
Malgré l’avènement des nouvelles technologies, se réunir entre collègues ou confrères reste un besoin constant, presque vital. D’ailleurs, en une cinquantaine d’années, les congrès internationaux et les réunions n’ont cessé d’augmenter dans le monde entier. D’après une étude de l’International Congress and Convention Association (ICCA) sur la période 1963-2013, le nombre de manifestations associatives régulières, d’au moins 50 personnes et tournant sur trois pays au moins, a doublé tous les dix ans. La dernière décennie n’a pas échappé à la règle, ce type d’événements passant de moins de 6 000 en 2006 à plus de 12 212 en 2016, soit 136 de plus qu’en 2015.
La France, avec 545 réunions recensées, arrive en quatrième position du classement ICCA 2016, gagnant ainsi une place par rapport à 2015. Il est vrai que le territoire français compte un grand nombre de centres – plus de 120 –, avec une forte concentration sur le bassin méditerranéen et la région Ile-de-France qui, à elle seule, offre 13 centres, dont six à Paris. La capitale française conserve d’ailleurs le leadership mondial en matière de congrès internationaux – 196 en 2016 – devant Vienne et Barcelone.
Ce rôle prééminent n’est pas prêt de s’atténuer puisque Viparis, gestionnaire d’une dizaine de lieux d’expositions, va offrir à la capitale une carte maîtresse avec un nouveau centre de congrès et de conventions au sein de Paris Expo Porte de Versailles. Attendu à l’automne prochain, le Paris Convention Centre offrira 5 200 places assises en plénière, ce qui en fait la plus grande salle d’Europe dans cette configuration ! En avril 2018, 11 000 experts des maladies du foie se réuniront dans ses salles dernier cri, puis en août 2019, cela sera au tour de 33 000 spécialistes en cardiologie. La modularité exceptionnelle de ce centre lui permettra de s’adapter à tous les besoins des organisateurs.
À côté de Paris Expo Porte de Versailles, les autres centres de congrès français font presque figure de lilliputiens ! En effet, selon Coach Omnium, spécialiste des études dans le tourisme d’affaires, près des deux tiers ont une capacité inférieure à 5 000 m2, seuls 22 % dépassant les 10 000 m2. Plus généralement, la jauge moyenne de ces espaces varie entre 300 et 500 places. Autre constat de cette étude, de nouveaux lieux fleurissent depuis une dizaine d’années, tandis que les rénovations vont bon train et que d’autres projets sortent des cartons comme le Parc des Expositions de Strasbourg ou encore les centres des congrès de Metz, Valenciennes et du Havre.
Parmi les autres évolutions majeures, Coach Omnium signale également l’émergence d’espaces de plus en plus flexibles dans le but de recevoir différents types de manifestations. C’est le cas, par exemple, du futur palais des congrès de Metz Métropole qui devrait ouvrir en septembre 2018. Confié à l’imagination de l’agence Wilmotte & associés, le bâtiment sera doté de plusieurs lieux modulables, dont deux halls totalisant 3 400 m2 d’exposition et un auditorium de 1 200 places.

La modularité fait également partie des caractéristiques du futur Parc des expositions et Centre de conventions de Toulouse, prévu pour 2020. “Il sera le totem de la ville rose”, annonce fièrement Hubert Calmettes, directeur de l’agence d’attractivité Toulouse Métropole. Placé sous le signe de la polyvalence, il proposera aux entreprises 70 000 m2 de surfaces d’expositions couvertes et 26 000 m² d’aire extérieure.
Avec ce nouvel outil MICE, Toulouse entend se positionner au niveau des grandes métropoles françaises en matière d’accueil de congrès et d’événements professionnels. La nouvelle structure pourra en effet accueillir des congrès de 1 200 à 10 000 personnes avec des plénières de 3 500 à 5 000 personnes et viendra en complément du centre des congrès Pierre Baudis qui dispose d’une plénière modulable de 1 200 places, ainsi que d’un amphithéâtre pouvant accueillir 500 participants. “Nous sommes cinquième en France au dernier classement ICCA. Avec l’ouverture de ce parc des expositions et centre de conventions, nous comptons encore gagner des places. D’autant qu’en termes de capacité d’accueil, nous serons en troisième position derrière Paris et Lyon”, affirme le directeur toulousain.

Pour Lille Grand Palais, la modularité n’est pas une nouveauté. “Dès sa conception il y a plus de 20 ans, il a été pensé comme un Rubik’s cube”, s’amuse Stéphane Kintzig, directeur général. L’édifice englobe trois auditoriums auxquels on peut ajouter les sections d’exposition et le Zénith Arena, le tout placé sous un même toit. L’organisation intérieure du bâtiment, imaginée par l’architecte Rem Koolhaas, autorise une circulation extrêmement fluide entre les différents espaces communiquant entre eux.
Ainsi le lieu peut être réservé dans son ensemble ou, au choix, être cloisonné. Les trois entités – Palais des Congrès, Parc des Expositions et Zénith Arena – sont dès lors adaptées à toutes sortes de manifestations jusqu’à 20 000 participants. Une structure trois-en-un qui accueille annuellement plus d’un million de personnes et 300 événements. “Le fait d’être entièrement cloisonnable et polyvalent nous permet d’organiser plusieurs opérations en même temps et de répondre à une demande exponentielle en matière de congrès et d’expositions”, remarque Stéphane Kintzig. Parmi les prochains événements attendus, le 10e forum international de la cyber sécurité se tiendra en janvier 2018 et réunira 10 000 personnes.

Le Corum de Montpellier, qui affiche plus de 25 ans d’existence, a lui aussi été précurseur en matière d’agencement. “D’emblée, tous ses espaces ont été conçus pour être modulables. Ce qui, hier, semblait avant-gardiste est aujourd’hui devenu un critère de sélection pour un organisateur”, souligne François Chritin, responsable du développement MICE & sports chez Montpellier Events. Troisième ville française en 2016 au palmarès ICCA, Montpellier est particulièrement bien placée sur le marché des congrès médicaux. L’an dernier, la ville a reçu 107 manifestations professionnelles, dont 23 congrès internationaux réunissant entre 600 et 800 congressistes. François Chritin souligne que la modularité se joue aussi sur la complémentarité des sites : “Le Corum peut recevoir jusqu’à 2 500 personnes, tandis que l’Arena, une salle multifonctions située à deux pas du parc des expositions et du Zénith, affiche une capacité de 8 000 places en style théâtre. Ce qui nous permet de capter des congrès de grande capacité.”
Parfaite complémentarité
Une complémentarité similaire existe à Lyon, comme l’indique Valérie Ducaud, directrice du bureau des congrès : “L’auditorium de la Cité-Centre de congrès possède 3 000 places et celui du parc des expositions Eurexpo Lyon 4 200. Globalement, la Cité offre 25 000 m2 de surface entièrement modulable comprenant trois amphithéâtres, 25 salles de 50 à 450 personnes et plus de 8 000 m2 disponibles sur un même niveau.” Ce potentiel a permis à Lyon d’accueillir l’an dernier 61 congrès associatifs, dont 36 % d’envergure internationale, pour une moyenne de 3 000 participants par événement.

Cette diversité de l’offre profite aussi à Marseille qui projette, grâce à cela, d’attirer les réunions supérieures à 4 000 participants. Pour Maxime Tissot, directeur de l’office du tourisme et des congrès de la ville, “l’un des atouts de la ville est de posséder trois palais des congrès, à commencer par Marseille Chanot dont les espaces ont été réalisés sans pilier, ce qui permet de les agencer selon les besoins et de recevoir jusqu’à 7 000 participants en plénière. Le Palais du Pharo possède pour sa part un espace modulable d’une capacité de 1 000 places. Enfin, le City Center Vieux Port, qui a fait peau neuve de 2016 à 2017, a rouvert ses portes en septembre avec 2 600 m2 d’espaces de réunions.” La cité phocéenne reçoit près de 500 événements par an, dont près de 70 congrès allant généralement de 300 à 700 personnes. Bien positionnée sur les secteurs médical et scientifique, Marseille ambitionne aussi de se faire une place sur le marché des nouvelles technologies en s’appuyant notamment sur ses pôles économiques.

Pour sa part, Bordeaux, autre grande ville française en matière de tourisme d’affaires avec près de 100 congrès par an, s’appuie sur sept bâtiments, dont trois d’entre eux, la Cité Mondiale, le Palais de la Bourse et le Hangar 14, sont en centre-ville. Rénovée en 2012, la Cité Mondiale dispose notamment d’un amphithéâtre de 300 places et d’un espace de 1 270 m2 d’exposition et de restauration entièrement modulable. À une quinzaine de minutes en tramway, dans la zone de Bordeaux Lac, se trouve un second pôle dédié aux congrès. Ce dernier se compose de trois unités adaptées aux grandes manifestations : le parc des expositions avec 70 000 m2 de superficie, le palais des congrès d’une capacité maximale de 2 000 participants et bientôt une halle d’exposition de 3 000 m2, dont l’ouverture est prévue d’ici fin 2018. Totalement modulable, celle-ci sera dotée d’un amphithéâtre pouvant recevoir 6 000 personnes en plénière.
Ce qui permet à Amélie Dechenais, responsable du convention bureau, de dire qu’aujourd’hui, “Bordeaux a pour cœur de cible les réunions de 1 500 à 2 000 participants. Ce qui ne nous empêche pas d’accueillir des opérations plus importantes comme le congrès national des avocats où près de 4 000 défenseurs de la justice sont présents !” Bordeaux projette aussi la création d’un nouveau centre de conférences de 1 410 places dans la zone aéroportuaire de Mérignac. Le bâtiment fait partie du projet 45e Parallèle et sera adossé à un hôtel 4 étoiles de 154 chambres ainsi qu’à cinq immeubles de bureaux.

Évidemment, les villes de taille moyenne s’intéressent elles aussi de très près à la clientèle MICE. Ainsi Nantes et Saint-Nazaire se sont-elles unies pour présenter aux organisateurs une destination commune adaptée aux meetings rassemblant jusqu’à 2 000 personnes. Leurs efforts portent leurs fruits, puisque Nantes est passée de la 126e place en 2015 au classement ICCA à celle de 107e en 2016. “Les congressistes apprécient la taille humaine de notre ville, leur permettant de se déplacer rapidement d’un lieu à l’autre”, remarque Lucile Suire, responsable du tout jeune convention bureau de Nantes, désormais cinquième ville française pour les congrès internationaux rotatifs, devant… Bordeaux !

À l’occasion de ses 25 ans, la Cité des congrès a été entièrement rénovée en 2017 et possède une trentaine de salles modulables pouvant aller jusqu’à 4 000 places. “Notre cité des congrès a accueilli 152 manifestations. Parmi elles, 27 étaient d’ampleur internationale. Ce qui représente 40 % de notre activité MICE”, précise Lucile Suire, qui explique ces résultats par le “dynamisme du tissu économique, en particulier dans les secteurs des nouvelles technologies, de l’agroalimentaire, du médical et des énergies maritimes renouvelables.” La présence des chantiers navals est en effet un facteur déclencheur lors du choix de la destination.
C’est cette même caractéristique que retrouvent les participants à Biarritz. “Nous proposons une unité de lieu avec quatre centres de congrès situés en centre-ville, face à l’océan et tous accessibles à pied”, dit Gérald Buscemi, directeur commercial et marketing de Biarritz Congrès. La station balnéaire accueille chaque année 65 000 congressistes, soit près de 125 congrès d’une taille moyenne de 500 participants. “Notre modularité et polyvalence, nous l’avons au travers nos sites proches les uns des autres et pouvant être utilisés simultanément”, décrit Gérald Buscemi. Ainsi le Bellevue, avec son charme Belle Epoque, a un auditorium de 477 places et une dizaine de salles. De son côté, le Casino municipal peut accueillir un congrès de 700 personnes, tandis que l’ancienne gare ferroviaire, de style Art Nouveau, accueille 1 400 sièges, la halle d’Iraty pouvant aller de son côté jusqu’à 1 500 congressistes.
Vieilles pierres et archi modernité
C’est aussi un lieu prestigieux que Troyes propose aux congressistes. La capitale historique de la Champagne a réhabilité en 2014 l’Hôtel du département en un centre de congrès moderne et innovant. Ce dernier se compose d’un auditorium modulable de 1 000 m2 et 800 places, en plus de 10 salles de réunions. “Désormais, nous avons une réelle offre congrès avec un équipement dernier cri dans un décor mêlant bois, béton, verre et aluminium. Ce bâtiment vient en complément de l’espace Argence, au cœur du centre historique et doté d’une salle modulable de 1 600 m2, et du Cube, le parc des expositions d’une capacité de 6 500 personnes”, raconte Cécile Lupo, responsable commerciale Aube en Champagne tourisme et congrès.

De son côté, Karine Treguer, directrice du développement Destination Rennes, mise aussi sur l’inauguration d’un nouveau centre des congrès, le Couvent des Jacobins, attendu en janvier 2018, ainsi que sur l’ouverture du quartier des affaires EuroRennes, pour que la cité bretonne retrouve sa place parmi les destinations françaises MICE. Implanté en plein centre-ville, dans un ancien couvent du XVIe siècle classé aux monuments historiques, le futur centre de congrès est un surprenant mix de vieilles pierres et d’architecture moderne. Ainsi, une extension contemporaine sera rajoutée à l’ancien édifice et possédera des salles high-tech, deux auditoriums de 1 000 et 300 places, une salle de 500 sièges, 25 salles de sous-commission et une surface d’exposition de 4 000 m2. L’objectif est d’accueillir 150 congrès par an. D’ores et déjà, une quarantaine d’événements sont confirmés pour 2018. “60 % sont des événements nationaux et internationaux. 34 % ont une taille de plus de 800 personnes”, raconte Karine Treguer. À 1 heure 25 de Paris en LGV, Rennes devient désormais un concurrent sérieux pour les autres destinations d’affaires.

Haut lieu spirituel et politique de Bretagne, il fut ensuite occupé par des militaires après
la Révolution. Le Couvent des Jacobins se destine désormais au tourisme d’affaires. © DR
Le palais des congrès Paris-Saclay, qui doit ouvrir en décembre, est lui aussi totalement atypique. Dernier né du groupe Châteauform’ Eurosites, il veut bousculer les codes du tourisme d’affaires en mixant salles de travail et espaces conviviaux. Dessiné par Christian de Portzamparc, le bâtiment de 5 500 m2 abritera un auditorium de 600 places doté d’une large scène avec une hauteur de plafond de sept mètres, mais aussi de sept salles de réunions modulables et de plus de 300 m2 d’espaces de convivialité. “Nous voulons que les participants se sentent comme chez eux et aient l’opportunité d’échanger dans une ambiance cosy”, évoque Erwan Jouët, directeur du développement congrès & events. Le lieu se veut pluridisciplinaire, pouvant accueillir aussi bien des opérations B to B que des expositions ou des événements culturels. Pour cela, toutes les cloisons sont amovibles.
D’autre part, ce centre des congrès – qui espère obtenir la norme durable Iso 20121 – se démarque en étant implanté sur la Place Grand Ouest qui comporte des logements, des commerces, un cinéma, un hôtel et se trouve à 100 m des gares RER et TGV Massy. Là aussi, tous les codes classiques sont cassés, donnant le coup d’envoi à une nouvelle génération de centres de congrès intégrés à la ville.
Au cœur de la vie, donc.

















