Clap de fin pour Aigle Azur ?

Aigle Azur doit être mise en redressement judiciaire après un été difficile, au cours duquel les difficultés financières se sont accumulées. Le programme de vols est déjà fortement écorné et l'avenir de la compagnie est incertain.

Aigle Azur
En difficulté, Aigle Azur doit être placée en redressement judiciaire

L’été aura été chaud, très chaud pour Aigle Azur, les indices se multipliant sur la mauvaise situation financière de la seconde compagnie régulière française, qui avait acheminé 1,88 million de passagers en 2018. La situation s’est encore tendue au début de la semaine dernière avec un « mini-putsch » qui avait vu Frantz Yvelin, président de la compagnie, écarté et remplacé par Gérard Houa, président de la Fondation France-Chine et représentant en France du conglomérat chinois HNA, ainsi que par Philippe Bohn, nommé directeur général.

une situation inédite, illicite, et surréaliste

C’était sans compter sur la pugnacité de Frantz Yvelin. Vendredi, le PDG de la compagnie reprenait le contrôle de la compagnie avec le concours de la justice. Dans un communiqué, le PDG indiquait que « Aigle Azur a mis fin à une situation inédite, illicite, et surréaliste, ayant vu deux personnes physiques prétendre avoir le droit de prendre le contrôle de l’entreprise. Dénoncée par 80% de son actionnariat, elle est close. […] Avec le concours des forces de l’ordre, nous avons ainsi pu faire exécuter ce jour cette décision de justice. Cela met fin à une situation totalement ubuesque et illégale, sans préjudice des suites pénales qui y seront données, l’entreprise ayant déjà porté plainte ».

Aigle Azur a également nommé un administrateur provisoire pour faire face à « l’urgence et la criticité de cette situation inédite dans le transport aérien français et [aux] difficultés auxquelles doit faire face Aigle Azur ». Selon Frantz Yvelin, cette mesure serait exceptionnelle.

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Pourtant, la compagnie semble à bout de souffle. Il y a certes des facteurs externes comme la hausse des prix du kérosène sur un an et un euro qui s’est affaibli, qui ont fait s’envoler les coûts d’exploitation. Selon le quotidien financier La Tribune, la compagnie devrait plus de 40 millions d’euros à ses créanciers.

Mais surtout, le transporteur paye son absence de stratégie claire et la défaillance de son principal actionnaire, le groupe chinois HNA, qui détient 48% de son capital. Ce groupe est entre autres à la tête de la compagnie Hainan Airlines (80 millions de passagers en 2018 et 555 millions de dollars de pertes) et ses difficultés financières sont si grandes que l’Etat chinois a dû lui garantir un prêt pour sa survie.

Aigle Azur, qui s’est lancé dans une politique d’expansion ambitieuse, certainement trop ambitieuse, n’a donc pu compter sur son principal actionnaire. Et justement, c’est cette stratégie hasardeuse qui est à la source des principales difficultés financières du transporteur français.

Longtemps positionnée comme la compagnie spécialiste de l’Algérie, puis du Portugal et de l’Afrique, Aigle Azur avait en un an multiplié les ouvertures de lignes sur Moscou, Kiev, Berlin, Milan, Beyrouth mais aussi lancé des lignes long-courriers sur le Brésil et la Chine. La présence de l’actionnaire chinois et d’un milliardaire brésilien dans son capital, expliquent probablement ce choix « stratégique ». On cherchera en fait désespérément la cohérence et la logique de ce réseau créé en 18 mois…

Pour les passagers, la débâcle d’Aigle Azur s’est traduite par un réseau réduit à peau de chagrin. Berlin, Milan, Nantes, Moscou-Marseille et Marseille-Dakar ont disparu, le Orly-Pékin renvoyé à des jours meilleurs tandis que la desserte de Sao Paulo sera officiellement fermée le 27 septembre. Les vols sur le Portugal peuvent certes être réservés sur le site de la compagnie mais sont en fait assurés par TAP Portugal. La compagnie indiquait d’ailleurs en juillet avoir vendu ces lignes portugaises à Vueling. Les dessertes les mieux assurées pour le moment restent le réseau historique sur Paris Orly-Algérie ainsi que les lignes sur Moscou et Kiev.

Les actifs d’Aigle Azur devraient trouver preneurs. La compagnie possède 10 000 créneaux horaires à Orly, un aéroport ou chaque slot est précieux. Cela représente une quinzaine de vols par jour. Le transporteur possède le plus important réseau d’une compagnie française sur l’Algérie, avec six destinations et un trafic de plus d’un million de passagers annuels. Ces atouts devraient certainement attirer les repreneurs. D’Air France aux transporteurs low-cost présents à Orly, comme Easyjet ou Vueling, l’intérêt sera certain.

Il est aussi possible que la marque Aigle Azur survive. De fait, elle aurait toutes ses chances en redevenant une compagnie niche, notamment sur l’Afrique du Nord. Au lieu de Pékin ou du Brésil, Aigle Azur pourrait (re)devenir la compagnie de référence de tout le Maghreb – un marché qui a de l’avenir. Le redressement judiciaire devrait durer deux mois, le temps d’y voir plus clair…