Melbourne en quarantaine : horizon assombri pour Qantas

Qantas ne pense pas revenir dans l’arène internationale – à de rares exceptions – avant la mi 2021. Une décision radicale mais le récent retour de l’épidémie de Coronavirus dans l’Etat du Victoria donne raison à l’extrême prudence de la compagnie australienne.

Qantas
Le contexte sanitaire australien, et notamment la mise en quarantaine de Melbourne, compliquent encore les projets de Qantas à l'international

Depuis quelques jours, on s’agite de nouveau en Australie avec la recrudescence de cas de COVID 19. De 7 461 cas de contamination le 21 juin – un chiffre somme toute relativement faible -, le nombre de contaminés franchissait le 2 juillet la barre des 8 000 cas pour atteindre le 7 juillet au soir 8 755 contaminations. En 24 heures, selon les chiffres du Département de la santé, qui surveille l’évolution de la pandémie dans le pays, l’Australie a enregistré 199 nouveaux cas, dont 191 dans le seul Etat du Victoria. Ce dernier est le second état le plus peuplé avec la Nouvelle-Galles du Sud, avec Melbourne comme capitale régionale. Important centre d’affaires et de commerce du pays, Melbourne se retrouve désormais confinée, tout comme le reste de l’Etat du Victoria.

Un vrai revers pour le pays car liaisons aériennes et ferroviaires sont de nouveau suspendues, notamment la ligne Sydney-Melbourne, l’une des plus fréquentées du monde. En 2018, elle se positionnait de fait en seconde position avec un peu plus de neuf millions de passagers annuels, juste derrière Séoul-Jeju et devant Tokyo-Sapporo. La décision sur cette suspension a été prise en concertation entre le premier ministre australien, Scott Morrison et ses homologues régionaux, les premiers ministres des états de Nouvelle-Galles du Sud et du Victoria. La fermeture des frontières internes entre les deux Etats se traduit par une vague d’annulations de vols. Ainsi Qantas a publié une communication officielle indiquant n’offrir qu’une poignée de vols quotidiens pour des voyages essentiels uniquement. Le nouvel horaire offre temporairement deux à trois vols par jour sera en vigueur jusqu’à la fin juillet.

C’est une très mauvaise nouvelle pour Qantas qui, depuis l’épidémie de COVID-19, est forcée de vivre en quasi-autarcie, en ne s’appuyant que sur ses lignes domestiques. Le transporteur national australien prévoyait en juillet d’offrir 40% de sa capacité de vols sur les lignes intérieures contre 15% en juin.

Le redéploiement sur le réseau domestique est une nécessité, alors que le gouvernement australien maintient ses frontières internationales fermées, ayant déjà annoncé qu’il ne prévoyait pas de totale réouverture du pays aux touristes internationaux avant 2021.

Alan Joyce, PDG de Qantas, a indiqué que le transporteur ne devrait pas reprendre ses vols internationaux avant probablement la mi-2021. Cette décision se fonde sur l’hypothèse que la pandémie de coronavirus durera la majeure partie de l’année. Qantas avait prévu d’exploiter cet été 48 lignes internationales dont 11 entre Australie et Nouvelle-Zélande.

Seules pourraient être envisagées des lignes à destination et en provenance de la Nouvelle-Zélande, les gouvernements négociant une « bulle de voyage » (« travel bubble »), corridor qui est désormais repoussé en raison de la nouvelle vague de la pandémie.

« Nous avons quelques vols prévus sur les lignes en mer de Tasmanie pour les mois à venir, avec la « bulle » de voyage attendue entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Si les voyages entre l’Australie et d’autres pays s’ouvrent, nous pourrons ajouter d’autres lignes à notre programme », indiquait la compagnie dans un communiqué.

Les lignes Australie-Nouvelle-Zélande génèrent plus de cinq millions de voyageurs par an. Une fois cette bulle activée, probablement en septembre, Qantas pourrait aussi envisager au quatrième trimestre le retour de liaisons entre Singapour et l’Australie. La plate-forme asiatique est de fait un important hub vers l’Europe et le reste de l’Asie, et est perçue comme une destination sanitaire parmi les plus sûres du monde.

La disparition de l’activité internationale de Qantas repousse également à des jours meilleurs le projet « Sunrise » de la compagnie. Ce projet, sur lequel le transporteur australien travaille depuis trois ans, désigne des lignes sans escale très long-courrier depuis la côte Est de l’Australie vers diverses destinations en Europe et en Amérique du Nord. Ces lignes, assurées avec un Airbus A350-1000 – la version très long courrier de l’avionneur européen – devait normalement commencer en 2023. Une commande de douze appareils A350-1000 avait été provisionnée mais elle est désormais repoussée à des jours meilleurs. Pour l’instant, la compagnie n’exploite que des Boeing 787-800 et Airbus A330, ses A380 étant désormais parqués dans un désert de Californie pour au moins trois ans.

La pandémie a ainsi mis entre parenthèse la future exploitation d’une ligne Londres-Sydney, Qantas exploitant avant la crise la seule ligne sans escale entre l’Australie et l’Europe sur Londres Heathrow-Perth. Elle devrait aussi repousser la mise en service d’une liaison sans escale entre Paris et l’Australie, sa nouvelle escale planifiée depuis plusieurs années déjà en Europe.

Pour autant, Alan Joyce veut rester optimiste sur le futur international de Qantas. Dans une interview accordée aux media australiens, il indiquait que « si un vaccin est trouvé, le retour des voyageurs internationaux s’effectuera très rapidement. J’ai aussi bien l’intention de reprendre « Project Sunrise », dès que nous pourrons normaliser nos activités et refaire voler Qantas à l’international », décrivait le PDG de la compagnie.