du secteur. Chaque augmentation de 10 % de la connectivité directe entraîne une augmentation de 0,5 % du PIB par habitant. Le gouvernement français choisirait de facto l’argent rapide au détriment d’une compétitivité économique durable« .

Et Olivier Jankovec de poursuivre : « Ce plan est d’autant plus préoccupant que le secteur de l’aviation est en train de se transformer pour atteindre des objectifs ambitieux de zéro émission nette. Le récent rapport Draghi reconnait que l’aviation européenne aura besoin de 61 milliards d’euros chaque année pour y parvenir« .

Lui fait écho Ourania Georgoutsakou, directrice générale de l’A4E: « Cette proposition d’augmenter les taxes sur l’aviation française serait contre-productive. Détourner les ressources de l’industrie en augmentant les taxes signifie en fin de compte moins d’investissements dans les mesures cruciales de décarbonisation ».

Pourtant, selon le quotidien le Monde, l’augmentation serait déjà actée par le gouvernement. Ce serait la taxe internationale de solidarité qui serait ainsi visée. Le Monde avance même une taxe qui bondira de 60 à 200 euros pour les vols long-courrier en classe affaires et de 7,50€ à 60€ en classe économique long-courrier. Quant aux vols d’affaires, chaque passager d’un vol long-courrier devrait s’acquitter d’une taxe de 3 000 euros.

Réduction ou suppression de taxes en Europe

Le gouvernement français devrait, avant toute décision, observer ce qui se passe chez ses voisins. Même dans les pays où la conscience écologiste est bien supérieure à la France, de nombreux gouvernements ont finalement réduit les taxes sur l’aviation, voire même les ont abolies. L’Irlande a par exemple aboli totalement ses taxes sur les billets en 2014. Puis ce fut le cas de l’Autriche qui en 2018 a divisé par deux la taxe sur le transport aérien. L’Italie a également réduit la taxe sur les billets en 2016.

Très intéressante est la position de la Suède, qui a décidé d’abolir la taxe sur l’aviation à partir du 1er juillet 2025. Après analyse des effets de cette taxe, le gouvernement suédois  a estimé que les taxes sur l’aviation ne contribuaient en rien à promouvoir une aviation durable et qu’elles ne font en réalité que nuire à la croissance économique, au tourisme et à l’emploi.

Quatre ans après la sortie du Covid, le trafic passagers en Suède reste inférieur de plus de 20% à ses performances de 2019. L’abolition de cette taxe va donc relancer le trafic aérien. Ryanair a ainsi déjà annoncé ouvrir une dizaine de nouvelles lignes en basant deux appareils, l’un à Stockholm, l’autre à Göteborg. Ce qui par exemple se traduira par le lancement d’une liaison Marseille-Stockholm

L’aéroport de Düsseldorf a perdu 80% de ses vols intercontinentaux par rapport à 2019 avec la hausse des taxes aériennes (Photo Luc Citrinot)

Le contre-exemple allemand

A contrario, l’envolée des taxes aériennes en Allemagne pèse de plus en plus sur le transport aérien. Le doublement de ces taxes depuis 2021 fait qu’un vol sur l’Allemagne est de moins en moins rentable.

Selon la BDL -Association Fédérale de Transport Aérien, un vol vers un autre pays d’Europe avec un avion moyen-courrier de type Airbus A320neo de 180 places affichant un taux de remplissage de 85% coûte entre 4 000 et 4 400 euros. Contre environ 660 euros à Barcelone et environ 2 200 euros à Rome. L’augmentation de la taxe de sécurité aérienne en janvier prochain va renchérir encore de 5 euros le prix du billet.

La BDL indique que la différence des coûts entre Allemagne et le reste de l’Europe force donc d’importantes compagnies aériennes européennes comme Easyjet, Eurowings ou Wizz Air à utiliser des avions basés hors d’Allemagne.

Conséquence pour les passagers : la suppression de nombreuses lignes aériennes qui handicape de plus en plus les entreprises. Lufthansa a ainsi cessé de desservir de nombreuses lignes domestiques et européennes – sans alternative réelle par le rail ou l’automobile. Sans parler de l’hémorragie de compagnies aériennes au départ d’aéroports comme Düsseldorf, Hambourg ou Stuttgart, pourtant au cœur de puissantes régions économiques.

A la fin août 2024, le nombre total de passagers en cumul sur l’année dans les aéroports allemands, restait inférieur de plus de 16% par rapport aux chiffres de 2019. Contre une hausse moyenne de 16% dans toute l’Europe. Un exemple à méditer donc pour les politiciens français…

Mise à jour le 6/10/24