Douala se prépare à devenir la première métropole centrafricaine

Littoral, paysage de mangrove mais aussi business, infrastructures portuaires et porte d’entrée vers l’Afrique intérieure : Douala, tumultueuse métropole camerounaise, n’est pas encore une destination banale pour le voyageur d’affaires en Afrique centrale.

Douala-Vue-aerienne
Vue aérienne de Douala

Située au cœur du golfe de Guinée, sur la rive sud-est de l’estuaire du Wouri, Douala a su bâtir son développement économique à l’abri des tensions politiques de la capitale Yaoundé dont elle est séparée de près de 200 kilomètres. Le résultat : une métropole de trois millions de personnes – 20% de la population du pays – adossée à un important port régional. Douala contribue environ 32 % du PIB avec 12% de la population active camerounaise.

Moteur économique

Centre économique du pays, Douala offre au visiteur un aspect contrasté, entre une grande activité commerciale, la nonchalance héritée du passé colonial et l’extrême dureté d’une ville en perpétuel état de siège. D’un côté, des zones de bidonvilles précaires accueillent des réfugiés venus des zones anglophones du pays en proie à une crise humanitaire ou des réfugiés économiques ; de l’autre, dans les quartiers de Bonanjo ou Bonapriso, des expatriés ou des représentants aisés de la diaspora se retrouvent dans des cafés et des restaurants qui n’ont rien à envier aux métropoles occidentales.

C’est dans cette atmosphère particulière que Douala articule son développement. En plus de son port, au cœur de la vie commerciale et administrative, cet univers se concentre dans deux quartiers modernes : Bonandjo et Akwa. A l’est de la métropole, la zone industrielle de Bassa abrite pour sa part des industries alimentaires, notamment des brasseries et des établissements spécialisés dans les matériaux de construction, les plastiques, les papeteries, la filature, les chaussures ou encore le montage de cycles et d’automobiles. Autre zone industrielle notable, et desservie par un port secondaire, le quartier de Bonabéri, sur la rive droite de Wouri.

Pendant des années, la circulation entre ces zones et l’accès à Douala sont restés difficiles : en effet, les deux tiers des 6 millions de tonnes annuelles de marchandises transitant par le port de Douala sont acheminées par la route. Mais, seuls 450 des 1800 kilomètres étant bitumés, la ville enregistrait régulièrement de grandes difficultés de trafic, encore aggravées par la traversée de la ville par les poids lourds en direction des infrastructures portuaires ou aux zones industrielles. C’est pourquoi la ville a travaillé ces dernières années à améliorer son réseau urbain : amélioration de la route nationale 3 d’accès ouest à Douala, développement routier vers les zones de productions agricoles à l’ouest et vers la zone est pour relier le port au centre de la ville, à une zone logistique, et au-delà au réseau routier extérieur.

Plateforme régionale

Car le véritable enjeu de cette course aux infrastructures routières est la compétition portuaire régionale pour les marchés d’Afrique centrale dépourvus d’accès à la mer. Selon un expert local, « le principe de fluidité est l’exigence première des villes portuaires. Et encore plus pour Douala qui vise un accès rapide au corridor reliant au Tchad et à la République de Centrafrique ».

De fait, le Cameroun qui est en train de finaliser l’autoroute de 196 kilomètres entre Yaoundé et Douala, vient de lancer la construction de deux autres autoroutes pour faciliter le trafic entre Douala et l’autre ville portuaire camerounaise de Kribi, mais aussi vers N’Djamena et Bangui, respectivement capitales du Tchad et de la république de Centrafrique.

Plateforme régionale pour le fret maritime, Douala se verrait bien aussi capitale financière : en septembre, elle est devenue le siège de la Bourse unifiée d’Afrique centrale (BVMAC), née de la fusion-absorption des bourses de Douala et de Libreville. La capitalisation de cette place ne représente actuellement guère plus d’1% du PIB du Cameroun, bien loin des performances de ses concurrentes de Lagos ou d’Abidjan. Mais les observateurs sont optimistes : ils notent la présence d’un tissu régional de plus de 1000 entreprises, rien qu’au Cameroun, au Gabon et au Congo.

Dans cet ensemble, l’économie camerounaise représente 40 % du PIB de la CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale), ce qui permet au pays de se poser en leader régional. Mais ces perspectives sont actuellement assombries par les performances économiques de la région, dont la croissance est ralentie par la crise de la Covid-19. Rien que pour le Cameroun, le FMI a révisé sa prévision de croissance de +3,8 % à -3,5 % en 2020, contre une moyenne de -3,2 % pour l’Afrique subsaharienne. Le déficit budgétaire se creuserait à 4,5 % du PIB selon la loi de finances rectificative.

Les progrès de l’environnement des affaires sont également contrariés. Alors que dans le classement Doing Business 2016 de la Banque mondiale, le Cameroun était placé dans la 163e position, il a reculé à la 166e place en 2019 et a encore perdu un rang en 2020. Le commerce transfrontalier, le paiement des taxes et impôts, le transfert de propriété, l’obtention du permis de bâtir, l’accès à l’électricité et l’enregistrement de la propriété sont toujours perçus comme problématiques.

Une population plus aisée en quête de consommation

Dans ce contexte, le nouveau maire de Douala, Roger Mbassa Ndine, serait selon des analystes locaux bien conscient des enjeux et très déterminé à améliorer le climat des affaires dans sa ville. L’édile, confronté à la dégradation de plusieurs artères et à l’anarchie des normes d’urbanisme, envisagerait la création d’une régie déléguée aux grands travaux.

Le changement climatique a mis en lumière la nécessité de réguler les constructions anarchiques en zones marécageuses et d’assainir l’environnement : des canalisations bouchées ont facilité de graves inondations cette année et le maire de la métropole estime que plus de 200 kilomètres de tuyaux d’assainissement doivent être installés.

Confrontée à ce besoin d’investissements massifs dans les infrastructures de base, Douala, encouragée par l’émergence d’une population plus aisée, n’en continue pas moins à rêver de prospérité et de consommation. La fin de l’année verra les dernières touches au Douala Grand Mall et Business Park, le plus grand centre commercial de cette région du continent africain. Il s’agit de 18 000 mètres carrés d’espace commercial et de loisirs comprenant plusieurs restaurants, un cinéma de cinq salles, un supermarché et une galerie marchande, ainsi qu’une aire de jeux. Carrefour vient notamment d’y ouvrir son troisième supermarché de Douala.

Avant le déclenchement de la crise sanitaire, les vols d’Air France débarquaient plusieurs fois par semaine un flux continu de voyageurs d’affaires habitués à travailler entre le Cameroun et l’Europe. Outre les activités de petits commerces, les secteurs des hydrocarbures, des produits agricoles (cacao, café, coton, huile de palme, etc.) et celui du bois drainaient des échanges constants. De quoi mettre sous tension l’industrie hôtelière. A la fin de l’été, l’état camerounais a approuvé 19 projets de construction d’hôtel qui vont ajouter des centaines de chambres à l’offre actuelle. Douala va accueillir six de ces investissements. Parmi eux, le groupe américain Marriott International vient d’annoncer le début de la construction à la fin de l’année d’un établissement cinq étoiles de 280 chambres équipé d’une salle de conférence de 1000 places. Douala nourrit de grandes ambitions pour l’après-Covid.