
Comment l’intelligence artificielle générative s’inscrit-elle dans les solutions technologiques de Cegid Notilus ?
Laurent Lassure – Elle change la donne en apportant cette notion de création. L’IA commence à arriver sur la génération d’ordres de mission et, partant, des notes de frais afférents. C’est sur la roadmap de Cegid Notilus, et ce sont des choses qui vont arriver dans l’année, cet été je pense. Prenons l’exemple d’un voyageur qui est habitué à réserver son hôtel sur Booking ou son billet de train sur SNCF Connect. Eh bien, l’IA de Notilus, parce qu’elle aura analysé sa boîte mail et détecté un billet de train et une nuit d’hôtel à Lyon à telle date, pourra proposer de créer l’ordre de mission pour ce déplacement. Autant l’ordre de mission est quelque chose d’obligatoire dans le secteur public, autant dans le privé, ça fait partie des lourdeurs administratives que les sociétés évitent, se contentant d’une information sur les déplacements. Le bénéfice d’un ordre de mission alimenté automatiquement par l’IA offre à la hiérarchie la possibilité de donner une validation officielle en amont et d’avoir une idée du coût du voyage. D’où, au besoin, l’ajustement des déplacements si les tarifs pratiqués à telle date sont trop élevés. Outre cet aspect budgétaire, savoir où l’employé se trouve est également important pour des questions de sécurité, de duty of care.
Pour autant, l’IA, est-ce quelque chose de nouveau dans cet univers ?
L. L. – Pas tout à fait. Par exemple, prendre en photo un justificatif pour saisir une note de frais, c’était déjà de l’intelligence artificielle. Mais l’IA nous permet aujourd’hui d’aller plus loin. En début d’année, nous avons remplacé l’ancienne fonctionnalité d’OCR utilisée par Cegid Notilus pour une bonne partie de nos clients. Avant, l’identification des éléments se faisait à partir de la reconnaissance de caractères et du machine learning. Grâce aux évolutions de l’IA, on peut maintenant mettre en place des LLM, des modèles de langage large, pour analyser plus en profondeur le contenu d’un ticket. Auparavant, l’indication d’une TVA à 20% permettait d’estimer une consommation d’alcool. Maintenant, nous pouvons vraiment lire le contenu du justificatif, repérer le mot bière ou le nom d’une marque connue. L’entreprise a le choix d’en autoriser ou non le remboursement, mais pouvoir mettre en avant cette information, c’est important. De la même manière, l’intelligence artificielle était déjà présente depuis quelques années dans le contrôle des fraudes, autour de la vérification des valeurs. Aujourd’hui, l’IA permet de pousser les analyses, de s’interroger si le voyageur n’était pas en congés à la date de la note de frais soumise ou encore, pour un plein d’essence, de rapprocher le nombre de litres de la catégorie de véhicules. Un plein de 80 litres pour une Clio, ça amène à se poser des questions.
Quelles sont les autres évolutions en préparation chez Cegid Notilus ?
L. L. – Dès le mois de juin, nous faisons évoluer la partie reporting, en intégrant l’intelligence artificielle à l’analyse des données. De façon à permettre la génération de tableaux de bord et de rapports en langage naturel. A travers un prompt, comme on interroge un Chat GPT ou un Gémini. Par exemple, vous allez pouvoir demander à la solution quels sont les dix plus grands voyageurs de l’entreprise. A partir de là, l’IA ira chercher l’information pour chaque collaborateur, les montants de leurs notes de frais et construire le rapport. Avec un résultat disponible en trois secondes, sans avoir à aller chercher soi-même les informations, puis générer un fichier Excel, puis faire un tableau croisé. Avantage corollaire, les utilisateurs ne sont plus obligés de connaître le modèle des données, dans quel champ trouver telle ou telle information. En demandant telle analyse à partir du montant hors taxe, c’est ce dernier qui sera directement récupéré.
D’où une multitude d’applications possibles, je suppose ?
L. L. – L’idée est en effet de pouvoir produire simplement tous les tableaux ou graphiques qu’on veut, que ce soit sur l’évolution des dépenses sur les trois dernières années, sur les notes de frais, sur l’évolution des voyages en train par exemple. Plus on va aller profondément dans cette analyse, plus on peut poser des questions précises, par exemple, le nombre de collaborateurs qui mériteraient d’avoir une carte Liberté, par exemple, en fonction du nombre de leurs voyages.
C’est, en somme, l’analyse du budget voyages mise à la portée de tous…
L. L. – Les managers peuvent en effet interroger directement la solution. Cependant, si l’IA est censée avoir accès à toutes les informations pour pouvoir répondre aux demandes, elle ne donne pas accès à tout à tout le monde. Chaque utilisateur pourra l’interroger en fonction du périmètre de ses droits, en respect de la réglementation RGPD. Mais, effectivement, un manager pourra avoir les informations concernant son équipe, savoir qui a un déplacement de prévu tel jour, estimer s’il maîtrise son budget. Le voyageur lui-même peut aussi s’en servir. Comme nous sommes en train de récupérer de plus en plus de données de bilan carbone en intégrant la partie réservations de l’agence de voyages ou du SBT, il peut même suivre son bilan à titre personnel, savoir où il en est de ses déplacements en train ou en avion. Ce sont des informations que nous avons déjà dans Notilus, mais dont nous rendons l’accessibilité plus simple et plus flexible.
Après la génération d’ordre de mission et le reporting, dans quels autres domaines comptez-vous intégrer l’intelligence artificielle ?
L. L. – Ces premières marches vont nous permettre d’avancer vers d’autres étapes. La prochaine, déjà dans les tuyaux, concerne la politique voyages, afin de résoudre une des grosses lacunes en la matière actuellement, sa communication. Tout le monde ne sait pas forcément où elle est, dans quel coin du serveur elle se trouve. Quelquefois, un voyageur peut avoir la surprise de n’être remboursé que d’une partie de ses frais de repas parce qu’il n’était pas conscient des plafonds existants. D’où la volonté de travailler sur la communication de ces éléments, dans un premier temps un peu à la façon d’un chatbot que l‘on peut interroger soi-même pour connaître la politique voyages et les plafonds de remboursement. Les premiers chatbots à destination des voyageurs devraient ainsi être proposés à partir de la fin de cette année.
Peut-on imaginer que ces informations soient délivrées de manière plus proactive ?
L. L. – A terme, l’IA sera en effet capable de pousser cette information, sans avoir besoin de la demander. En analysant le contexte, parce qu’elle sait qu’un collaborateur se rend à Berlin, elle pourra l’informer que, pour aller de l’aéroport au centre-ville, la politique voyage permet de prendre ou non un taxi. Avec une connexion aux ordres de mission, à partir de toutes les différentes informations intégrées dans Notilus, elle pourra rappeler à la fin du dernier rendez-vous l’heure du train, le numéro de siège réservé. Prenons un autre exemple, celui des flottes automobiles : en analysant vos prochains rendez-vous et les déplacements des autres salariés, l’IA va pouvoir vous proposer du covoiturage. Ou alors inviter à prendre un véhicule libre sur le parc de l’entreprise plutôt que sa voiture personnelle, pour éviter des frais kilométriques.
Diriez-vous que Cegid Notilus est en avance en matière d’intégration de l’IA dans ses solutions ?
L. L. – Il est toujours un peu difficile de se positionner. Je ne dirais pas que nous soyons en avance, car il y a beaucoup de solutions qui intègrent aujourd’hui l’IA. La différence que peut avoir Cegid Notilus, c’est à travers sa couverture fonctionnelle. C’est-à-dire qu’un pure player de la note de frais peut avoir de l’avance en termes d’IA sur ce sujet, mais ne va pas s’ouvrir directement à la partie voyage ou flottes automobiles. Je pense d’ailleurs qu’en ce qui concerne l’évolution que nous apportons à la partie reporting, nous sommes les premiers à la proposer dans le secteur du voyage d’affaires. Avec cette vision globale, j’espère que Cegid apportera suffisamment d’éléments, non pas pour révolutionner la gestion des déplacements, mais la rendre plus efficiente et plus sereine.
Projetons-nous dans le futur. Quelles nouvelles applications entrevoyez-vous ?
L. L. – On n’en est qu’au début. Selon moi, nous verrons apparaître des agents intelligent qui vont agir pour vous. En identifiant dans les mails qu’un voyageur a un rendez-vous à Strasbourg à telle adresse, ils pourront demander aux voyageurs s’ils veulent qu’ils réservent pour eux un billet de train et l’hôtel le plus proche. Je m’avance de quelques années, mais ce sont là les futures tendances à mon avis.



















