Le marché du jeu est une véritable poule aux œufs d’or pour tous les pays, sans exception. Les 197 casinos français, qui représentent le troisième secteur de ce marché, ont engendré 2,8 milliards d’euros de produit brut – soit les sommes investies dans le jeu après paiement des gains – dont une grande partie provient des machines à sous. D’après le syndicat Casinos de France, les revenus enregistrés au cours de la saison 2006-2007 sont en hausse de 2,8 %. Résultats essentiellement dus au développement des jeux de poker.
Selon une étude réalisée par Coach Omnium, “les quatre groupes leaders du marché – Partouche, Lucien Barrière, Joagroupe et Tranchant – cumulent 61 % des unités de casinos et près des trois quarts des parts de marché, laissant peu de place à la survie des petits groupes et des indépendants, raflant par la même occasion la plupart des appels d’offres des grandes villes”. Coach Omnium remarque que les établissements français, à l’image de leurs homologues américains, “développent de nombreuses activités annexes autour du jeu : spectacles, restauration, hôtellerie, thermalisme… Ils se transforment en véritables centres de loisirs afin de fidéliser la clientèle et d’accroître les revenus annexes”. Autre constat, contrairement à une idée reçue, l’accès aux casinos n’est pas réservé à une élite : 30 % des joueurs viennent des catégories socioprofessionnelles (CSP) modestes ; les cadres et les professions intermédiaires ne représentent que le quart de la clientèle. Mais si toutes les CSP “consomment” du casino, le développement des machines à sous (MAS pour les initiés) a largement contribué à populariser les maisons de jeux auprès d’une population à faibles revenus. Les MAS attirent plutôt une clientèle jeune : 37 % des joueurs ont entre 35 et 50 ans. Toutefois, les retraités représentent près de 20 % de la clientèle. La mise moyenne se situe autour de 45 euros et une large majorité des habitués habitent aux alentours du site. Pour Mark Walkins, directeur de Coach Omnium, “les casinos s’associent parfaitement avec le tourisme d’affaires, en particulier lorsque les établissements sont dotés d’un hôtel haut de gamme, d’un restaurant et de salles de séminaires. Leur image prestigieuse attire les entreprises. Parallèlement, ils font rêver les participants car ils reflètent une image festive.” De plus, d’après Coach Omnium, “le casino est devenu pour la clientèle des groupes d’affaires l’outil indispensable d’animation de soirées au sein d’un resort touristique. Dans le cadre de séminaires, l’activité s’identifie à un divertissement. Le casino propose alors un restaurant, une discothèque et une salle de machines à sous. Il doit offrir des produits adaptés à la composition des séminaires : package global avec entrée en boîte de nuit, jetons et cocktails.” L’étude souligne également la spécificité des casinos implantés dans les stations balnéaires. “En basse saison, ils fonctionnent essentiellement avec la clientèle de séminaires. En effet, les congrès organisés par les entreprises de la région et du Bassin parisien dans les grands hôtels à proximité génèrent de la demande.”
L’un des lieux de référence en matière de tourisme d’affaires et de casinos, reste Deauville. “C’est le plus grand site en tourisme d’affaires du groupe Lucien Barrière. Il sert de modèle aux autres établissements”, explique Éric Fouquet, directeur commercial de Lucien Barrière Événements et Réceptions Deauville. “D’emblée nous nous sommes positionnés sur ce marché en adaptant nos structures d’accueil à cette clientèle et en lançant régulièrement de nouveaux produits. Ce dernier point est important car bon nombre d’habitués font partie de notre clientèle. Par conséquent, nous avons une trentaine de prestations permettant de satisfaire le client, même s’il a organisé chez nous une opération l’année précédente.” Pour répondre à la demande des entreprises, le département Lucien Barrière Événements et Réceptions a été créé en 2007. “Désormais une équipe s’occupe des entreprises et des catalogues spécialisés sont édités. D’autre part, nous avons créé au casino de Deauville, l’espace Sofa Bar O2 doté d’une terrasse exceptionnelle ouverte sur la mer, idéale pour des cocktails ou des soirées de gala.”
Casino, hôtels, restaurants…
Mais l’un des principaux atouts du casino de Deauville reste son intégration au complexe Lucien Barrière, avec des hôtels trois et quatre étoiles, des restaurants, des salles de réception, une discothèque, un palais des congrès relié au casino ainsi qu’une pléthore de prestations pouvant convenir à des courts et moyens séjours de toutes les tailles. “De plus, Deauville ouvre sur une large possibilité de déclinaisons, notamment autour de l’univers du cheval. Ainsi des soirées courses hippiques peuvent être organisées à l’hippodrome et même être animées par des spectacles équestres de Mario Luraschi. Parallèlement des dîners de gala peuvent se dérouler dans un château des alentours ou sur la plage. Bien entendu, nous pouvons entièrement mettre en scène une réception : du choix de la vaisselle à la décoration, en passant par l’animation et les repas concoctés par des chefs étoilés !”, assure Éric Fouquet.
Le groupe Partouche, l’autre grand groupe avec Lucien Barrière et Jaogroupe à se partager une grosse part du marché des casinos, a également ouvert en 2006, à Lyon, un bureau commercial pour les entreprises, comme l’indique Adeline Roux, directrice commerciale. “Nos actions vont du conseil à l’assistance pour l’organisation d’un événement, décoration comprise… Nous travaillons essentiellement sur mesure avec notamment des packages séjours. Nous avons 53 casinos, une vingtaine d’hôtels, cinq spas, deux golfs et un établissement thermal. Dans nos casinos, la clientèle trouve des restaurants à thème et des salles de spectacles allant de 500 à 1600 places. Certains de nos sites sont même des domaines : Forges-les-Eaux en Haute-Normandie, Contrexéville dans les Vosges et Divonneles- Bains à quelques minutes de Genève !” Afin de rajeunir l’image de ses casinos et d’en faire des lieux conviviaux, le groupe Partouche a misé sur le poker. Ainsi ses clients peuvent jouer au Texas Hold’em Poker dans 42 de ses sites. Jeu très prisé par les jeunes. D’autre part, Partouche a lancé en novembre 2007 le Partouche Poker Tour, un tournoi national de poker qui se terminera par une grande finale au casino Palm Beach, à Cannes, en septembre 2008. “Le poker est un jeu non seulement très tendance, mais aussi stratégique ; par conséquent très intéressant à exploiter pour les entreprises. Ainsi, régulièrement, nous privatisons certains espaces pour créer des animations tournois de poker avec des croupiers professionnels. Bien sûr, ces compétitions ont lieu en dehors de la salle des jeux et sans qu’il soit question d’argent. De la même manière, nous pouvons, sur demande, organiser des présentations de jeux traditionnels avec l’autorisation des autorités locales et selon des conditions bien particulières”, précise Adeline Roux.
D’autres groupes misent sur le relooking de leurs produits.C’est le cas de Joagroupe, troisième groupe en France, qui a entrepris une totale rénovation et un recentrage de son offre. Ou encore d’Émeraude qui procède à la réhabilitation de ses sites comme l’explique Maureen Rodon, directrice commerciale. “En 2006, nous avons ouvert notre établissement de Saint-Brévin-les-Pins après l’avoir entièrement refait et doté d’un centre d’affaires avec cinq salles de réunion de 10 à 260 places et un amphithéâtre de 258 personnes. À terme, nos huit implantations françaises seront rénovées et adaptées à la clientèle affaires qui s’avère être actuellement notre axe de développement.”
Une vague de rénovations
Après Saint-Brévin-les-Pins, c’est au tour de Bagnoles-de-l’Orne de subir des travaux de réfection. “Nous venons d’ouvrir un lounge café, idéal pour une fin de soirée. D’autre part, nous refaisons les cinq salles de réunion et les 75 chambres de notre hôtel trois étoiles tout comme nous l’avons fait à Lonsle- Saulnier. Mais la particularité de nos sites est leur emplacement privilégié : face à un lac ou à la mer. Ainsi notre casino de Châtelaillon- Plage, en Charente-Maritimes, qui a été refait en 2007, possède désormais une immense véranda style Eiffel donnant sur l’océan.Quant au casino de Bourbonne-les-Bains, en Haute- Marne, il est complètement neuf ! Et partout les entreprises trouvent sur place un interlocuteur unique qui traite leur demande de A à Z”, souligne Maureen Rodon.
Pour Pascal Devarine-Bohan, secrétaire général du groupe Tranchant, il est évident que la clientèle affaires, incentive compris, est en pleine expansion sur ce marché des casinos. “Nous accueillons de plus en plus de congrès et de séminaires intéressés par le côté festif, original et par l’unité des lieux. Constat logique, car si notre métier de base demeure le jeu, nous sommes aussi des professionnels de l’animation, voire dans certaines régions, le seul divertissement ! Ainsi, au casino d’Amnéville-les-Thermes, en Lorraine, nous organisons de grandes manifestations, notamment avec la Star Ac !” Là encore, pour faire face à la demande, le groupe rénove ses sites. Par exemple, le casino de Luc-sur-Mer est désormais doté de salles de réception tandis que ceux de Pougues-les-Eaux, Cagnes-sur- Mer et du Grau-du-Roi sont équipés d’une nouvelle infrastructure, avec salles de réunion et de gala. “De plus en plus d’hôtels sont ouverts par des casinos, remarque Pascal Devarine- Bohan. De même, la tendance est au développement d’activités annexes au jeu. Ainsi tous nos restaurants sont indépendants des salles, ce qui nous permet d’accueillir les mineurs et les familles. Certains établissements ont des cinémas, des théâtres…” Une autre façon pour les entreprises d’offrir à leurs invités une soirée casino sans subir les contraintes imposées dans les établissements publics, consiste à créer l’événement dans une salle privée.
Le poker, outil de motivation
“Nous montons régulièrement pour nos clients des soirées casino ou à thème type Las Vegas. Généralement, si le public cible est majoritairement masculin, très vite les femmes se prennent au jeu ; tout autant que les hommes ! souligne Charlotte Moulin, de l’agence MCI Genève. Les invités apprennent les règles, découvrent et… jouent le jeu ! Nous les initions aux vrais jeux de casino avec tous leurs attraits et l’avantage de pouvoir rejouer, sans l’inconvénient de perdre de l’argent ! C’est une excellente façon de démocratiser le jeu, tout en contribuant à l’image de notre agence, à savoir, chic et élégance.” De plus, selon Charlotte Moulin, ces animations assurent 100 % de satisfaction. “Elles créent des liens interactifs, elles sont entraînantes et parfaites pour le déroulement de la soirée.” Céline Jamet, chef de projet événementiel à l’agence Boulevard de la Stim, a notamment organisé en février, pour Ornis, opérateur de télécommunications et de services informatiques, un tournoi de poker. “A l’issue d’une soirée de gala au château d’Ermenonville, réunissant l’ensemble des collaborateurs de la société, nous avons proposé aux invités de participer à ce tournoi. Sur la centaine de convives présents, 70 se sont inscrits !Quatre personnes animaient la compétition que tous pouvaient suivre en direct. Selon leur qualification, les participants recevaient des lots plus ou moins importants ayant un lien avec le poker, avec un trophée pour le vainqueur final. Parallèlement, nous avons mis en place un concours, avec Las Vegas en permier prix.” Pour Céline Jamet, cette opération est un succès. “L’événement couplé au challenge a été extrêmement fédérateur. Joueurs et non-joueurs, tous se sont intéressés au tournoi et gardent un bon souvenir de la soirée. Il est vrai que le poker est idéal comme outil de motivation, car en quelques minutes les néophytes peuvent apprendre les règles de base et s’amuser.”
Dans le même esprit, mais dans un autre genre, Madiba ! Incentive propose à ses clients des casinos du vin. “C’est une animation qui se joue sur de véritables tables de jeu, mais elles sont transformées en tables de jeux-dégustation ! raconte Matthieu Bouquet, chargé d’études.Nous remettons en début d’animation à chaque participant un verre de dégustation et pour leur mise de départ, des jetons de jeu. Ensuite les joueurs retrouvent à chaque table le croupier-sommelier qui organise le jeu. Le nombre de tables varie selon le nombre de participants. Par rotation, les invités découvrent les tables. Par exemple, à la table de dégustation des vins français, après l’épreuve gustative, ils doivent parier sur la région d’origine. À la table des bouquets de vins, il leur faut du nez pour reconnaître l’arôme d’un vin rouge ou blanc : citron, vanille, cassis…”
À l’issue des jeux, un commissaire-priseur orchestre une vente aux enchères où chacun en fonction de ses gains (jetons) peut enchérir sur des cadeaux œnologiques. “Cette animation, idéale en apéritif ou en soirée, peut se mettre en place n’importe où”, assure Matthieu Fouquet. Bien sûr, tout se fait dans la plus grande modération…

















