Fin de partie pour Adria Airways en Slovénie ?

Une première suspension de tous les vols d’Adria Airways mardi et mercredi, prolongée ce jeudi et vendredi, augure mal du futur de la compagnie nationale slovène, probable prochaine victime d’un transport aérien européen dont la consolidation semble s’accélérer…

Adria
La compagnie nationale slovène, Adria, est menacée de faillite

Une annonce brève lundi soir, à peine remarquée : la compagnie nationale slovène Adria Airways annonçait suspendre temporairement ses vols les mardi 24 et mercredi 25 septembre. Mercredi, le transporteur expliquait qu’il devait de nouveau prolonger cette suspension à ce jeudi et vendredi. Un message sur le site d’Adria expliquait que « la compagnie en ce moment recherche intensément des solutions en collaboration avec des investisseurs potentiels. L’objectif de toutes les personnes impliquées est de faire en sorte qu’Adria Airways reprenne ses vols selon le calendrier prévu et que l’arrêt de certaines activités soit effectivement temporaire. »

Adria est de fait confrontée depuis plusieurs années à une dégradation de ses comptes. Vendu par le gouvernement slovène a un investisseur privé allemand en 2016, le transporteur n’a depuis cessé d’accumuler les pertes. Sa petite taille – 18 appareils et un million de passagers – et  un marché national réduit (1,9 million d’habitants en Slovénie, moins de 4 millions en incluant le sud de l’Autriche, le nord de l’Italie et l’ouest de la Croatie) sont des faiblesses aujourd’hui pour un transporteur qui a trop longtemps vécu sur l’idée de posséder un quasi-monopole sur le transport aérien en Slovénie. Le faible potentiel que représente la Slovénie, explique par exemple la faiblesse du transport low-cost, générant à peine 20% du trafic total de l’aéroport de Ljubljana. On recense easyJet sur Londres et Berlin, Transavia sur Amsterdam et Wizz Air sur Bruxelles-Charleroi. La compétition viendrait plutôt aujourd’hui de LOT Polish Airlines, Turkish Airlines ou même d’Air France-KLM qui s’est récemment renforcée sur Ljubljana avec six vols hebdomadaires.

Selon l’aéroport de la capitale slovène, la base principale d’Adria, plus de 56% du trafic passagers est entre les mains de la compagnie nationale. Sur 1,81 million de passagers, 1,02 million ont voyagé sur Adria Airways (+4%). Une dépendance importante même si la part de marche d’Adria a baissé de deux points entre 2017 et 2018. Sur une trentaine de villes reliées à Ljubljana, une vingtaine de villes l’étaient par Adria.

Mais la fluctuation de son réseau a été aussi un facteur de déstabilisation pour les passagers ces deux dernières années. La compagnie a, en un an, supprimé plusieurs lignes dont Düsseldorf, Genève, Hambourg, Kiev ou encore Varsovie.

L’autorité slovène de l’aviation civile n’a pas encore mis fin au certificat de transporteur aérien d’Adria, lui accordant une semaine – jusqu’au 2 octobre – pour présenter un plan de restructuration financière. « Dans le cas contraire, sa licence d’exploitation sera révoquée sans possibilité de la prolonger« , a déclaré Rok Marolt, le chef de l’aviation civile, lors d’une conférence de presse mercredi à Ljubljana. Le retrait de la licence d’exploitation signifierait la fin de tous les vols commerciaux de la compagnie aérienne.

Des annulations de vol hors de Slovénie

Le transporteur a dû rendre une grande partie de sa flotte – huit appareils – suite à la résiliation de contrat de leasing par les propriétaires. Mercredi, cinq avions ont dû être immobilisés. Six autres appareils sur les dix avions restants – une flotte de CRJ-900 et de Saab 2000 – pourraient également être repris par les compagnies de leasing. On comprend mieux la suspension des vols.

Cet arrêt de toutes les liaisons de la compagnie – hormis un vol quotidien en soirée sur Francfort – a non seulement des conséquences pour Adria mais aussi pour un certain nombre de compagnies qui affrétaient des appareils au transporteur slovène. C’est le cas d’Austrian Airlines sur Lyon-Vienne, Bologne-Vienne et Varsovie-Vienne, de Luxair sur Luxembourg-Berlin et de Swiss sur la ligne domestique Zurich-Lugano. On estime que quelque 3800 passagers sont affectés par la suspension de tous les vols.

Selon Rok Marolt, l’entreprise a besoin de plusieurs dizaines de millions d’euros de capital pour sa survie. Le fond d’investissement allemand 4K Invest doit présenter un plan de restructuration ce lundi. Le gouvernement slovène a refusé de renflouer la compagnie aérienne, et il semble qu’il n’ait pas réussi à trouver d’investisseurs stratégiques.

La disparition de la compagnie laisserait finalement la place libre aux transporteurs low-cost, et la Slovénie deviendrait le deuxième pays d’Europe Centrale, après la Hongrie avec la disparition de Malev en 2012, à ne plus avoir sa propre compagnie aérienne. Se pose donc la question de savoir si chaque pays d’Europe a encore besoin d’un transporteur national, hormis pour des questions de prestige…  A Budapest par exemple, le trafic passagers est passé de 8,5 millions en 2012 à 14,86 millions l’an dernier. Et ce, sans compagnie nationale…