Le low cost long-courrier de nouveau ébranlé par la faillite de XL Airways

XL Airways s'est déclarée insolvable et a demandé à être placée en redressement. Cette nouvelle faillite - qui suit celle d’Aigle Azur il y a deux semaines - pose la question du bien-fondé du modèle low-cost long courrier, qui tourne à l’hécatombe en Europe.

Le transporteur low-cost long-courrier XL Airways a suspendu la vente de billets à compter du 19 septembre, en raison de difficultés financières au sein de l’entreprise. « Depuis plus d’un an, la direction a négocié avec plusieurs repreneurs. Ces négociations n’ont pas abouti et la compagnie doit aujourd’hui se placer sous la protection du Tribunal de Commerce de Bobigny », explique la compagnie dans un communiqué. Sur son site internet, XL Airways annonce que les vols du week-end sont maintenus mais qu’à partir du 23 septembre, certains vols sont susceptibles d’être annulés. Les passagers sont ainsi invités à vérifier le statut de leur vol, notamment les voyageurs effectuant un vol retour après cette date.

Créé en 1994 sous la marque Star Airlines et rescapé de la faillite du groupe britannique XL Leisure en 2008, XL Airways France s’était alors rapproché de La Compagnie en 2016 : une alliance improbable, au regard des différences de modèle des deux transporteurs.
La Compagnie a trouvé sa position de niche sur le marché affaires tandis que XL Airways, avec son positionnement low-cost long-courrier, a souffert de la concurrence et de la flambée des prix du pétrole depuis 2018. La compagnie desservait jusqu’à cette semaine les Antilles, La Réunion, Cuba, Cancun au Mexique, la République Dominicaine et New York avec une flotte de quatre Airbus A330 au départ de Paris CDG, Lyon et Toulouse. Son trafic représentait en 2018 près de 700 000 passagers.

Le long-courrier à bas coûts en question ?

Au-delà du seul cas franco-français lié à la pérennité du modèle économique aérien dans l’Hexagone, la faillite de XL Airways montre les limites du low-cost long courrier. Le modèle économique du transport aérien à bas coûts s’est avéré parfait sur les lignes de point à point court et moyen-courrier, sur un temps de vol de quatre heures maximum. La haute utilisation des appareils, la limitation des bagages en soute, les temps de rotation de 40 minutes en moyenne en aéroport, le nombre limité de personnel de cabine ont contribué au succès économique du modèle.

Tout est différent, cependant,  sur du low-cost long courrier. Les temps de vol ne permettent pas plus de trois vols quotidiens par jour (par exemple, pour un Paris-New York de 6 heures 30). Les économies de carburant deviennent négligeables, les temps de rotation au sol plus longs et le nombre de personnel en cabine plus important.

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Le modèle low-cost long-courrier a bien fonctionné entre 2014 et 2017 mais il a depuis périclité avec la flambée des prix du pétrole et une concurrence toujours plus vive des transporteurs traditionnels. Ces derniers peuvent se permettre d’offrir des tarifs quasi-similaires à ceux des compagnies à bas coûts notamment grâce à une offre premium (Affaires ou Premium Economy) sur le même appareil.

Ces deux dernières années, les faillites et disparitions de compagnies à bas coûts se sont ainsi multipliées : Germania (Allemagne), Primera Air (Danemark), Monarch Airlines (Royaume-Uni) ou Wow Air (Islande). L’activité long-courrier d’Eurowings en Allemagne a de son côté été réintégrée à celle de Lufthansa, les avions Eurowings étant désormais déployés sur des lignes où la recette unitaire est faible.

Norwegian toujours sur la corde raide

Quant à la plus importante compagnie low-cost long-courrier en Europe, Norwegian, elle est depuis deux ans en très grande difficulté et louvoie le long d’un précipice. Son endettement est colossal en raison de ses achats d’avions. Elle vient d’annoncer de nouveaux besoins en liquidités pour rembourser deux obligations arrivant à échéance, soit environ 380 millions de dollars. Elle cherche à obtenir des détenteurs d’obligations pour qu’ils la tirent d’affaire en offrant même en garantie ses créneaux d’atterrissage à l’aéroport de Londres-Gatwick, un élément clé de son activité transatlantique. Ce rééchelonnement permettrait à la compagnie d’avoir un appel d’air financier jusqu’à la fin 2021.

Au départ de Paris, la compagnie dessert sept destinations vers les Etats-Unis. Mais elle a déjà suspendu une partie de ses lignes sur l’Amérique du Sud ainsi que Singapour, et ferme des bases à Palma de Majorque, Gran Canaria, Tenerife, Rome ainsi que Stewart et Providence aux Etats-Unis. Si les investisseurs refusent, Norwegian pourrait disparaître, laissant alors en rade plusieurs millions de passagers.

Petite lueur d’espoir pour toutes les low-cost long-courrier dans cette période plutôt morose : la compagnie aérienne islandaise Wow Air – qui a cessé ses activités en mars 2019 sans avertissement – pourrait reprendre son activité en octobre, grâce à un investissement majeur de USAerospace Associates. Le transporteur sera basé à Washington et comptera deux avions. Mais il devrait en avoir 10 a l’été 2020 et se reposer partout en Europe…