Slovénie : petit pays, belle histoire

Si proche et déjà si loin : la Slovénie figure encore dans la catégorie des destinations insolites. Et pourtant… Ce pays coincé entre l’Autriche, la Croatie et l’Italie recèle des trésors, des paysages de cartes postales où les stations balnéaires tutoient les montagnes, où l’héritage austro-hongrois côtoie l’influence vénitienne et la période yougoslave.

Samedi, jour de marché à Ljubljana. Comme chaque week-end, le rituel est immuable. Depuis les quartiers de Krakovo et de Trnovo, ou depuis la rue Miklosiceva et ses façades Art nouveau, la foule converge inévitablement vers la rive droite de la Ljubanica, la rivière qui serpente à travers la capitale slovène. Tout le monde se connaît sous les colonnades du marché couvert. C’est du moins l’impression qui se dégage des échanges informels. On bavarde en effet facilement avec les locaux dans un anglais qu’ils maîtrisent parfaitement, tout en dégustant un morceau de prsut, ce jambon sec de la région du Karst. Un refrain revient régulièrement au fil des conversations : celui du “petit pays”, de la “petite capitale à taille humaine”. On croit déceler un complexe d’infériorité latent ; et puis l’on comprend vite, en creusant un peu – si possible en dégustant un verre de Teran, un vin puissant et capiteux – que ce cadre de vie, presque de village, participe en fait d’une véritable fierté. Sentiment d’autant plus affirmé parmi les Slovènes qu’il s’est forgé au fil des siècles, envers et contre toutes les dominations extérieures. Et Dieu sait s’il y en eut : république de Venise, empire austro-hongrois, Yougoslavie… “Dans une petite église, un petit saint est grand”, prévient d’ailleurs le proverbe slovène, plantant le décor d’un périple dans l’une des plus petites républiques de l’Union européenne.

Des accents Art nouveau avec la façade géométrique de la Banque Coopérative, rue Miklosiceva (1) ; l’élégance de la place Preseren et ses maisons bourgeoises fin XIXe (2) ; l’allure racée des lipizzans (3) chérie par les Habsbourg : capitale à taille humaine, Ljubljana s’est donnée des airs séduisants de Mitteleuropa.

Petite, mais aristocratique

Depuis le marché central – depuis un peu partout dans la ville d’ailleurs –, le regard est irrémédiablement attiré par le château de Ljubljana. Cet étendard monumental de l’empreinte médiévale domine la cité et la rappelle à un passé pas si lointain, celui de la cour autrichienne. Un château où l’on grimpe aujourd’hui volontiers en funiculaire et où l’on se prend à imaginer les fêtes données par les Habsbourg qui n’avaient pas la réputation de s’économiser sur le faste, soirées arrosées des nombreux vins slovènes. N’est-ce pas en Slovénie que pousse encore la plus vieille vigne du monde, la stara trta de Maribor, quatre fois centenaire ? Mais on s’égare…

En près de six siècles de domination, les Habsbourg se seront pourtant contentés de quelques brèves apparitions dans la petite ville aristocratique. De ce château emblématique, reconverti successivement en prison et en place de garnison, demeure surtout la chapelle Saint-Georges, relati­vement épargnée par le terrible séisme de 1511. Reste aussi le sublime panorama, qu’on souhaiterait éternel. Aujourd’hui, avec ses espaces modernes enceints de murailles restaurées et ses deux restaurants réputés Na Gradu et Strelec, l’intérieur de la forteresse se destine au tourisme et au MICE (Meetings, Incentive, Convention, Events). Un must pour une réunion originale ou un dîner de gala feutré.

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De retour dans le centre, on n’échappe pas à l’hôtel de ville, un bâtiment gothique qui se fait baroque à mesure qu’il s’élève. En poussant la porte, la cour intérieure dévoile un autre souvenir de la domination autrichienne. Trônant là et sculpté dans la roche, un aigle à deux têtes rappelle, si besoin en était, la longue période de domination des Habsbourg. Une domination interrompue brièvement par l’interlude napoléonien, auquel les Slovènes rendent encore hommage. Érigée en 1929 sur la place de la Révolution française, la colonne de l’Illyrie, province unie par Napoléon, rappelle ce temps où le slovène était pour la première fois enseigné à l’école, marquant l’éveil de la conscience nationale.

Pourtant, malgré ces siècles d’allégeance, un artiste local a façonné plus que ces occupants successifs la silhouette actuelle de la capitale slovène. Il s’agit de Joze Plecnik, génie iconoclaste et qui fut si prolifique qu’il changea radicalement la face de Ljubljana à partir des années 20. Aujourd’hui reconnu à l’international, l’enfant du pays laisse derrière lui une œuvre monumentale, inclassable et finalement indétrônable.

Art génial de la récup’

Enjambant la rivière Ljubljanica, le Triple pont a été aménagé par Joze Plecnik. Cet architecte a embelli sa ville natale, laissant presque à chaque coin de rue la trace d’une œuvre éclectique, autant inspirée de la plastique gréco-romaine que de la pompe du baroque ou de la Sécession viennoise.Au pied des colonnades du marché où fourmille le tout-Ljubljana, on reconnaît l’influence de l’antiquité sur le travail de Plecnik qui, parmi toutes ses œuvres, signa également le Triple Pont, le pont des Cordonniers, et même la chaire de l’évêque au sein de la cathédrale Saint-Nicolas. Infatigable bâtisseur, Plecnik ne manquait jamais d’allier l’esthétique au pratique, en s’appuyant notamment sur la récupération d’anciennes statues ou de blocs de pierre. Bref, un peu tout et n’importe quoi, qu’il entreposait dans son jardin en attendant une utilisation future. Le “Plecnik Tour” figure d’ailleurs parmi les principaux circuits proposés aux visiteurs étrangers pour découvrir la richesse architecturale de Ljubljana. “Nous organisons souvent une visite thématique d’une heure ou plus, sous forme de quizz. Ce qui facilite les échanges du groupe avec la population”, explique Philippe Raquin, chef de projet chez Intours. Car c’est là tout le charme de cette petite capitale. En une journée, un groupe incentive en fait le tour et parcourt à pied des siècles d’histoire. Après quoi, le soir venu, il sera d’autant plus plaisant de se lancer à la découverte de la gastronomie locale en dégustant, par exemple, l’un des nombreux plats slovènes – les poissons et la truffe sont à tomber –, le tout accompagné d’un verre de Malvazija ou de Rebula – eux aussi à se damner – , deux vins blancs produits dans la région de la Goriška brda.

Des stucs, des dorures et du marbre rose : la cathédrale Saint Nicolas est un des nombreux trésors de la capitale slovène. Puis vient le temps de rallier la côte Adriatique, à moins d’une heure et demie de route. Selon le planning, on s’accorde une halte dans un autre legs des siècles autrichiens. À deux kilomètres de la frontière italienne, le haras de Lipica accueille tout au long de l’année des groupes du monde entier attirés par d’élégants chevaux blancs, les fameux lipizzans. Ceux-là mêmes que chevauchait Sissi après que l’empereur François-Joseph en eut offert deux à la cavalière impératrice. Les lipizzans ont histoire liée avec la famille des Habsbourg. En effet, c’est l’archiduc Charles II qui décida en 1580 d’implanter un haras sur ce domaine du “petit tilleul”. Convaincu par la réputation des chevaux du plateau du Karst, reconnus pour leur puissance et leur longévité, il entreprend alors d’effectuer des croisements avec des chevaux italiens, arabes, mais aussi espagnols.

Après deux siècles d’évolution, et sous la houlette de la célèbre école espagnole de Vienne, naît une bête de scène et de dressage que viennent applaudir toute l’année des groupes internationaux. Les 311 hectares du haras leur offrent aussi un terrain de jeu unique pour des activités en plein air au contact de ces prestigieux chevaux blancs, dont la lignée est suivie à la loupe depuis des siècles. “Le statut protégé du haras limite le nombre de chevaux mis à disposition des grands groupes ; mais le panel d’activités est riche à Lipica. Nous organisons souvent un incontournable tour de calèche ainsi que des balades à vélos et des pique-niques dans la nature, en plus du spectacle de dressage qui peut être privatisé pour de gros budgets”, indique Philippe Raquin.

Changement de décor quelques kilomètres plus au sud en allant vers Piran. Les oliviers ont remplacé les sapins, et la mer les montagnes. Changement d’héritage également, car la ville est marquée du sceau de la république de Venise, qui domina la ville pendant cinq siècles.

Piran la Sérénissime

Pas de gondoles à PIran, mais une atmos­phère de Venise dans cette ville longtemps dominée par sa puissante voisine. Témoin, une maison gothique ocre, cadeau d’un marchand de la Sérénissime à une belle Piranaise.“Bienvenue à Piran” annonce un panneau en slovène et en italien, les deux langues officielles de l’Istrie. En se tournant vers la mer, comme le fait la petite ville portuaire, on peut parfois apercevoir la silhouette de Venise à l’horizon, blottie entre le littoral croate à gauche et les sommets enneigés des Dolomites sur la droite. Bien sûr, la traversée de trois heures en catamaran jusqu’à la cité des Doges fait partie des activités proposées aux groupes incentive. Mais la véritable proximité est d’abord d’ordre historique, culturel. On en prend rapidement la mesure sur la place Tartini, le cœur de Piran, où l’hôtel de ville arbore encore ostensiblement le lion ailé de Saint-Marc. Toujours sur cette place dédiée au compositeur italien auteur de la sonate des Trilles du diable, trône la bien nommée “maison vénitienne”, teintée d’ocre rouge. Plus haut, au bout des ruelles, s’élève un campanile, réplique de celui de la place Saint-Marc. Les groupes privilégieront l’hôtel Piran et sa terrasse privatisable dominant l’Adriatique, ainsi que le théâtre Tartini, dont la capacité de 267 places permet d’accueillir des événements de plus grande ampleur.

Aussi agréable soit-elle, la cité piétonne montre pourtant ses limites en termes d’infrastructures et d’activités sur le segment événementiel. La grande majorité des groupes incentive rallie donc le plus souvent Portoroz, la station balnéaire voisine dont le parc hôtelier offre davantage de possibilités aux organisateurs. Moins bucolique, plus bétonné, le “port aux roses” jouxte néanmoins le parc naturel de Secovlje et ses étendues de salines. Cette composante majeure de l’histoire de l’Istrie, exploitée par la république de Venise, participe encore aujourd’hui de la renommée de la côte. Mais Portoroz a plutôt assis la sienne sur son casino et sa vie nocturne, à laquelle s’essaie la jet set internationale depuis la fin du XIXe siècle. Et ce n’est pas un hasard si cette attractivité a coïncidé avec l’inauguration du bâtiment emblématique de la ville : le Palace Hotel, plus connu désormais sous le nom de l’enseigne allemande Kempinski. Le bâtiment inauguré en 1910, quelques années avant la chute de l’empire austro-hongrois donc, incarne encore aujourd’hui une certaine idée d’un luxe intemporel.

Comment ne pas être ébloui par le Crystal Hall, pièce maîtresse de l’établis­sement où l’on imagine volontiers un événement de prestige sous les lustres signés Swarovski ? Pourquoi ne pas paresser au milieu des volutes de cigare dans le fumoir attenant au “salon des hommes”, en pensant aux prestigieux invités accueillis par l’hôtel ? Sophia Loren bien sûr, qui donna son nom au restaurant Sophia, ou son complice Marcello Mastroianni. Orson Welles et Yul Brynner figurent aussi au générique du Palace Hotel, tout comme, certes dans un autre style, le maréchal Tito, en l’honneur de qui fut baptisée la suite présidentielle. Cet héritage est à la fois prestigieux et contraignant pour Kempinski, qui doit préserver la richesse architecturale du bâtiment – Art nouveau, Sécession viennoise, Art déco, Bauhaus – tout en garantissant les standards attendus par les organisateurs d’événements internationaux. Mission accomplie, puisque le palace a su rester en haut de l’affiche plus d’un siècle après son inauguration.

“Nous misons sur la diversité des paysages slovènes. Elle permet de passer la matinée en bord de mer et l’après-midi à la montagne. L’hiver, les possibilités sont très nombreuses pour les activités incentive”, souligne Philippe Raquin.

Bled, charmante carte postale

Après ce séjour balnéaire, cap au nord pour s’immerger dans un tout autre décor. Et place à Bled, carte postale idéale pour conclure ce périple slovène, voire l’entamer si on entreprend ce voyage à rebours. À une demi-heure de l’aéroport de Ljubljana se niche en effet l’un des trésors les plus courus de la région. Le tableau est célèbre : une petite église sur une île minuscule posée au milieu d’un vaste lac. Tout autour, les Alpes juliennes. Et plus loin, la frontière autrichienne. La scène vaut le détour, ne serait-ce que pour le turquoise de l’eau, unique en son genre. “Ce lac est bien trop beau pour qu’un meurtre puisse s’y dérouler”, aurait même dit une certaine Agatha Christie pendant son séjour à l’hôtel Bellevue…

Les sentiers de randonnée, les rivières et les grottes qui jalonnent le parc national du Triglav offrent autant de terrains de jeu pour des sports plus ou moins extrêmes – kayak, rafting, vélo – selon la saison et le profil de chaque groupe. En 2011, le lac de Bled servit même de décor aux championnats du monde d’aviron, et les premières pistes de ski y pointent le bout de leurs remontées mécaniques. Cette variété d’activités est bien servie par des infrastructures hôtelières et meetings ad hoc, et qui ont de surcroît l’expérience des grands événements. Les plus courageux pourront même s’attaquer au Triglav, ce mont à trois têtes qui fait la fierté du peuple slovène au point de figurer sur le drapeau national. La légende veut même que tout prétendant à la nationalité slovène se doive de gravir les 2 864 mètres du plus haut sommet local. Le jeu en vaut paraît-il la chandelle.

1— Le pays propose un large panel d’acti­vités, allant de la quiétude d’une partie de pêche à la mouche aux pratiques beaucoup plus sportives autour des stations de ski et des resorts balné­aires. 2 - Nature, mer et montagne : la Slovénie associe sur un territoire peu étendu l’ensemble des éléments recherchés par les organisateurs d’incentive. En plus d’une culture très riche.