Interview d’Amélie Déchénais (Bordeaux Convention Bureau)

Directrice du Bordeaux Convention Bureau, Amélie Déchénais revient sur l'activité de ces derniers mois et présente les atouts de la destination Bordeaux, de plus en plus engagée en matière d'éco-responsabilité.

Comment la destination Bordeaux se positionne-t-elle aujourd’hui pour l’accueil de congrès et d’événements d’entreprise ?

Amélie Dechenais – Depuis quatre à cinq ans, Bordeaux coche de plus en plus de cases pour l’accueil de grands événements professionnels, que ce soit des congrès et des salons, des séminaires ou des conventions d’entreprise. L’évolution de l’offre aérienne, avec une centaine de destinations reliées à Bordeaux dont les principaux hubs européens, nous a notamment permis de nous développer sur la partie corporate où il est nécessaire d’avoir des dessertes directes avec le siège des entreprises. L’arrivée de la LGV, mettant la ville à deux heures de Paris, et la densification de l’offre ferroviaire a aussi été un accélérateur indéniable pour l’accueil des conventions corporate nationales. Sur la partie hôtelière, la métropole a vu l’ouverture d’un peu plus de 500 chambres en 2021 et 400 autres ouvriront en 2022. De jolies marques sont arrivées avec des groupes qui n’étaient pas représentés sur la destination auparavant comme Hilton, Radisson ou Marriott. Enfin, on a eu aussi pas mal de nouveautés en ce qui concerne l’événementiel comme les Bassins des Lumières. Ce lieu hybride, culturel, se prête aussi à l’organisation de dîners et cocktails jusqu’à 600 personnes. Jusque là, seuls le palais de la bourse et le Hangar 14 pouvaient accueillir des événements d’une telle capacité à Bordeaux.

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(c) palais de la bourse, à Bordeaux.

Avec l’ouverture en mai 2019 du Palais 2 l’Atlantique au parc des expositions, vous avez aussi étendu le champ des possibles ?

A. D. – En effet, avant son inauguration, il nous était compliqué d’accueillir des congrès de plus de 1500 à 2000 personnes. Avec la transformation de l’ancien hall 2 du parc des expositions en une halle multifonctionnelle de plus de 7 000 m2, nous sommes dimensionnés pour des congrès de 4 000 à 6 000 personnes. Sur une jauge de 3 000 à 4 000 personnes, le Palais 2 l’Atlantique fonctionne de façon autonome avec, dans un même lieu, les séances plénières, les ateliers en salles de sous-commission et la restauration. Mais si l’événement dépasse les 4 000 participants, on peut très bien organiser les plénières et les sous-commissions dans la halle, tandis que les espaces d’exposition et de restauration basculent sur le hall 1, directement relié au Palais et qui s’étend sur 40 000 m2.

Avec la crise sanitaire, avez-vous pu quand même profiter de ce nouveau lieu ?

A. D. – Le Palais ayant été inauguré en 2019, la plupart des événements qui y étaient prévus devaient en effet avoir lieu en 2020, une année potentiellement record. Nous avons eu la chance de voir certains dossiers prévus en 2020 être reportés sur le dernier trimestre 2021, notamment trois des plus gros congrès nationaux. En septembre, Bordeaux a ainsi accueilli le congrès HLM, soit 10 000 participants, puis en octobre le congrès de l’ordre des experts-comptables et ses 4 000 participants en octobre, et fin novembre, le congrès de l’Association française des vétérinaires d’animaux de compagnie, avec près de 4 000 personnes également. Ces congrès étant franco-français, ils ont pu se tenir sans problème, mais nous avons aussi reçu quelques congrès de taille européenne, notamment début septembre. En revanche, les manifestations de taille internationale n’ont pas pu se tenir. La RoboCup, le championnat mondial de robotique, devait par exemple réunir à Bordeaux près de 5 000 participants professionnels en 2020, sans compter le grand public attendu pour assister aux épreuves. Cet événement a été reprogrammé en 2023.

Plus largement, comment l’activité touristique de Bordeaux a-t-elle évolué ces derniers mois ?

A. D. – On a vu une montée en puissance en juin grâce à la clientèle loisirs et quelques événements professionnels. A partir de juillet, c’est monté crescendo avec une très bonne fréquentation des touristes cet été et une grosse accélération de l’activité de septembre à novembre. Durant cette période, le maintien d’une clientèle loisirs s’est cumulé à la tenue de gros congrès et une reprise des séminaires et réunions d’entreprise dans les hôtels. Avant les annonces du gouvernement en décembre, nous avions un portefeuille très complet d’événements de fin d’année, de voeux en janvier. Tous ont été annulés, de même que des privatisations d’hôtels. Pour certains prestataires de l’événementiel, l’hécatombe est comparable à celle de mars 2020.

Pour autant, on peut espérer voir un jour la fin de cette pandémie et tournons nous vers l’avenir. Quels sont les projets en cours du Bordeaux Convention Bureau ?

A. D. – Il y a deux points sur lesquels nous travaillons de concert avec nos partenaires, les institutions et Bordeaux Métropole. Le premier concerne la structuration d’un accueil de grande qualité des manifestations stratégiques pour les filières d’excellence et les pôles de compétitivité de la région. Quand vous faites acte de candidature pour l’événement d’une filière spécifique, dans la plupart des cas, il faut un porteur de projet local, que ce soit un scientifique, un médecin, un chercheur, un ingénieur. Aussi nous voulons donner à celui qui porte le contenu de l’événement des atouts pour faire pencher la balance vers la destination. Ca passe par des avantages tels que l’accessibilité gratuite aux transports pour les participants, un pavoisement dans la ville pour souhaiter la bienvenue à l’événement.

Vous parliez de deux points clés. Quel est pour vous l’autre sujet d’actualité ?

A. D. – L’autre de nos objectifs est d’être une destination exemplaire en matière de développement durable sur toute la filière touristique. Nous voulons favoriser des rencontres professionnelles responsables, qui laissent un héritage positif sur le territoire. C’est la raison du lancement en mai 2021 de l’Agora Bordeaux Tourisme qui réunit à fréquence régulière toutes les parties prenantes – les acteurs du tourisme et les institutionnels comme les associations locales et les habitants – autour de trois ateliers consacrés au tourisme de loisirs, au tourisme de proximité et au tourisme d’affaires et aux rencontres professionnelles. Des ateliers qui visent à trouver des solutions et des actions concrètes à mettre en place.

Nous voulons favoriser des rencontres professionnelles responsables, qui laissent un héritage positif sur le territoire

Dans ce cadre, quelles sont vos pistes de réflexion ?

A. D. – Au niveau de l’office de tourisme de Bordeaux, dont le Convention Bureau fait partie, nous sommes en train de travailler avec la métropole sur la feuille de route tourisme qui sera présentée en début d’année. Parmi les idées, la formation et la montée en compétence des nos partenaires sur la certification et les labels, mais aussi l’accompagnement des organisateurs pour les aider à monter des événements éco-reponsables. Dans ce cadre, nous allons renforcer notre guide pratique à travers des guide lines plus précises. En parallèle, nous travaillons sur des partenariats avec des associations caritatives pour que les organisateurs puissent rentrer facilement en contact avec elles et les intégrer à leurs événements, par exemple à travers un dîner de gala pour récolter des dons ou une mise en avant de l’association pendant la convention. C’est à travers ces associations locales que les événements pourront laisser un héritage positif de leur passage sur le territoire.

Quelles actions concrètes ont-elles déjà pu être proposées aux organisateurs ?

A. D. – Par exemple, l’association Alternative urbaine, qui propose à des personnes en réinsertion de reprendre contact avec l’univers du travail en faisant découvrir de leurs quartiers, a été associée au congrès HLM, dédié à l’habitat social, à travers une commande de balades commentées. Je pense aussi à une association comme la Cravate solidaire qui aide les personnes en recherche d’emploi et leur fournit des vêtements, leur apporte du coaching pour se préparer au mieux à un entretien d’embauche. On pourra proposer à des clients, par exemple dans le secteur de la bancassurance, de mettre en place une initiative avec elle dans le cadre de leur événement.

Cet idée d’héritage est relativement nouvelle. Pensez-vous qu’elle s’imposera à l’avenir ?

A. D. – On en est encore au balbutiement de cette idée d’héritage positif des événements. En revanche, le critère écoreponsabilité est devenu dans tous les cahiers de charge un critère aussi important que l’accessibilité, le transport ou les infrastructures d’accueil. La crise actuelle a encore accéléré cela, car les entreprises ont pris le temps de faire des chartes RSE, sans oublier d’y ajouter toujours un paragraphe sur les événements. Ce qui renforce l’importance de notre démarche.

De quelles manières la destination Bordeaux est-elle déjà engagée en matière de tourisme durable ?

A. D. – Nos lieux de congrès sont certifiés ISO 14 001 et l’office de tourisme de Bordeaux est certifié ISO 20 121, pas mal d’hôteliers ont déjà ou viennent d’obtenir un label écoresponsable, les Traiteurs de France avec qui nous travaillons se doivent d’être certifiés ISO 20121. Tous ces prestataires labellisés sont répertoriés sur notre site, et ceux qui ne le sont pas encore, nous les appelons pour les encourager et les aider à s’inscrire dans cette voie. Récompense de cet engagement, Bordeaux est monté à la neuvième place du Global Destination Sustainability Index, qui classe les destinations selon 70 critères durables. Seules deux destinations françaises, Lyon et nous, figurent dans le top 10 de ce classement dominé par des villes du Nord (NDLR : Göteborg, devant Copenhague et Aarhus). Nous sommes passés devant plusieurs destinations déjà pas mal structurées, mais qui n’ont pas poursuivi leurs efforts pendant la crise. A notre différence.