Décideur : Nicolas Petrovic, Directeur général, Eurostar

Nouveau lounge à Paris, nouvelles rames e320, effet Brexit : le directeur général d'Eurostar dévoile l'actualité de la compagnie ferroviaire.
Eurostar
Nicolas Petrovic, Directeur général d’Eurostar

Eurostar vient d’ouvrir un nouveau salon affaires dans la gare du Nord. “The Lounge”, aménagé en 2008 par Philippe Starck, était-il devenu dépassé ?

Nicolas Petrovic – L’inauguration de ce nouveau salon Business Premier s’inscrit dans le cadre d’un investissement plus large à la gare du Nord, notamment sur la partie dédiée à Eurostar, et cela en raison de la croissance du trafic, passé de 9 millions de passagers en 2008 à 10 millions en 2016. Eurostar est victime de son succès et l’ancien lounge était devenu trop petit. Nous avons heureusement trouvé, grâce à la filiale Gares & Connexions de la SNCF, de très beaux espaces au second étage – précédemment des bureaux et à l’origine un hôtel – qui ont conservé de nombreux éléments de décoration du XIXe siècle. Nous allons ainsi pouvoir engager des travaux dans la zone d’embarquement avec une extension de la salle d’attente et l’installation de nouvelles boutiques. Dans le même ordre d’idée, nous avions rénové le salon Business Premier en gare de Bruxelles-Midi et nous allons apporter de légères modifications à celui de Londres St Pancras International, où nous réfléchissons aussi à de plus amples projets.

Quel est le montant des investissements réalisés par Eurostar ?

N. P. – Nous approchons du milliard d’euros, dont plus de 700 millions dans notre flotte. Ces investissements sont significatifs, mais cela vaut la peine compte tenu des perspectives de croissance. Nos nouvelles rames e320 possèdent en effet 900 sièges, contre 750 pour les TGV actuels. Ce qui représente une augmentation de 20 % des capacités. Pour fluidifier l’embarquement de la clientèle affaires à Paris, nous allons d’ailleurs installer des e-gates, des portillons de contrôle automatique des passeports. Un système similaire a déjà été mis en place en gare de Londres St Pancras, avec des sas Parafe.

Où en êtes-vous justement de l’intégration des rames e320 et de la rénovation des anciennes rames ?

N. P. – Eurostar a déjà reçu 12 des 17 nouveaux trains e320 commandés à Siemens et tous seront en service à la mi 2018. Nous poursuivons en parallèle la rénovation des anciennes rames, opération qui devrait être achevée fin 2018. A l’heure actuelle, la majorité du service sur l’axe Paris-Londres est donc opérée par les 12 nouvelles rames et par trois trains rénovés. Les retours de la clientèle sont excellents concernant cette nouvelle offre de transport. Nous avons juste procédé à quelques ajustements comme une lumière plus tamisée.

notre clientèle affaires, qui représente 40 % du trafic, est beaucoup plus variée aujourd’hui qu’il y a 15 ans

Comment se comporte le trafic ?

N. P. – L’activité a été difficile en 2016 en raison des attentats de Paris et de Bruxelles qui ont entraîné une baisse de 4 % du trafic, qui s’élève au final à un peu plus de 10 millions de passagers. La reprise est venue en fin d’année avec des ventes record pour la période des vacances de Noël. Eurostar enregistre un bon début d’année 2017, notamment en ce qui concerne la clientèle affaires, car l’activité économique reste soutenue en Grande-Bretagne comme en France.

Pensez-vous que le Brexit puisse avoir un impact sur l’activité d’Eurostar ?

N. P. – Pour l’instant, nous n’avons rien observé de négatif, bien au contraire. Il faut rester optimiste. Paris et Londres sont des villes-mondes où l’activité affaires ne fait qu’augmenter. À ce réseau de grandes cités mondiales, nous allons ajouter Amsterdam en fin d’année avec un trajet en 3h52 depuis Londres. En outre, notre clientèle affaires, qui représente 40 % du trafic, est beaucoup plus variée aujourd’hui qu’il y a 15 ans. Elle n’est plus limitée à la banque et à la finance. Nos clients travaillent aussi dans le conseil, la mode et le luxe, les technologies, l’énergie… En ce qui concerne les contrôles d’identité et de sécurité des bagages, ceux-ci existent déjà aujourd’hui. Eurostar a 23 ans et nous sommes à un moment important de la vie de la compagnie qui se relance et s’ouvre à de nouveaux horizons. Les clients sont contents et impatients de vivre cela avec nous. Face à la concurrence qui peut naître demain sur nos axes, Eurostar investit dans le service et les rames, car notre meilleur atout, ce sont des clients satisfaits.

Ses dates clés

  • Né en 1969
  • Diplôme de l’École supérieure de commerce de Paris (ESCP) ; Master of business administration de l’INSEAD
  • 1992 : Directeur du développement commercial à la Compagnie Générale des Eaux
    1993 : Intègre le groupe SNCF où il occupera notamment les fonctions de secrétaire général de la direction des grandes Lignes et de directeur de la zone Paris Saint-Lazare
    2003 : Directeur des services à la clientèle d’Eurostar
    2006 : Directeur général de l’exploitation d’Eurostar
    2010 : Directeur général d’Eurostar