Occitanie : bouillon de culture

Nîmes, Sète, Collioure… Ces trois villes d’Occitanie, géographiquement assez proches les unes des autres, ont une façon unique de faire vivre leur patrimoine ; qu’il soit architectural, plastique, poétique, populaire ou musical. Elles ne cloisonnent pas et mêlent les disciplines avec une grâce certaine. Et, sud de la France oblige, n’hésitent pas à y ajouter beaucoup d’un autre art, gastronomique celui-là.

Occitanie Sete canal royal
Venise ? Non, Sète ! Construit sous Louis XIV pour offrir au canal du Midi un débouché sur la Méditerrannée, le Canal Royal se donne des airs de Grand Canal, les gondoles en moins, les bateaux de pêche en plus. ©Photos Alain Parinet

Le 2 juin dernier, Nîmes inaugurait en grande pompe son tout nouveau Musée de la romanité, un bâtiment à l’avant-garde conçu par Elizabeth de Portzamparc. But du jeu : magnifier les collections gallo-romaines – 25 000 pièces au total – témoignant du richissime passé de la ville, tellement riche qu’il lui valut jadis le surnom de « Rome française ». D’ailleurs, comme pour enfoncer le clou, le Musée de la romanité donne directement sur les arènes, l’un des monuments les mieux conservés de tout le monde romain. On peut désormais le contempler, presque le toucher, sous un tout nouvel angle, puisque le restaurant du musée – de même qu’un immense espace privatisable – est installé en roof top.

Les arènes de Nîmes sont sans doute les mieux conservées au monde. Elles s’animent chaque année lors de la feria de la Pentecôte ou de reconstitutions historiques.
Les arènes de Nîmes sont sans doute les mieux conservées au monde. Elles s’animent chaque année lors de la feria de la Pentecôte ou de reconstitutions historiques. ©Photos Alain Parinet

On le verra plus tard, cette façon unique de mêler antiquité et ultra modernité n’appartient pratiquement qu’à Nîmes dans le paysage français. Et c’est comme cela depuis les années 1980 qui virent la cité du Gard sortir de sa léthargie par la volonté de son maire, le charismatique Jean Bousquet. C’est tout bonnement incroyable, quasi unique, un tel foisonnement de grands noms de l’architecture et du design dans une ville d’un peu plus de 150 000 habitants : Foster, Nouvel, Wilmotte, Kurokawa, Takis, Starck… Ils sont tous là, ou presque.

Nîmes, mine de rien

Dès lors, par quoi commencer la découverte de la ville ? Par la visite du musée ou celle des monuments ? Au fond, c’est à chacun de choisir, la ville historique est toute petite, les vestiges – et quels vestiges – sont à deux pas les uns des autres, et l’on peut même les découvrir en segway. C’est donc tout naturellement par les arènes, symbole de la ville qu’on commencera. Date de naissance : fin du 1er siècle après Jésus Christ. Forme : ellipse de 133 mètres sur 101. Hauteur : 21 mètres sur deux niveaux. Gradins : 34 rangées. Capacité : 24 000 spectateurs. Destination originelle : exclusivement des combats de gladiateurs et d’animaux dont on ne manquait rien des détails, quelle que soit la place occupée.

Car le lieu est à la fois gigantesque et à taille humaine. On voit son voisin sur les gradins d’en face, on peut même l’apostropher. Et on ne se gêne pas, que ce soit lors d’un concert de rock ou d’un spectacle d’opéra, d’une corrida ou d’une course camarguaise organisée lors de la feria de Pentecôte ou encore d’une reconstitution historique. Car, chaque fin du mois d’avril, grands jeux romains il y a, avec défilés de plus de 500 figurants dans les rues et thèmes imposés. Après Cléopâtre ou les Barbares, cette année c’était Spartacus…

Faire du neuf avec du vieux, Nîmes s’y connaît. Et très bien, même. L’ancienne Nemausus ne lésine pas sur les gestes architecturaux forts pour magnifier son passé antique tels le Carré d’Art signé Norman Foster ou le nouveau musée de la romanité, conçu par Elisabeth de Portzamparc et ouvert au mois de juin.

C’est très amusant, car, outre des défilés et des combats dans l’arène, se déguise qui veut. Les commerçants, hôteliers et serveurs de restaurant de la vieille cité ne sont d’ailleurs pas en reste. Cela donne des scènes très exotiques, comme la patronne d’une épicerie de luxe couverte de fourrures wisigothes ou des Romains et esclaves passablement éméchés se soutenant bras-dessus bras-dessous dans les rues blanches du petit matin.

Les milliers de lames de verre qui recouvrent, telle une toge plissée, la façade du musée de la romanité rappellent la mosaïque de Penthée, retrouvée en 2006 et sans doute l’une des plus belles pièces de la collection parmi les 5 000 présentées au public. ©Photos Alain Parinet
Les milliers de lames de verre qui recouvrent, telle une toge plissée, la façade du musée de la romanité rappellent la mosaïque de Penthée, retrouvée en 2006 et sans doute l’une des plus belles pièces de la collection parmi les 5 000 présentées au public. ©Photos Alain Parinet

Deuxième monument romain remarquable et particulièrement mis en avant par la ville de Nîmes pour sa candidature à l’UNESCO : la Maison Carrée, à dix minutes à pied des arènes. Quasi intacte, sublime dans ses proportions, il s’agit en fait d’un temple élevé entre l’an II et l’an V ap. J.-C. et dédié aux petits fils adoptifs d’Auguste. À l’intérieur, on projette le film Nemausus, racontant la naissance de Nîmes. En réponse à l’élégance du bâtiment, à la pureté de ses lignes, l’architecte anglais Norman Foster a construit en 1993 un cube de verre, le Carré d’Art, très osé par sa modernité. Très controversé aussi, à l’époque en tout cas. Un peu à l’image de Beaubourg à Paris…

La Maison carrée trône au cœur de l’ancienne ville romaine. L’architecture majestueuse de ce temple antique quasi intact dialogue en voisin avec le Carré d’art, cube de verre conçu par Norman Foster pour abriter le musée d’art contemporain et ses collections consacrées à l’identité méditerranéenne et l’art en France de 1960 à 1990. ©Photos Alain Parinet
La Maison carrée trône au cœur de l’ancienne ville romaine. L’architecture majestueuse de ce temple antique quasi intact dialogue en voisin avec le Carré d’art, cube de verre conçu par Norman Foster pour abriter le musée d’art contemporain et ses collections consacrées à l’identité méditerranéenne et l’art en France de 1960 à 1990. ©Photos Alain Parinet

Il abrite le musée d’art contemporain qui privilégie, outre les tendances anglo-saxonnes et germaniques, l’identité méditerranéenne. Des Claude Viallat donc, des Arman et César aussi. Un peu plus loin, dominant le jardin de la Fontaine, premier jardin public en France (1745-1755), s’impose la tour Magne, l’un des vestiges de la muraille qui enserrait la ville dans l’Antiquité. La montée est certes un peu physique, mais on est largement récompensé par la vue à 360° une fois arrivé. On domine toute la ville, bien sûr, mais par delà, on aperçoit les Cévennes, le mont Ventoux et les Alpilles.

À 2 h 55 de Paris, Nîmes est une ville d’architecture. Architecture antique naturellement ; architecture contemporaine, on l’a vu ; mais aussi architecture renaissance ou classique, du temps où le commerce de la soie faisait sa fortune. Ce qui ne veut pas dire que Nîmes est une ville morte, un musée à ciel ouvert comme on dit. C’est même une cité très vivante, où le quotidien, loin des supermarchés et des boutiques de chaîne, se fait un peu à l’ancienne, avec des épiceries, des merceries et des boutiques de mode comme on n’en trouve plus. Des halles aussi, et quelles halles ! Des fruits et des légumes bien sûr, mais surtout des commerces de spécialités à se damner.

Épiceries historiques comme la maison Janicot à Sète (en photo), halles débordant de spécialités locales : l’Occitanie est aussi une escapade gourmande. ©Photos Alain Parinet
Épiceries historiques comme la maison Janicot à Sète (en photo), halles débordant de spécialités locales : l’Occitanie est aussi une escapade gourmande. ©Photos Alain Parinet

On salue le commerçant qu’on connaît depuis Mathusalem, on dit bonjour à la voisine, ceci-cela. On goûte et on goûte encore, les touristes d’affaires comme les autres, et même un peu plus encore, car on les soigne particulièrement. Par exemple, au détour d’un comptoir, et juste après les olives picholines de Lolita Perez, il y a les petits pâtés de Thierry Bosc, spécialité nîmoise faite de cylindres farcis à la viande de porc ou de veau et couverts d’un chapeau joliment dentelé. Un bonheur.
On s’arrêtera aussi autour de la vraie spécialité de Nîmes, la plus célèbre en tout cas : la brandade de morue. On la trouve partout, sous la halle comme sur les tables des restaurants, mais incontestablement, l’une des meilleures est celle produite depuis quatre générations par La Nîmoise. Toujours dans sa boutique, la patronne, Mylène Mouton, en est la meilleure des ambassadrices grâce à de généreuses dégustations. On pourra quand même s’interroger sur le pourquoi du comment de cette spécialité méditerranéenne composée à base de poissons pêchés très loin dans l’Atlantique Nord ? Explication : la présence de généreuses salines dans les environs de Nîmes. Du coup, les pêcheurs venus du froid s’approvisionnaient en sel dans le golfe du Lion, utilisant leur morue séchée comme monnaie d’échange.

Depuis 1851, La Nîmoise perpétue de génération en génération la tradition de la brandade de morue, élaborée selon une recette artisanale et familiale. ©Photos Alain Parinet
Depuis 1851, La Nîmoise perpétue de génération en génération la tradition de la brandade de morue, élaborée selon une recette artisanale et familiale. ©Photos Alain Parinet

Sète, entre grand art et art de vivre

Singulière, Sète l’est assurément par son lien étroit avec le monde de la création. Liés par la naissance – Brassens, Di Rosa, Valéry, Vilar – ou Sétois d’adoption comme Agnès Varda ou Robert Combas, les artistes ont des affinités électives avec cette cité d’âme et d’histoire.

Ce goût prononcé pour les plaisirs du bien manger et aussi du bien boire, on le retrouvera partout en Occitanie. C’est là, omniprésent. Moins dans la façon de préparer un plat comme en Provence que dans les spécialités largement mises en avant. Ainsi, à Sète, un peu plus bas sur la côte, on n’échappera pas à la tielle, une sorte de tourte au poulpe et à la sauce tomate relevée par des épices ; non plus qu’aux moules et encornets farcis et pas plus qu’à la macaronade aux brageoles ou aux sardines à l’escabèche… Entre autres, car la cuisine sétoise, au départ languedocienne et méditerranéenne, s’est enrichie au fil du temps et des vagues migratoires d’apports italiens et nord-africains…
Comme ailleurs, et même un peu plus qu’ailleurs, les halles se prêtent parfaitement au jeu découverte-dégustation, un peu comme cela se pratique chez les voisins espagnols. Pour cela, on a installé des tables que l’on peut investir librement et s’attaquer, façon tapas, à toutes les spécialités, un bistrot-comptoir à l’intérieur des halles se chargeant des boissons. Joe Le Cooker organise même des cooking cessions. Gros succès, notamment auprès des groupes d’affaires – jusqu’à 21 personnes – qui en profitent pour se faire présenter la ville et ses traditions avant de la découvrir physiquement. Idem avec des escapades viticoles d’une demi-journée organisée au départ des halles, et pareil encore avec la visite d’Azaïs-Polito, la dernière conserverie artisanale de la ville.
Chose rare dans la vieille France, Sète est une ville « moderne », installée sur une île coincée entre l’étang de Thau et la Méditerranée. Elle est née à l’arrivée du canal du Midi sur la volonté de Louis XIV et se prélasse le long de canaux qui se donnent volontiers des airs de Sérénissime. Des bateaux de plaisance à l’amarre en plein centre-ville, une forêt de mâts, des chalutiers tout dodus – dont un, le Louis Nocca, qui se visite et peut même être privatisé pour un cocktail non conformiste de 80 personnes –, des filets à ravauder sur les quais et une succession de bistrots et restaurants aux noms évocateurs : la Marine, le Bistrot du port ou la Mauvaise réputation, en référence au poète, on s’en doute.

Authentique chalutier, le Louis Nocca sensibilise au monde de la pêche lors de visites ou d’événements corporate. ©Photos Alain Parinet
Authentique chalutier, le Louis Nocca sensibilise au monde de la pêche lors de visites ou d’événements corporate. ©Photos Alain Parinet

Car la ville de Sète rend bien à Brassens l’amour qu’en son temps, il lui a porté. Elle lui a même construit un musée, un espace totalement dédié et installé tout près du cimetière Le Py où l’artiste repose auprès de son arbre. Brassens en son musée, Brassens dans des murs très contemporains. Partout. Sur le banc public installé sur une placette au centre du bâtiment, sur les photos, dans les vidéos de ses spectacles et de ses interviews, sur des affiches… Le tout est remarquablement scénographié grâce à un grand nombre de techniques et de matériaux et, surtout, ne se prend jamais au sérieux. Évidemment, on sort de là avec une chanson en tête telle une rengaine… On en a tous une !

"Ici venu, l’avenir est paresse", écrivait Paul Valéry dans son Cimetière marin. Le poète est enterré ici, comme Jean Vilar, mais non Georges Brassens, qui repose dans celui du Py. ©Photos Alain Parinet
« Ici venu, l’avenir est paresse », écrivait Paul Valéry dans son Cimetière marin. Le poète est enterré ici, comme Jean Vilar, mais non Georges Brassens, qui repose dans celui du Py. ©Photos Alain Parinet

Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord

L’âme de Georges Brassens flotte partout dans Sète, et pas seulement sur la plage. La pointe Courte, par exemple. Un monde à part près de la gare SNCF, une presqu’île jetée sur l’étang de Thau et investie par de minuscules maisons toutes simples et des cabanons brinquebalants sur leurs pilotis où s’accrochent les filets. Un peu partout, des chaises et des tables sont sorties sur le trottoir, n’attendant que l’heure de l’apéritif pour s’enivrer du simple bonheur d’être là. L’ami Georges et ses copains d’abord y vidèrent quelques chopines…

Autre enfant du pays, autre homme d’esprit, autre poète natif de « l’île singulière » : Paul Valéry qui, lui aussi, à droit à son musée, un superbe et très lumineux bâtiment également situé près d’un cimetière. Mais quel cimetière ! Sans doute le plus beau cimetière marin de France. Gorgé de soleil comme il l’est, c’est même très gai. On y organise des tours, un cimetière étant au finish le meilleur conteur de l’histoire d’une ville. On le domine totalement, lui et la mer, depuis la terrasse du musée Paul Valéry où sont conservées 300 œuvres de l’artiste, dont 80 manuscrits, mais aussi 4 000 pièces du XIXe siècle à nos jours, dont des toiles de Robert Combas et d’Hervé Di Rosa, chefs de file de la Figuration Libre, mouvement pictural coqueluche des années 80.

À Sète, le musée Paul Valéry, en plus de consacrer une salle à l’œuvre de l’écrivain, offre une place importante aux artistes de la région des XIXe et XXe siècles, notamment Robert Combas. ©Photos Alain Parinet
À Sète, le musée Paul Valéry, en plus de consacrer une salle à l’œuvre de l’écrivain, offre une place importante aux artistes de la région des XIXe et XXe siècles, notamment Robert Combas. ©Photos Alain Parinet

Sans être des amis choisis par Montaigne et La Boétie, époques différentes obligent, Brassens et Valéry avaient une tendresse particulière pour leur ville natale. Sète leur rend bien cet amour commun avec deux beaux musées mettant en valeur leur art poétique.

Sans trop s’avancer, on peut dire que c’est l’esprit lié à la Figuration Libre qui a lancé Sète sur la voie de l’art démocratisé, de la peinture pour tout le monde, de celle qui sort avec ou sans autorisation hors des murs des institutions. À Sète, c’est dans le quartier des Hauts, qui, avec ses maisons sans chichi, était autrefois le quartier des marins et aujourd’hui celui des artistes et de leurs ateliers directement sur rue, que l’on trouvera le MaCO, un concept très original de musée à ciel ouvert créé en 2008 par le festival K-LIVE de street art. Concept : conserver chaque année l’œuvre d’un artiste invité. Autour d’un centre névralgique où trône la statue La Mamma du Sétois Richard Di Rosa, s’affichent sur les murs les œuvres d’acteurs majeurs du street art, M. Chat, Epsylon Point ou C215 entre autres.
Là encore, l’office du tourisme, décidément très actif, organise des visites guidées sur la thématique des murs peints. Les commerçants, restaurateurs et hôteliers se prêtent d’ailleurs volontiers au jeu de l’art partout montré et n’hésitent pas à promouvoir des artistes d’avant-garde ; soit en exposant quelques pièces achetées comme à l’hôtel l’Orque Bleue, soit en organisant des expositions comme au Grand Hôtel de Sète. Presque comme le faisaient autrefois les bistrotiers de Montmartre lorsqu’ils acceptaient des toiles d’artistes contre quelques verres de vin ou d’absinthe.

Collioure : Montmartre à l’accent catalan

Et ça, cet esprit de la Butte du début du XXe siècle, c’est un peu plus bas sur la carte qu’on le trouvera, en Pays Catalan, à Collioure et au restaurant-bar-hôtel les Templiers, où pas un cm2 de mur, pas un couloir, pas un escalier n’est disponible. Des toiles partout, des signatures et pas des moindres, des portraits et des natures mortes surtout. Il y en a 3 000 au total à s’exposer librement. Si librement d’ailleurs qu’une nuit, sept Picasso, deux Maillol et deux Survage disparurent à tout jamais…

Une lumière forte et des ombres claires, un paysage minéral, le bleu infini de la Méditerranée : « c’est un beau pays, Collioure… ». Signac, venu y peindre en 1887, conseilla à Matisse d’aller y trouver l’inspiration en 1905. Le lien entre le petit port et les plus grands artistes du XXe siècle était tissé.

Les plafonds sont bas, des banquettes de moleskine cramoisie courent le long des murs, les tables sont de gros bois brun, le bar est une reproduction de barque avec figure de proue et les propriétaires ne sont autres que les descendants de René Pous qui fonda l’établissement en 1925. Grand amateur d’art, ami inconditionnel des artistes dont il supportait le caractère turbulent, Monsieur Pous reçu à peu près tout ce qui tenait pinceau, Derain, Dufy, Maillol, Dali et bien sûr Picasso qui séjourna plusieurs étés aux Templiers.

Les Templiers, c’est un peu comme la Colombe d’Or à Saint-Paul de Vence : le rendez-vous des artistes de passage à Collioure, Dali, Dufy et bien sûr Picasso. ©Photos Alain Parinet
Les Templiers, c’est un peu comme la Colombe d’Or à Saint-Paul de Vence : le rendez-vous des artistes de passage à Collioure, Dali, Dufy et bien sûr Picasso. ©Photos Alain Parinet

Mais pourquoi ici ? Pourquoi Collioure, petit port de pêche perdu sur la Côte Vermeille, quasiment à la frontière espagnole ? Parce qu’au printemps 1905, Matisse, subjugué par la lumière exceptionnelle de l’endroit, y posa son chevalet avant d’y faire venir son ami Derain… Et c’est ensemble, peignant côte à côte, éclatant leurs toiles de couleurs violentes, presque criardes, qu’ils donnèrent naissance au fauvisme, un mouvement qui rassemblera pendant quelques années une ribambelle de peintres destinés à la postérité. Aujourd’hui, la municipalité propose un parcours Fauve jalonné de reproductions de tableaux à l’endroit même où ils ont été peints. Ce qui permet, au passage, de découvrir le village et ses ruelles croulant sous les glycines, son port ravissant et deux sites remarquables : l’église Notre-Dame-des-Anges et le château des rois de Majorque, datant au XIVe siècle.

Niché dans une crique minuscule, le cœur historique de Collioure s’étend du château royal érigé par les rois de Majorque au XIVe siècle jusqu’au fameux clocher, un ancien phare aux formes qui prêtent à sourire devenu tour de garde, avant de coiffer l’église Notre-Dame-des-Anges conçue sous Vauban. ©Photos Alain Parinet
Niché dans une crique minuscule, le cœur historique de Collioure s’étend du château royal érigé par les rois de Majorque au XIVe siècle jusqu’au fameux clocher, un ancien phare aux formes qui prêtent à sourire devenu tour de garde, avant de coiffer l’église Notre-Dame-des-Anges conçue sous Vauban. ©Photos Alain Parinet

Les deux bâtiments tranchent par leur austérité de schiste avec le reste du village et ses maisons pimpantes, sauf peut-être l’intérieur de l’église qui brille de tous les ors du baroque espagnol. En fin d’après-midi, et après un tour à la Maison Roque où l’on assistera au délicat travail des anchoïeuses – les anchois, salés ou à l’huile, étant la spécialité du village –, on se récompensera par une dégustation de vins de Collioure et de Banyuls élevés sous les sublimes voûtes d’une ancienne église du XIIIe siècle, le Cellier Dominicain. Et puis, retour aux Templiers pour un apéritif de rigueur. Avec un peu de chance, une soirée s’improvisera. Et on chantera. Et on dansera. Comme avant, lorsque les nuits étaient fauves.

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