Lufthansa fait un pas de plus vers Etihad

Lufthansa et Etihad ont acté vendredi dernier un partenariat qui semblait encore impossible quelques mois plus tôt, et qui pourrait ouvrir la voie à d'autres accords plus poussés. Il prévoit notamment un partage de codes.
DR Lufthansa (Photo Oliver Roesler)
Rapprochement en vue entre Lufthansa et Etihad

L’accord signé vendredi par Lufthansa et Etihad est une nouvelle étape sur la voie de la coopération même s’il reste – pour l’instant – de portée modeste. Il prévoit simplement un accord de partage de code sur les lignes Francfort-Abu Dhabi et Munich-Abu Dhabi (servies par Etihad) et sur les lignes Francfort-Bogota et Francfort-Rio de Janeiro (servies par Lufthansa). « Nous pouvons envisager cependant d’étendre à l’avenir notre coopération à d’autres domaines d’activités« , a indiqué dans un communiqué le patron de la compagnie allemande, Carsten Spohr. Le Pdg d’Etihad, James Hogan, n’a quant à lui que des louanges pour son nouveau partenaire germanique: « Lufthansa jouit d’une grande réputation dans le monde. Je suis très heureux que nous puissions travailler ensemble dans le futur« , assure-t-il.

Pendant des années, Lufthansa n’a eu de cesse de vilipender les compagnies du Golfe, dénonçant le soutien tacite des gouvernements des Emirats et donc l’absence d’une compétition « équilibrée ». Il y a un an, demandait encore aux autorités européennes d’interdire le territoire de l’Union Européenne aux compagnies du Golfe pour leur transgression des règles sociales et environnementales en vigueur en Europe. Mais tout cela est aujourd’hui oublié. L’irrésistible ascension des transporteurs du Golfe a fait place au pragmatisme chez les dirigeants de la compagnie allemande.

Cela a commencé à la fin de l’été autour de la deuxième compagnie allemande, Airberlin. Le transporteur d’Abu Dhabi en détient 29,21%. Si l’investissement d’Etihad dans Airberlin est hautement stratégique, donnant à la compagnie un rôle prépondérant au sein du premier marché d’Europe continentale, les pertes abyssales du transporteur allemand – un milliard d’euros ces dernières années – tournent au cauchemar pour les dirigeants d’Abu Dhabi. D’où la solution d’un rapprochement avec Lufthansa pour résoudre le cas Airberlin.

De son côté, Lufthansa cherche à monter en puissance sur le réseau point-à-point depuis l’Allemagne et l’Autriche à travers sa filiale « hybride » Eurowings. Elle a donc besoin d’avions immédiatement pour soutenir la compétition sur les lignes hors de ses hubs de Francfort et Munich. D’autant que des villes comme Düsseldorf, Hambourg, Berlin ou Stuttgart génèrent des volumes de trafic passagers compris entre 15 et 25 millions par an.

étendre à l’avenir notre coopération à d’autres domaines d’activités

D’où un premier accord cet été pour la location par Lufthansa de 38 appareils d’Airberlin pour Eurowings et Austrian Airlines. Accord qui sera activé en février prochain pour une durée de six ans. Pour Etihad, la location des appareils va permettre d’injecter plus de 200 millions d’euros annuellement dans Airberlin, qui en retour va abandonner ses lignes point à point et se concentrer exclusivement sur ses deux hubs de Berlin Tegel et Düsseldorf.

Sur quoi pourrait donc déboucher l’accord Etihad-Lufthansa? C’est probablement autour d’Airberlin que tout va se jouer. La baisse en 2015 et 2016 des cours du pétrole ont rendu les dirigeants des Emirats plus prudents dans leurs investissements. L’accord avec Lufthansa représente pour Airberlin un avertissement qu’Etihad pourrait un jour changer de stratégie en Europe et en Allemagne par le biais de nouvelles alliances. Pour Lufthansa, l’accord actuel permet de « neutraliser » un puissant compétiteur du Golfe. Si Etihad continue à ouvrir de nouvelles lignes entre l’Allemagne et Abu Dhabi – ce qui pourrait être le cas à l’avenir à Hambourg ou Stuttgart -, elle pourrait travailler avec le groupe Lufthansa pour créer des synergies… Peut-être même avec Eurowings.

Quant à Airberlin, son recentrage sur ses deux hubs de Berlin et Düsseldorf affaiblit la compagnie comme concurrent « global » face à Lufthansa. De fait, hormis des lignes sur l’Amérique, Airberlin devient une compagnie court/moyen courrier, plus proche d’Eurowings que de Lufthansa. Ce qui devrait l’aider à finalement limiter ses pertes et peut-être retrouver l’équilibre financier… Ce que souhaitait avant tout l’actionnaire Etihad.