Interview : Agathe Fabron, vice-présidente Voyages d’Affaires et MICE de Accor

Demande hésitante, protocoles sanitaires, événements hybrides : Agathe Fabron, vice-présidente Voyages d’Affaires et MICE de Accor, décrit la reprise timide de l'activité MICE dans les hôtels du groupe français.

Agathe Fabron, vice-présidente Voyages d’Affaires et mice au sein de la division Ventes globales d’Accor-Hotels
Agathe Fabron, vice-présidente Voyages d’Affaires et MICE au sein de la division Ventes globales d’Accor

Cette période de rentrée, qui marque traditionnellement le retour de la clientèle affaires, répond-elle à vos attentes dans le contexte actuel ?

Agathe Fabron – Si les destinations secondaires ont bien fonctionné cet été, Paris et les grandes métropoles ont globalement souffert. Avec la fin des vacances, la clientèle business devait en théorie remplacer la clientèle loisirs à partir de septembre. Mais, il faut être honnête, la reprise est timide. Les mises en quarantaine décidées par certains pays comme le Royaume-Uni sont dissuasives aussi bien pour les déplacements d’affaires individuels que pour les voyages dans le cadre d’événements professionnels. De ce fait, la demande business reste toujours concentrée au plan domestique, alors que nous espérions voir les flux intra-régionaux redémarrer.

A quel horizon voyez-vous une réelle reprise du segment MICE ?

A. F. – La visibilité est assez limitée, que ce soit au regard de la clientèle individuelle ou du segment MICE. Mais il est clair que nous ne retrouverons pas les niveaux que nous avons connus en 2019 avant 2022, dans le meilleur des cas. On a évidemment tous envie que les choses reprennent vite. Certains secteurs s’en sortent relativement bien. L’économie rebondit petit à petit, peut-être même un peu plus vite que ce que l’on imaginait. On peut imaginer qu’à un moment donné, si les autres industries sont dynamiques, cela bénéficiera par ricochets aux secteurs du tourisme et de l’événementiel, les plus touchés par la crise. Je reste assez confiante sur la manière dont les choses vont évoluer en 2021. Le volume de demandes qui arrivent pour les mois à venir est intéressant.

Si les autres industries sont dynamiques, cela bénéficiera par ricochet aux secteurs du tourisme et de l’événementiel, les plus touchés par la crise.

De quelle manière cette demande se manifeste-t-elle ?

A. F. – Le délai de confirmation des réservations, le lead time, est aujourd’hui extrêmement court, car les clients ne s’engagent que lorsqu’ils sont tout à fait certains de pouvoir voyager ou réunir leurs participants. Certains de nos hôtels gros porteurs ont par exemple des demandes pour des événements assez conséquents sur 2021, mais qui ne sont pas encore confirmées. Les organisateurs se renseignent pour voir s’il y a de la place, combien coûterait leur événement, mais sans réservation ferme pour ce type de manifestations. En revanche, les demandes arrivent au fil de l’eau pour des petits événements de 60 à 70 personnes, que ce soit à Paris, en province et dans les autres pays européens.

Le programme de labellisation sanitaire All Safe lancé par Accor se décline-t-il aussi à l’accueil des réunions et événements ?

A. F. – Le groupe a décliné son protocole sanitaire All Safe sur la partie MICE avec une offre qui s’appelle All Meet Well, pour le moment en vigueur aux Etats-Unis et en Europe. Un site internet dédié précise toutes les mesures que nous avons prises de façon spécifique pour accueillir les événements et réunions. Ce qui permet de rassurer les organisateurs. Dans le même ordre d’idée, nous garantissons nos clients contre les imprévus en leur offrant de la flexibilité. Accor donne par exemple la possibilité de réduire le nombre de chambres réservées. Avec les mises en quarantaine qui peuvent surgir à n’importe quel moment, nous n’allons pas pénaliser les clients par rapport à cela. D’autre part, si un gouvernement prend la décision de confiner une ville, une région, voire un pays, aucun frais d’annulation ne sera facturé.

On parle beaucoup d’événements hybrides à l’heure actuelle. Est-ce aussi la tendance dans vos établissements ?

A. F. – On voit en effet certaines entreprises organiser des réunions de 20 personnes à Paris, le tout connecté à leurs bureaux en Allemagne et au Royaume-Uni. De la même manière, des salons prennent cette option numérique avec des conférences virtuelles pour garder le contact avec leurs clients. Comme beaucoup de gens sont encore en télétravail à travers le monde, il y a un taux de participation assez intéressant à ces événements hybrides alors que vous pouviez avoir de l’absentéisme lors de certaines conférences physiques. Il faut trouver le bon format pour que l’événement soit suffisamment percutant et interactif afin de garder attentifs les participants à distance. L’enjeu pour les entreprises est de continuer à faire passer leurs messages dans ce contexte.