Une connectivité toujours en déclin en Europe selon l’ACI

La connectivité aérienne européenne reste à la traîne malgré les bons chiffres de la croissance sur le continent. La faute à la compétition des hubs extérieurs -en particulier au Moyen-Orient- mais aussi aux taxes et politiques hostiles au transport aérien du monde politique.
L'aéroport de Lisbonne fait partie de ces plateformes européennes avec une meilleure connectivité qu'en 2019 (Photo: Luc Citrinot)

La connectivité aérienne en Europe peine toujours à retrouver son niveau d’avant la pandémie, malgré une reprise complète du trafic passagers dès 2024. C’est le constat dressé par le rapport 2025 sur la connectivité des aéroports publié par l’ACI Europe (association internationale des aéroports), lors de son récent congrès annuel.

Le rapport est basé sur des critères de connectivité complets développés par SEO Amsterdam Economics. Il constate que malgré une connectivité aérienne totale (directe et indirecte) en augmentation de 7 % en 2025, celle-ci reste inférieure de 9 % aux niveaux de 2019. Alors que la demande aérienne est présente, les passagers se voient donc offrir moins d’options de voyage, souvent plus coûteuses.

L’ACI Europe exhorte les décideurs politiques à reconnaître la connectivité aérienne comme plus qu’un simple indicateur de transport. « Les données sont sans appel : l’Europe a besoin d’un véritable virage stratégique qui place la connectivité aérienne au cœur de son agenda économique, social et géopolitique », analyse Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe.

Plusieurs facteurs expliquent la lente reprise : des politiques aéronautiques souvent punitives (taxes), des changements structurels dans la demande de voyage et des perturbations géopolitiques.

Le marché Union Européenne+ (comprenant l’UE, l’EEE et le Royaume-Uni) est légèrement plus performant (–8 % par rapport à 2019) que le marché hors UE+ (–12 %). Celui-ci a souffert davantage des perturbations liées à la guerre entre Russie et Ukraine et d’une reprise plus faible de l’aviation. Ce qui est du au fait que les aéroports ukrainiens ont perdu toute connectivité aérienne, tandis que ceux en Russie (‑43%) et en Biélorussie (‑70%) ont enregistré des baisses dramatiques.

Les destinations « soleil » ont le vent en poupe

Les performances varient considérablement d’un pays à l’autre. La Grèce (+35 %), le Portugal (+10 %) et Chypre (+8 %) s’avèrent de fait les grands gagnants post-pandémie. Ces marchés ont été soutenus par une forte demande de voyages de loisirs et à motifs privés (segment « VFR »). Ainsi que par la forte présence des transporteurs low-cost.

Par contraste, on constate un recul très fort en Suède (–33%), Finlande (–30%), Autriche et Allemagne (–21% chacune). La demande existe sur ces marchés. Mais elle est battue en brèche par les hausses des taxes nationales sur l’aviation et le soutien politique limité à l’aérien.

Parmi les marchés majeurs de l’aérien européen, seule l’Espagne a dépassé ses niveaux de connectivité de 2019 (+3%). Les autres grands marchés affichent des performances médiocres. La connectivité est en recul de 7% au Royaume-Uni (–7%), de 14% en France, outre la terrible performance de l’Allemagne -comme soulignée plus haut. Le taux de transfert en France pourrait encore se dégrader depuis l’augmentation des taxes en mars 2025.

« Les données sont sans appel : l’Europe a besoin d’un véritable virage stratégique qui place la connectivité aérienne au cœur de son agenda économique, social et géopolitique »:Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe.

Istanbul caracole

L’aéroport d’Istanbul reste le hub le mieux connecté d’Europe avec un nombre élevée de lignes directes (+13 % par rapport à 2019). L’aéroport possède un dense réseau de liaisons vers le Moyen-Orient, l’Asie-Pacifique, l’Afrique et l’Europe.

Amsterdam Schiphol (–4%) se classe au deuxième rang, bénéficiant de solides liaisons intra-européennes. La plateforme fait néanmoins face à des limitations en raison des réductions de capacité imposées par le gouvernement.

Londres Heathrow (–2%) arrive en troisième position, dominant la connectivité transatlantique et les routes vers le Moyen-Orient en Europe occidentale. Francfort (–11%) monte à la quatrième place. L’aéroport allemand passe devant Paris CDG (–7%), grâce à une intensification de ses liaisons vers l’Asie-Pacifique (+17% par rapport à 2024).

Le plan Connect France pour CDG, présenté en juin, devrait aider la capitale française à réamorcer son attrait en tant que plateforme globale de transfert. Selon les statistiques d’ADP pour le premier semestre 2025, le taux de correspondance des aéroports parisiens s’élevait à 20,5%. Soit 2,4 points de moins qu’en 2019…

Tout n’est pourtant pas si négatif. De nombreux aéroports ont entièrement récupéré ou même dépassé leur connectivité de 2019. Cela inclut Antalya (+29%), Athènes (+24%), Dublin (+8%), Palma de Majorque (+11%), Lisbonne (+4%) et Rome-Fiumicino (+3%).

Toutes ces destinations bénéficient d’une importante demande de loisirs et de l’expansion des compagnies aériennes à bas coût. La connectivité directe des low-cost a effectivement augmenté de 19 % depuis 2019, tandis que les transporteurs aériens réguliers (FSC) ont connu une baisse de 15 %.