ESTA : mails et réseaux sociaux dans le collimateur des USA

Les Etats-Unis étudient un durcissement des conditions requises pour obtenir l’ESTA. Avec des requêtes plus intrusives que jamais, qui ne sont toutefois pas encore en vigueur.
Source : U.S. Customs and Border Protection
Source : U.S. Customs and Border Protection

Franchir la frontière américaine : voilà qui risque de devenir une épreuve de plus en plus relevée pour les voyageurs, et notamment les voyageurs d’affaires. Les signes de fermeture se multiplient aux Etats-Unis – envoyés régulièrement par l’administration Trump – alors que l’organisation de la prochaine Coupe du monde de football pouvait inviter à un accès plus simple. Mais en envisageant de durcir les conditions d’attribution de l’ ESTA (Electronic System for Travel Authorization), le système d’entrée sans visa, l’Oncle Sam inquiète les voyageurs et l’ensemble des acteurs du voyage. Parmi les mesures qui fâchent : une proposition visant à rendre obligatoire les renseignements concernant les identifiants de réseaux sociaux, et leur historique sur cinq ans, et même dix ans pour les mails. Cette demande était jusqu’ici – et demeure – optionnelle. Le recours à la biométrie est aussi prévu, avec l’obligation d’un autoportrait (« selfie »).

Federal Register
Federal Register

Dans la section « Réseaux sociaux obligatoires » : le registre fédéral stipule ainsi : « Afin de se conformer au décret présidentiel (Executive Order) 14161 de janvier 2025 (Protecting the United States From Foreign Terrorists and Other National Security and Public Safety Threats), le CBP ajoute les réseaux sociaux en tant qu’élément de données obligatoire dans une demande ESTA. Cet élément exigera des demandeurs ESTA qu’ils fournissent leurs informations relatives aux réseaux sociaux des cinq dernières années » en précisant que les commentaires sont ouverts jusqu’au 9 février.

Le même document officiel indique que « Le CBP a l’intention de mettre à jour le site de demande ESTA afin d’exiger que les demandeurs fournissent une photographie de leur visage, ou « selfie », en plus de la photo de la page biographique du passeport. Par ailleurs, le CBP prévoit de mettre à jour l’application mobile et d’exiger que les soumissions effectuées par des tiers incluent également un « selfie » ou une photographie du visage du demandeur. Ces photos seraient utilisées afin de mieux garantir que le demandeur est bien le détenteur légitime du document utilisé pour obtenir une autorisation ESTA. »

Un tiers des voyageurs découragés ?

La consultation liée à ce sujet a donc pris fin. Reste à savoir si – et quand – ces propositions du U.S. Customs and Border Protection seront bien appliquées. Et de nombreuses voix se font entendre pour empêcher une telle évolution. Le World Travel & Tourism Council (WTTC) a ainsi publié une étude pour modérer ces velléités de fermeture, en jouant sur la corde sensible : l’impact financier. Selon le WTTC, les changements prévus concernant les réseaux sociaux à la frontière américaine pourraient réduire les dépenses des visiteurs de 15,7 milliards de dollars et impacter 157 000 emplois américains. En outre, un tiers des voyageurs internationaux déclarent être moins susceptibles de visiter les États-Unis si ces changements sont introduits.

ESTA
Site de demande de l’ESTA

Gloria Guevara, CEO du WTTC, témoigne : « La sécurité à la frontière américaine est vitale, mais les changements de politique prévus nuiront à la création d’emplois, que l’administration américaine valorise tant. Notre recherche révèle que plus de 150 000 emplois pourraient être perdus si cette politique est mise en œuvre, le même nombre habituellement créé chaque trimestre aux États-Unis. Même de modestes changements dans le comportement des visiteurs, découragés par les changements prévus, auront de réelles conséquences économiques pour le voyage et le tourisme américains, particulièrement dans un marché mondial hautement compétitif ».

Vue de l'aéroport de New Tork-JFK (Photo: Miguel Ángel Sanz)
Vue de l’aéroport de New Tork-JFK (Photo: Miguel Ángel Sanz)

L’écosystème du voyage d’affaires tire lui aussi la sonnette d’alarme. La GBTA (Global Business Travel Association) s’est exprimée par la voix de sa CEO, Suzanne Neufang. « La sécurité et l’efficacité des voyages d’affaires ne sont pas incompatibles. Bien que la GBTA soutienne fermement les efforts visant à protéger les frontières américaines et à renforcer la sécurité des voyageurs, les changements proposés présentent des risques importants et pourraient réduire les bénéfices que les voyages d’affaires apportent aux organisations qui envoient leurs employés aux États-Unis ainsi qu’aux destinations américaines qui les accueillent ». La direction de la GBTA pointe notamment l’impact sur le MICE : « Une approche équilibrée renforcera la sécurité nationale tout en garantissant que les États-Unis demeurent une destination accessible, attractive et compétitive pour les réunions et conférences internationales ».

Twitter

Les réseaux s’emballent

Alors que le calendrier ne marquait donc que la fin de la consultation concernant ces projets, les réseaux sociaux se sont rapidement emballés en France, actant à tort (au moins pour l’instant) leur entrée en vigueur. Plusieurs voix d’habitude modérées et fiables ont relayé la mise en place de ces mesures. Exprimant au passage leur opposition à de telles intrusions dans la vie privée et professionnelle des futurs visiteurs aux Etats-Unis. Un emballement excusable tant les signaux envoyés par l’administration Trump rendent crédibles la mise en place de ces dispositifs – les autorités américaines n’ont d’ailleurs pas attendu 2026 pour s’autoriser des inspections « basiques » ou plus poussées des appareils électroniques à la frontière, et ce sans mandat. Mais si les responsables américains gardaient déjà un œil sur les réseaux sociaux, ils auront au moins eu l’occasion de mesurer l’impact potentiel de ces projets sur les voyageurs. Et ils sont bien nombreux à anticiper un boycott de la destination si les choses se précisaient, y compris dans l’écosystème du business travel. « Suis moi, je te fuis »…