Interview : Nicholas Foo, Affinidi

Nicholas Foo est en charge du Business Development pour Affinidi, une entreprise technologique fondée par Temasek à Singapour, et spécialisée sur la création et le partage d'identités numériques. Il explique l'importance de systèmes comme celui expérimenté avec Singapore Airlines, pour la reconnaissance de différents standards liés à l'authentification des tests PCR, puis des vaccins.
Nicholas Foo
Nicholas Foo, en charge du Business Development, Affinidi

En quoi consiste le projet Affinidi Unifier ?

Nicholas Foo – Comme vous pouvez l’imaginer, aujourd’hui tout le monde veut ouvrir ses frontières pour relancer l’économie, mais personne ne sait vraiment comment… A Singapour, le volume de voyageurs a diminué jusqu’à 98 %. Et comme dans d’autres pays, la reprise passe par la réouverture des frontières, mais personne ne souhaite voir arriver une nouvelle vague de cas de Covid-19. Cela implique de le faire en toute sécurité, et donc d’imposer des tests avant le départ. Mais avec l’explosion de la demande, une offre de faux tests à bas coûts s’est développée. C’est pourquoi il ne suffit pas de demander un test avant le départ, un nouveau test est requis à l’arrivée. Des solutions ont donc émergé, qui contribuent à mettre en place des certificats vérifiables numériquement. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un QR Code qu’il suffit de scanner, et cela pose plusieurs problèmes.

Lesquels, concrètement ?

N. F. – Cela concerne notamment le processus de vérification. Dans certains cas, cela implique de cliquer sur un URL depuis son téléphone, d’autres affichent un signe vert, ou un QR code… Il n’y a pas de standard, et c’est un vrai problème d’un point de vue opérationnel, pour l’immigration, les compagnies aériennes… Aussi, il n’y a pas de possibilité de procéder à une vérification indépendante. Or le flux de personnes est parfois tel, que la personne qui procède à la vérification ne peut pas faire pleinement attention à ce contrôle, en s’assurant que tous les critères requis sont bien remplis, pour le résultat du test et son authenticité. Il y a également un problème d’interopérabilité. Pour prendre l’exemple du secteur des paiements, il y a American Express, Mastercard, Visa, etc. Et il fut un temps ou cela impliquait différents terminaux. Aujourd’hui, un seul terminal permet d’utiliser ces différentes normes. Ce que nous faisons chez Affinidi, c’est de reproduire cela pour un voyage sûr. Différents standards peuvent émerger, mais nous voulons être capables de reconnaître ces différents standards. Aujourd’hui, Affinidi est déjà intégré avec neuf standards.

En quoi est-ce important ?

N. F. –  Cela résout le problème d’une vérification indépendante : quel que soit le standard, on peut procéder à la vérification. C’est très important du point de vue d’une compagnie aérienne ou des contrôles pour l’immigration : les pays ne veulent pas rouvrir leurs frontières uniquement aux utilisateurs d’un standard… C’est comme si un magasin ne pouvait accepter que des clients détenteurs d’une carte Visa. C’est dans cette optique que nous travaillons. Aujourd’hui, nous travaillons sur les résultats de tests Covid, et nous avons déjà commencé à travailler pour fournir le statut vaccinal également.

Vous utilisez le standard IATA ?

N. F. – Chez Affinidi, nous pensons qu’un écosystème ouvert est nécessaire pour permettre des voyages internationaux en toute sécurité. Dans cette logique, nous sommes disposés à travailler avec tous les partenaires, dont IATA, qui ont un moyen de vérifier leurs données et de fournir les données nécessaires requises par les compagnies aériennes et l’immigration

Où en êtes-vous dans le déploiement de votre solution ?

N. F. – Nous avons lancé plusieurs pilotes, le dernier en date étant le partenariat avec Singapore Airlines. Il concerne les passagers depuis et vers la Malaisie et l’Indonésie. Concrètement, le voyageur va chercher les résultats de son test, sur lequel figure un QR Code, pour pouvoir partager l’information au check-in. Au comptoir d’enregistrement, la compagnie aérienne utilise l’application Affinidi Unifier pour le scanner, et s’assurer que le test est bien authentique avant de fournir la carte d’embarquement. Le fonctionnement est le même à l’atterrissage avec l’immigration. L’expérimentation a commencé depuis bientôt deux mois, et les premiers résultats sont bons.

Quels sont les retours des voyageurs ?

Nicholas Foo – Les retours des passagers sont bons. Ils aiment cette technologie car elle les rassure, ils savent que la validité de leur test ne sera pas remise en cause. Et les voyageurs connectés n’aiment pas se déplacer avec une liasse de documents papier. Mais finalement, le retour le plus positif est venu des personnes chargées de contrôler les tests, car le processus de vérification manuelle peut être très fastidieux pour être vraiment sûr de l’authenticité d’un test PCR. Les agents d’immigration aimeraient d’ailleurs que le recours à notre solution soit étendu.

Quelles sont les prochaines étapes, et à quel horizon pensez-vous que votre solution sera utilisée de manière globale ?

N. F. – Des discussions sont en cours, notamment avec des fournisseurs technologiques globaux dans les domaines de l’aviation et de la santé. Nous discutons aussi avec les gouvernements de différents pays, des compagnies nationales. Nous avons commencé les tests à Singapour et nous allons déployer cette solution au niveau mondial.

Qu’adviendra-t-il de votre solution dans un monde post-Covid ? Votre technologie est-elle appelée à disparaître avec le virus ?

N. F. – Malheureusement, nous ne pensons pas que le Covid disparaîtra de sitôt… Cela va demander du temps. Et des vaccins seront requis par de nombreux pays pour entrer sur leur territoire. Notre solution peut aussi être utilisée sur des événements de grande ampleur, des conférences… En outre, dans des pays moins bien organisés que Singapour, notre outil peut être déployé plus facilement que d’autres solutions, tout en préservant la confidentialité des données.

Peut-on imaginer, après le passeport sanitaire digitalisé, que le passeport traditionnel disparaisse, qu’il soit lui aussi remplacé par une version digitale ?

N. F. – On peut l’imaginer, mais cela prendra du temps pour en arriver là. Cela relève des différents gouvernements, qui doivent pouvoir fournir ce système à leur population, et qu’il soit reconnu par les autres pays pour accueillir les voyageurs, qu’ils soient certains que ce passeport digitalisé est bien authentique, et fourni par l’Etat concerné. C’est un peu le problème de l’œuf et de la poule. On peut considérer que le travail que nous accomplissons aujourd’hui peut accélérer la transition vers un monde dans lequel le passeport serait digitalisé. Mais c’est un sujet compliqué, car c’est un élément clé de la souveraineté d’un pays, et les gouvernements ne voudront pas l’abandonner à un tiers.