Les Etats-Unis coupent les ponts avec l’espace Schengen

Les Etats-Unis ont interdit l'accès à leur territoire aux voyageurs en provenance des aéroports de l'espace Schengen, à partir du 13 mars et pendant un mois. Initialement épargné par l'interdiction, le Royaume-Uni est finalement logé à la même enseigne que les 26 pays concernés, dont la France.

Atlanta airport DR
Les aéroports américains se ferment aux voyageurs européens

A compter du vendredi 13 mars entrera en vigueur aux Etats-Unis la suspension pour 30 jours de toute arrivée de voyageur en provenance de l’espace Schengen, ou ayant séjourné dans cette zone durant les 14 derniers jours. Une mesure appliquée initialement à 26 pays, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Pologne mais aussi l’Islande, la Norvège ou la Suisse. Seuls seront autorisés les citoyens américains présents sur le sol européen, ainsi que les ressortissants de l’Union Européenne en possession d’un visa permanent. Ils seront cependant soumis à une quarantaine de 14 jours. Le Royaume-Uni, qui flirte pourtant avec les 1000 cas de coronavirus au 12 mars (918 cas exactement dont 16 décès), était initialement épargné par la mesure. Une sorte de « fleur » accordée par le Président américain à son indéfectible supporter, Boris Johnson. Ce n’est plus le cas : les voyageurs britanniques sont donc logés à la même enseigne que leurs voisins européens.

La rumeur de mesures de restriction des voyages vers l’Europe par l’administration américaine circulait depuis plusieurs jours. Finalement, la décision a été officialisée mercredi soir par Donald Trump, face caméra, depuis le Bureau ovale. Dans un discours d’une dizaine de minutes, le Président américain a évoqué « l’effort le plus agressif et le plus complet de l’histoire moderne pour faire face à un virus étranger« , ajoutant « Je suis convaincu qu’en en continuant à prendre ces mesures sévères, nous réduirons considérablement la menace qui pèse sur nos citoyens et que nous parviendrons à vaincre ce virus rapidement« . A l’inverse, Donald Trump a fustigé la gestion de la crise de l’autre côté de l’Altnaltique : « L’Union européenne n’a pas pris les mêmes précautions et n’a pas limité les voyages en provenance de Chine et d’autres points chauds ». C’est donc un véritable « vendredi 13 » qu’a annoncé le locataire de la Maison Blanche, les Etats-Unis se trouvant désormais confrontés à la crise du coronavirus avec 1281 cas recensés dont 36 décès ce jeudi matin. Twitter

Bannies des Etats-Unis, les compagnies européennes « évaluent » la situation depuis jeudi matinLa mesure aura bien sûr un sérieux impact sur les compagnies aériennes, alors que l’on constatait déjà un fort ralentissement chez les transporteurs desservant l’axe transatlantique. Le 10 mars, dans une conférence organisée par J.P. Morgan aux Etats-Unis, le Président de United Airlines Scott Kirby indiquait que la demande entre Europe et Etats-Unis était en baisse de 50% pour la compagnie, et ce avant même les nouvelles mesures prises par l’administration Trump. Si l’on regarde les derniers ajustements début mars chez American Airlines, on s’aperçoit que la compagnie a annulé ou repoussé pratiquement toutes ses lignes saisonnières d’été comme Charlotte-Barcelone ou Chicago-Venise. Le transporteur a également repoussé la ligne Paris-Miami au 3 juin. American exploite 17 lignes entre Europe et Etats-Unis au mois de mars, contre 36 lignes pour Delta et 34 chez United. Parmi les compagnies de l’espace Schengen les plus exposées figurent le groupe Lufthansa (LH-EW-LX-OS-SN) avec 45 liaisons dont 29 pour la seule Lufthansa, Air France-KLM avec 23 lignes (dont 12 pour Air France) et Aer Lingus avec 15 liaisons.
Selon les statistiques de vol d’OAG établies au 8 mars et concernant la semaine du 15 mars, Air France sera la plus exposée par cette fermeture de l’espace américain avec 116 vols hebdomadaires depuis Paris CDG et Orly sur les Etats-Unis, devant Delta avec 71 vols hebdomadaires, American Airlines et United avec chacune 28 vols hebdomadaires depuis Paris CDG. Air France a donc revu sa feuille de route, et prévoit de maintenir les dessertes d’Atlanta, Chicago, Détroit, Los Angeles, New York JFK, San Francisco et Washington du 14 au 28 mars 2020 inclus. La compagnie aérienne attend par ailleurs des précisions de la part des autorités américaines concernant les vols vers Miami, Boston et Houston.

Lufthansa a également décidé de maintenir sa présence aux Etats-Unis. « Malgré les nouvelles directives de voyage ordonnées par l’administration américaine sur les passagers en provenance de l’Union européenne, de la Suisse et d’autres pays, Lufthansa Group continuera à proposer des vols vers les États-Unis au départ de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Suisse et de la Belgique« , indique le groupe allemand. Les dessertes de Chicago et Newark depuis Francfort et Zurich sont maintenues, tout comme les vols Vienne-Chicago, et Bruxelles-Washington. En outre, « les passagers pourront toujours atteindre toutes les destinations aux États-Unis via les hubs américains et les vols de correspondance desservis par la compagnie aérienne partenaire, United Airlines« , indique Lufthansa, qui suspend néanmoins tous les autres vols, en particulier depuis Munich, Düsseldorf et Genève.

De son côté, La Compagnie va devoir suspendre l’intégralité de ses vols du 19 mars au 12 avril inclus, et table sur un aller-retour quotidien entre Paris et New York à compter du 13 avril. En outre, l’inauguration de la ligne Nice – New York, qui devait avoir lieu le 1er mai, est repoussée d’un mois, au 1er juin. « La décision unilatérale du Président des États-Unis nous oblige à nous adapter rapidement, souligne Christian Vernet, Président de La Compagnie. Grâce à l’immobilisation temporaire de nos appareils et à la réduction d’activité d’une partie de nos salariés, nous réduisons nos charges pour faire face à la baisse de l’activité. Nous espérons un retour à la normale fin mai pour retrouver la courbe de croissance prometteuse que nous avions en début d’exercice grâce à l’arrivée de nos nouveaux A321neo », ajoute-t-il.

OAG
Vols prévus entre la France et les Etats-Unis pour la semaine du 15 mars 2020 (horaires OAG au 08/03/20)

IATA en appelle à l’aide des gouvernements

Quelques heures après l’annonce du Président Trump, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a tenu à réagir. Dans un communiqué publié jeudi après-midi, IATA prévient : « En prenant de telles mesures, IATA a exhorté les gouvernements à se préparer à l’impact économique négatif qu’elles entraîneront. La taille du marché Etats-Unis – Europe est énorme« . Et IATA de rappeler les chiffres de l’an passé : en 2019, quelque 200 000 vols au total étaient prévus entre les États-Unis et l’espace Schengen, soit environ 550 vols par jour, pour un total de 46 millions de passagers environ, soit près de 125 000 voyageurs par jour. Le patron de IATA, Alexandre de Juniac, en appelle donc au soutien des autorités concernées vis-à-vis des transporteurs : « Les gouvernements doivent imposer les mesures qu’ils jugent nécessaires pour contenir le virus. Et ils doivent être prêts à apporter leur soutien pour amortir les bouleversements économiques que cela entraînera. En temps normal, le transport aérien est un catalyseur de la croissance et du développement économiques. La suspension des voyages à une telle échelle aura des conséquences négatives sur l’ensemble de l’économie. Les gouvernements doivent le reconnaître et être prêts à apporter leur soutien« , souligne Alexandre de Juniac.