Interview : Barbara Jamison, Directrice du développement Europe, London & Partners

Barbara Jamison, Directrice du développement des affaires pour l’Europe chez London & Partners, explique comment la capitale britannique maintient le cap sur le marché du meeting & events malgré les incertitudes liées au Brexit. Propos recueillis par Florian Guillemin
London & Partners
Barbara Jamison, Head of Business Development, London & Partners

Quelle est la stratégie de Londres pour développer le secteur du MICE malgré le contexte du Brexit ?

Barbara Jamison – Nous attendons que soit clarifiée la question des visas, il faut que le gouvernement précise ce point aussi rapidement que possible. C’est très important, quel que soit le secteur d’activité : la Fintech, les technologies liées au médical, les métiers de la création… Nous mettons l’accent sur les universités, la recherche. Nous cherchons à accompagner les organisateurs d’événements dans les services médicaux. Nous ne voulons pas perdre cela à cause du Brexit. Nous pensons que la dynamique va maintenant davantage être impulsée par les villes. Au lieu de la mauvaise presse qui annonce une fuite des emplois depuis Londres vers Paris, nous nous concentrons sur la collaboration entre les villes. Le maire de Londres s’était d’ailleurs rendu à Paris il y a quelques temps de cela pour conclure un accord avec son homologue Anne Hidalgo, avec laquelle il entretient de très bonnes relations. Nous cherchons à développer de nouveaux formats de coopération entre les villes, développer les échanges pour créer des emplois, tout particulièrement depuis le Brexit. La ville de Paris est très active pour attirer de nouveaux événements, mais nous préférons voir la capitale française comme un allié plutôt qu’un concurrent.

Comment expliquez-vous l’augmentation des requêtes MICE enregistrée à Londres dans la foulée du Brexit ?

B. J. – Avec l’évolution du taux de change entre la livre et l’euro, beaucoup d’organisateurs se sont tournés vers Londres, car la destination devenait plus abordable. Mais ce n’est pas la seule raison. La ville s’est dotée de nouvelles infrastructures dédiées au secteur du meeting & events : la nouvelle section du musée Tate Modern, le nouveau Musée du design, le Printworks et ses anciens entrepôts modulables, ou encore le nouveau marché street food Giant Robot à Canary Wharf…

Le parc hôtelier connaît-il la même dynamique ?

B. J. – Effectivement : de nouveaux projets hôteliers se lancent, comme le Four Seasons Trinity Square, le Sheraton Grand London Park Lane, le Manhattan Loft, le Lalit… La plupart d’entre eux proposent en outre de nouveaux restaurants avec des chefs réputés. Beaucoup de ces nouveaux établissements ont préféré ne pas être classés, afin de pouvoir répondre aux attentes des entreprises en termes de « compliance« . Pour autant, nous ne cherchons plus à promouvoir Londres en termes de nombre de chambres, mais plutôt à proposer des infrastructures véritablement adaptées à chaque typologie d’événement. Chaque événement que nous arrivons à attirer à Londres a des répercussions positives pour l’emploi.

intégrer l’économie du savoir, de la connaissance, et celle de l’événementiel

Comment évolue l’événementiel londonien ?

B. J. – Nous avons réussi à pérenniser des événements très intéressants, tout particulièrement la London Technology Week qui existe depuis quatre ans maintenant. La thématique évolue chaque année, et attire des participants issus de différents secteurs, qui assistent à des événements très variés dans différents types de lieux. Cela crée une dynamique très positive, sous un angle qui s’approche d’un festival mêlant musique, arts et meetings, et animé par beaucoup d’activités satellites. Nous cherchons à intégrer l’économie du savoir, de la connaissance et celle de l’événementiel. C’est ce qu’attendent les professionnels aujourd’hui. D’ailleurs, ils étaient près de 50 000 participants lors de la dernière édition. Nous essayons également d’étendre la couverture géographique de ce type d’événements, de pousser les participants à sortir de l’hyper-centre. Notre objectif, c’est que l’industrie du Meetings & Events profite à tout Londres, à tous les Londoniens.

Que représente le marché français ?

B. J.  C’est le plus important en Europe en termes de nombre de visiteurs, qu’ils soient touristes ou professionnels. Il avait même doublé le marché américain en 2014. Nous apprécions travailler avec les agences françaises car elles sont particulièrement créatives. Nous aimerions accueillir encore davantage d’événements français. Leur collaboration avec les équipes locales peut donner naissance à de beaux projets.

Paris devrait accueillir les Jeux Olympiques 2024. En quoi les olympiades de 2012 ont elles modifié le paysage du MICE à Londres ?

B. J. – Avec les Jeux Olympiques de 2012, Londres s’est dotée de nouveaux équipements qui nous aident aujourd’hui dans le secteur du tourisme d’affaires. Pour attirer des événements de premier plan, il faut les infrastructures ad hoc. Les Jeux ont largement contribué à cela. Ils ont aussi fait évoluer les mentalités, en apportant une certaine ouverture d’esprit qui rend plus facile l’organisation d’activités « expérimentales ». Les autorisations sont plus simples à obtenir, les infrastructures s’adaptent davantage.

Êtes vous optimiste pour les mois à venir ?

B. J. – Oui, nous sommes optimistes car nous avons remporté des appels d’offres pour de grands congrès, des événements organisés sur le long terme. Certains acteurs ont été un peu refroidis par les incertitudes qui flottent autour du cas britannique, mais dans l’ensemble ces congrès nous sont restés fidèles. Il va nous falloir continuer à nous battre pour fidéliser nos partenaires, et faire passer le message : Londres reste une destination ouverte et accueillante.