Expatriation : l’attrait ne faiblit pas

Depuis une dizaine d’années, toujours plus de Français voient en Bruxelles une alternative à Paris. Qualité de vie, emploi, prix de l’immobilier… Nombreux sont les facteurs qui influencent leur choix.

Parmi les 200 nationalités représentées à Bruxelles, les Français sont les plus nombreux, attirés en premier lieu par une vraie qualité de vie.
Parmi les 200 nationalités représentées à Bruxelles, les Français sont les plus nombreux, attirés en premier lieu par une vraie qualité de vie.

C’est la première population étrangère en Belgique en général, et à Bruxelles en particulier. Si environ 130 000 Français sont enregistrés au consulat, on estime qu’ils seraient plutôt entre 250 et 260 000 à vivre au Plat pays, dont une large moitié dans la capitale. “Le chiffre officiel, assez bas, s’explique par le fait que tout le monde ne s’inscrit pas sur les registres consulaires, en particulier les binationaux et les étudiants, explique Anne-Christine Genouville, directrice de la Chambre de commerce France-Belgique. Je vis à Bruxelles depuis douze ans et il est clair que le nombre de Français a nettement augmenté cette dernière décennie.” Avec, pour quartiers phares, Ixelles et Uccle, où se trouve le lycée français.

Selon Anne-Christine Genouville, trois facteurs expliquent cet attrait grandissant. En premier lieu, et assez récemment, la possibilité de s’inscrire jusqu’au mois de septembre à l’université où la qualité de l’enseignement est remarquable, notamment dans les domaines de la santé, de l’art et de l’architecture. Autre explication, le fait que la Belgique soit le troisième partenaire économique de la France. “Beaucoup viennent travailler dans des entreprises françaises installées en Belgique”, poursuit la directrice. Pour finir, une chose dont il a été souvent question, mais qui ne touche en réalité qu’un petit pourcentage des Français expatriés  : les avantages fiscaux, surtout en matière de biens fonciers.


« La logistique est très aisée, l’aéroport très proche du centre. Les espaces verts comme la qualité des logements à prix réduits sont un vrai plus. »
Laurent Byé, Setelia

Au fond, le facteur déterminant a été et reste encore l’émulation entre compatriotes, souligne Anne-Christine Genouville. Tous ceux qui sont partis pour des raisons professionnelles ont véhiculé une image de grand bien-être et ont donné envie à leurs proches restés en France.” Car Bruxelles est une ville douce à vivre. Et cette réputation a circulé au moment précis où Paris a commencé à devenir moins sûre, plus chère, moins propre. Pour Julia Eva Perez, une trentenaire installée à Bruxelles depuis sept ans, l’émulation a, en effet, été l’élément déclencheur. “Ma sœur, comédienne, y vivait depuis quelques années, et je suivais de loin son parcours. Le bouillonnement artistique de Bruxelles m’attirait”, explique Julia Eva Perez. Après avoir été reçue à l’Académie royale des beaux-arts, elle décide de se spécialiser en bande dessinée et en illustration. “Comme je m’intéressais aux romans graphiques, Bruxelles était la ville idéale pour moi”, poursuit-elle.

Aujourd’hui, Julia Eva Perez a obtenu le statut d’artiste, très prisé, car il permet de s’assurer un revenu fixe en tant qu’indépendant. “Je me suis aussi inscrite à la Smart, une coopérative où les artistes bénéficient de conseils administratifs.” Cette structure mise en place par la région Bruxelles-Capitale fait partie des nombreux soutiens aux créatifs. “Bien sûr, le prix des loyers et le coût moindre de la vie ont aussi joué”, précise-t-elle. Aujourd’hui, Julia Eva Perez a un atelier à Anderlecht et trouve son inspiration dans les galeries d’art, les musées, “et aussi la gentillesse et la simplicité de gens qui vous permettent de vous créer facilement un réseau.

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Bien que situé en Flandre géographiquement, la région bruxelloise reste majoritairement francophone.

Pour Laurent Byé, installé à Bruxelles en tant que directeur région d’une société israélienne après de nombreuses années passées au Moyen-Orient, le choix professionnel a aussi été guidé par l’attrait d’une ville à taille humaine offrant les opportunités business d’une grande capitale. “La logistique est très aisée, l’aéroport très proche du centre. Et les espaces verts comme la qualité de logement à budget réduit comparativement aux grandes capitales comme Londres, Paris ou Amsterdam, sont un vrai plus”, souligne ce père de trois enfants. “Seul bémol, des taux d’imposition presque confiscatoires pour les revenus du travail”, remarque-t-il. C’est pourtant à Bruxelles qu’il a sauté le pas de l’entrepreneuriat en créant Setelia, société opérant dans le domaine de la consultance dans le secteur IT et digital.

Nouveau Berlin

Christophe Chatillon, fondateur de l’entreprise d’applications mobiles Tapptic, est arrivé à Bruxelles il y a quinze ans. Il venait alors de vendre une société high-tech à Paris et avait envie de tout recommencer. “Bruxelles, c’était une capitale, mais à taille humaine, avec une ambiance plus détendue, et à seulement 1 h 20 de Paris”, explique cet entrepreneur. Pourtant, la high-tech n’était alors pas très développée, et les petits cafés sympas où travailler plutôt rares. “Tout cela a complètement changé ces six dernières années. Désormais, Bruxelles est un lieu start-up friendly, qui compte de nombreux fonds d’investissement, des incubateurs, des espaces de coworking…. C’est un peu le Berlin d’il y a quinze ou vingt ans”, décrit Christophe Chatillon. Autre atout selon lui, le fait que les décideurs et grands patrons soient beaucoup plus accessibles qu’en France. “Le système de subventions pour les nouvelles entreprises a aussi beaucoup évolué et s’est structuré”, assure-t-il.

Aujourd’hui, Christophe Chatillon, comme beaucoup d’autres Français, ne compte plus repartir. L’image de Bruxelles, ville grise et manquant de dynamisme, a disparu. “J’apprécie aussi le professionnalisme quasi germanique des Belges, mais avec une décontraction toute latine”, dit-il. Cette double influence fait aussi que, selon lui, monter un business en Belgique permet de bien tester des produits avant de les exporter. “Bruxelles est vraiment à recommander pour les jeunes entreprises”, conclut ce spécialiste high-tech.

SUCCESS STORY
François Blondeau, Campus Manager de Wild Code School à Bruxelles

Bruxelles se mobilise sur le plan numérique

Comment l’idée d’implanter une école de codage à Bruxelles vous est-elle venue ?

François Blondeau – C’est une initiative française. Notre PDG Anna Stépanoff, fondatrice de la Wild Code School, a ouvert une première école en France en 2014 et le réseau s’est étendu à douze autres villes françaises, le tout ayant conduit à former plus de 1 000 élèves et à réaliser 36 sessions de formation au développement web et mobile. Forte de cette première expérience, la Wild Code School a souhaité poursuivre cette expérimentation pédagogique au-delà de ses frontières et, en 2018, elle a choisi Bruxelles pour implanter son premier campus international. La proximité géographique et linguistique a facilité les choses, de même que la présence des institutions européennes.

Pourquoi y a-t-il un besoin particulier d’écoles de codage à Bruxelles ?

F. B. – Bruxelles est une capitale qui se mobilise sur le plan numérique.
Le gouvernement bruxellois a lancé le plan Next Tech Brussels pour favoriser la création d’entreprises dans le secteur. De nombreux incubateurs et accélérateurs, notamment Co.Station, Be Central et ICAB, sont présents dans la capitale pour accompagner la croissance de start-up qui ont besoin de compétences numériques. Bruxelles dispose également d’un réseau de PME et TPE qui se digitalisent et cherchent à recruter des développeurs web.

Quel avenir pour votre Wild Code School ?

F. B. – Après un premier test réussi à Bruxelles, l’école s’implante actuellement à Berlin, Lisbonne, Madrid, Londres et Bucarest, tout en prévoyant d’autres ouvertures d’ici
la fin de l’année 2019.