Les hubs asiatiques en déshérence en 2021

L'année 2021 a été une catastrophe pour les hubs aériens d'Asie. La fermeture des frontières et la valse-hésitation des gouvernements a effacé de la carte ces plaques-tournantes majeures du transport aérien mondial. Aujourd'hui, les grands hubs d'Extrême Orient ont pour nom Istanbul, Dubaï ou Doha...
Le Terminal 2 de l'aéroport de Hanoi (Photo : LC)

On se console comme on peut. Récemment, la chaîne de télévision Channel News Asia tressait des lauriers à l’aéroport de Singapour Changi. Il faut dire que CNA est une émanation du gouvernement singapourien. Il est donc plutôt de bonne guerre que la chaîne soutienne une institution comme celle de Changi. CNA titrait sur le fait que la politique du « zéro covid » telle que pratiquée par l’éternel concurrent Hong Kong était une opportunité pour Singapour de devenir LE hub majeur international de l’Asie.

Ca n’est pas totalement faux, mais la performance de Singapour en 2021 ne donne pas de quoi pavoiser. Changi a accueilli 3,05 millions de passagers en 2021 comparé à 68,3 millions de passagers en 2019. Son trafic est ainsi inférieur de 95,5% à ce qu’il était avant la crise Covid. C’est pire que la moyenne des aéroports de la zone. L’association des aéroports en Asie Pacifique – ACI Asia Pacific – donnait en effet à fin novembre un trafic passagers en baisse de 61,7% par rapport à 2019. Soit le double de la moyenne mondiale…

Néanmoins, les résultats de Changi semblent presque tenir du miracle comparés aux autres aéroports de la région. A Bangkok Suvarnabhumi, sur l’année 2021, le trafic passagers a atteint 5,66 millions, une baisse de 66,5% sur 2020. Mais si l’on se réfère au seul trafic international, la chute est abyssale. L’aéroport thaïlandais n’a accueilli que 1,31 million de passagers internationaux l’an dernier. Cela représente une diminution de 86,7% par rapport à 2020, un exercice déjà bouleversé par la pandémie.

Kuala Lumpur n’a guère fait mieux : l’aéroport de la capitale malaisienne a accueilli un peu plus de 4 millions de passagers, en baisse de 69,5%. Et si l’on ne regarde que le trafic international, KLIA a accueilli 1,32 million de passagers (-83,9%). Fait unique dans les annales du transport aérien : Kuala Lumpur a ainsi dépassé Bangkok à l’international. Plus surprenant, la performance de KLIA est à peine inférieure au trafic de l’aéroport de Hong Kong. Le hub de Cathay Pacific paye effectivement le prix de la politique « Zéro Covid » du gouvernement chinois. HKIA a enregistré 1,35 million de passagers en 2021. C’est le trafic qu’avait connu la ville en… 1967 ! C’est encore une baisse de 85% par rapport à la piteuse performance de 2020 (8,84 millions de passagers) et très loin des 71,5 millions enregistrés en 2019…

Néant asiatique

Selon les résultats communiqués par quelques aéroports de la région, on s’aperçoit que les aéroports asiatiques ont enregistré les plus mauvaises performances dans le monde. Osaka Kansaï a accueilli 3,05 millions de passagers en 2021 (-53%), Séoul-Incheon 3,19 millions (-73,3%) et Phnom Penh 0,25 millions (-81%). Le pire étant peut être l’aéroport de Siem Reap également au Cambodge. 2 000 passagers en 2021 contre plus de quatre millions avant crise.

En fait, la fermeture des frontières a non seulement dévasté le trafic aérien local mais a aussi affaibli le rôle de plaques-tournantes de tous ces aéroports. En 2021, les passagers qui ont du se rendre en Asie ont du coup favorisé le Moyen-Orient. Doha, Dubaï ou encore Istanbul ont en effet en grande partie conservé leur importante couverture sur l’Asie.

Tandis que quelques aéroports européens ont pu aussi offrir des vols vers quelques grandes destinations. On trouve ainsi Paris CDG, Francfort ou encore Helsinki, la plate-forme européenne spécialisée dans les connections Europe-Asie. 2022 pourrait cependant marquer un retour en grâce de certains hubs asiatiques. Bangkok, Bombay, Hanoi, Ho Chi Minh Ville, Séoul ou Singapour devraient en faire partie avec l’allègement des conditions d’entrée pour les voyageurs étrangers.