La fermeture de la Hongrie dévaste hôtels et transport aérien

La pandémie de covid mêlée à la politique nationaliste du gouvernement hongrois se traduisent par la fermeture -pour la seconde fois cette année- des frontières du pays. Une décision qui met à genoux l'hôtellerie et le transport aérien du pays. Elle contribue aussi à marginaliser la destination affaires Budapest en Europe.

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Le Four Seasons Hotel Gresham Palace derrière le Pont aux Chaînes à Budapest

Des pertes dans l’hôtellerie estimées à 70% en 2020 et un trafic passagers à Budapest autour de cinq millions de passagers au lieu de 16,2 millions en 2019. En quelques chiffres, voici ce que la pandémie de covid-19 génère pour le secteur des voyages en Hongrie. En cela, le pays ne diffère guère de ses voisins européens. Et pourtant, il s’ajoute à Budapest une dimension politique qui accentue probablement l’agonie du secteur des voyages en Hongrie.

Les relations entre l’Union Européenne et la Hongrie sont en effet au plus bas. Depuis plus d’une décennie, l’institution européenne sert d’exutoire à Viktor Orban, le premier ministre ultra-nationaliste, qui accuse l’Union de tous les maux. Le gouvernement hongrois semble donc utiliser l’épidémie pour se couper politiquement un peu plus de l’UE.

Un soupçon de nationalisme derrière les fermetures de frontière?

Après un premier verrouillage du pays de la mi-mars à la mi-juin, Budapest a récidivé avec la mise en place d’une nouvelle quarantaine le 1er septembre dernier. Tous les étrangers sont bannis en théorie du territoire hongrois. Y font cependant exception les voyageurs des zones frontalières et en transit – autorisés pour moins de 24 heures -, ainsi que certains groupes d’hommes d’affaires invités officiellement.

Les résultats sanitaires du confinement sont pour l’instant plutôt médiocres. Le nombre d’infections a été en effet multiplié par six depuis le 1er septembre, selon les statistiques officielles. Si le pays recensait 6 257 cas positifs au covid-19 au 1er septembre, ce chiffre atteignait 34 046 le 8 octobre. Soit une hausse de 932 personnes en 24 heures, malgré la quasi absence d’étrangers…

Dans un tel contexte, il est peu probable que le pays s’ouvre de nouveau au reste du continent dans les proches semaines. La Commission européenne estimait déjà en juillet que le PIB de la Hongrie devrait reculer de 7 % cette année. Ce qui préfigure un troisième et quatrième trimestre catastrophique pour le monde du voyage, au premier chef l’hôtellerie et le transport aérien. L’impact économique sera terrible, le secteur représentant 13 % du PIB hongrois, avec une forte activité internationale.

Pas de répit dans l’hôtellerie

Un nouveau rapport du cabinet Horwath HTL Hongrie, mené en coopération avec l’Association des Hôtels et Restaurants, souligne le doute qui persiste chez les hôteliers hongrois quant à une reprise rapide. En 2019, l’industrie hôtelière avait enregistré 23,47 millions de nuitées, dont 54,7 % étaient le fait de voyageurs étrangers. La dépendance vis à vis des marchés internationaux était encore plus grande à Budapest où les visiteurs étrangers généraient l’an dernier 89% de toutes les nuitées.

La fermeture des frontières en mars a donné un coup de frein brutal au développement du tourisme en Hongrie. Après une croissance des nuitées de 9,9% en moyenne annuelle début 2020, le nombre de nuitées dans le pays a reculé de 66% en mars. La chute s’est poursuivi avec -99% en avril et -97% en mai.

L’été n’aura pourtant pas permis de reprise forte, sauf pour le tourisme domestique. Le bureau central des statistiques hongrois annonce pour août une baisse maîtrisée des nuitées domestiques (-2,1%) mais d’un recul fort des nuitées internationales (-71,3%). La destination Budapest continue d’être la plus touchée avec une baisse de ses nuitées internationales de 85%.

Les hôteliers restent donc maussades au regard des perspectives de leur industrie. Selon Horwath HTL, 65% des hôtels de Budapest estiment que les pertes en recettes seront supérieures à 70% cette année. Pour essayer d’atténuer ces pertes, 35% des hôtels ont amélioré ou développé leur offre de services. 30% ont baissé leurs tarifs et 10% ont offert d’autres services comme la location de chambres pour du co-working.

Le verrouillage des frontières en septembre se traduit par la fermeture définitive de 28% des établissements hôteliers à Budapest tandis que 39% d’entre eux envisagent une possible reprise en mars prochain.

Selon Horwath HTL Hongrie, les hôtels cinq et quatre étoiles continuent d’opérer, mais avec une jauge réduite. Les fermetures concernent les hôtels budget ou moyen de gamme. Près de 46% des hôteliers de la capitale hongroise n’envisagent pourtant pas de normalisation effective de leur activité avant 2023.

Wizz Air réduit son offre de 73 à 12 lignes aériennes

Même son de cloche dans l’aérien. Selon le bureau central des statistiques hongrois, le trafic aérien a baissé de 97% au second trimestre. Avril a été le pire mois pour l’aéroport de Budapest avec seulement 9,900 passagers contre 1,34 million en 2019. Septembre devrait enregistrer un chiffre similaire à celui d’avril selon les estimations de l’autorité aéroportuaire. La plate-forme n’accueille plus que 120 mouvements d’avions par jour, soit une baisse de 70%. L’aéroport estime que le trafic devrait rester 80% à 90% en dessous de son trafic de 2019 d’ici la fin de l’année sans changement dans la gestion des frontières.

La compagnie low-cost Wizz Air, premier transporteur du pays avec un tiers de l’offre en sièges, est la plus touchée par le confinement. Le transporteur a réduit en septembre son réseau de 73 à 12 destinations. Wizz Air n’assure plus que deux vols par semaine de Budapest à Paris-Orly, Bruxelles et Bâle/Mulhouse. La compagnie sert également Milan, Athènes, Dortmund, Berlin, Londres-Luton, Eindhoven, Stockholm, Malte et Larnaca. De son côté, Air France continue de proposer dix vols hebdomadaires entre Paris CDG et Budapest cet hiver. 

Reste maintenant à espérer que le gouvernement hongrois trouve un compromis entre nécessité sanitaire et relance économique. «  C’est absolument vital pour l’activité économique de Budapest« , estime-t-on chez Horwath HTL.