
L’attractivité touristique de New York n’est pas à démontrer, pas plus que sa place clé dans le monde des affaires. Le secteur s’est-il complètement remis de la pandémie ?
Nancy Mammana – Pas encore à 100%. En 2024, New York a accueilli 64,3 millions de touristes, soit 97% de la fréquentation record atteinte en 2019. Et nous dépasserons ce volume d’avant Covid en 2025, notamment grâce à la clientèle asiatique, plus lente à revenir jusqu’ici. La comparaison avec la pandémie ne sera alors plus d’actualité, que ce soit pour la clientèle loisirs et affaires, un peu à la traîne jusqu’ici. Comme partout, le travail à distance et l’augmentation du nombre de réunions virtuelles ont pesé sur la retour des déplacements professionnels aux niveaux pré-pandémiques. Mais nous y sommes presque. La reprise complète sera atteinte d’ici la fin 2025 je pense.
Cette attractivité permanente se lit aussi dans le développement hôtelier, chaque année apportant son lot de nouveaux établissements. Plus d’une cinquantaine d’hôtels sont en effet attendus d’ici 2027. Comment évolue cette offre d’hébergements ?
N. M. – Le tourisme new-yorkais a de la chance. Nous n’avons aucun problème ni sur la capacité des vols vers New York, ni sur le développement hôtelier, avec un flux constant d’ouvertures. Nous devrions ainsi voir s’ajouter environ 7000 nouvelles chambres l’année prochaine à travers de nouvelles constructions ou l’achèvement de rénovations majeures comme celle du Waldorf Astoria. Fait nouveau, la transformation de cet hôtel comme celle du Four Seasons récemment a intégré une composante résidentielle, offrant des appartements privés en parallèle d’un nombre de chambres réduit. Avant cela, d’autres hôtels de luxe de plus petite taille ont ouvert leurs portes comme le Surrey et le Twenty Two cet automne, ou précédemment le Fifth Avenue. Nous avons une gamme très diversifiée entre les propriétés de luxe, les boutique hôtels et tous ces établissements milieu de gamme qui poussent ça et là, offrant des solutions d’hébergement un peu plus abordables. Pas seulement à Manhattan d’ailleurs.

De nouveaux hôtels dans le Queens comme à Brooklyn, un DoubleTree by Hilton récemment ouvert à Long Island, un Westin attendu l’an prochain à Staten Island : Manhattan n’a donc pas le monopole du développement hôtelier.
N. M. – En effet, une grande partie des développements se situe dans les autres arrondissements, les autres « boroughs » new-yorkais. Ce qui nous aide à mettre en valeur la diversité culturelle de la ville. Nous mettons bien sûr en avant les attractions emblématiques de Manhattan, très importantes pour une première découverte de la ville, mais nous invitons les visiteurs réguliers à aller vers ces quartiers périphériques. Restaurants, shopping, culture : il y a tellement de choses à y découvrir, pour de nouvelles expériences très riches.



Quels sont les boroughs les plus attractifs pour les voyageurs d’affaires ?
N. M. – Cela dépend de leurs centres d’intérêt. S’ils aiment bien manger, ils devront sans faute aller dans le Queens, qui offre la scène culinaire la plus diversifiée des cinq boroughs, avec de petits restaurants familiaux extrêmement authentiques, tous les types de cuisine imaginables. Pour un voyageur d’affaires, le Queens est également très pratique, puisque situé à proximité des aéroports JFK et LaGuardia. Le Bronx a également beaucoup de choses à offrir côté restauration, avec son Little Italy, son marché et des restaurants très authentiques pas loin du zoo du Bronx. En parallèle, il se passe toujours pas mal de choses à Brooklyn, le marché français ayant une attirance naturelle pour cette partie de la ville. Staten Island est en revanche un peu moins connu, mais là aussi c’est complètement unique, avec beaucoup d’espaces culturels, de lieux en extérieur. Même en séjournant à Manhattan, il est très facile de se déplacer en transports publics et nous encourageons les voyageurs d’affaires à venir découvrir ces attractions moins connues. Prenez le Brooklyn Museum par exemple, qui fête aujourd’hui ses 200 ans. Ce lieu incroyable est encore un peu négligé par les touristes, alors que partout ailleurs qu’à New York, ce serait le musée le plus important de la ville.
Concernant la culture, l’un des moments forts de l’année sera la réouverture en avril de la Frick Collection. Quels sont les lieux phares à visiter pour un voyageur d’affaires ?
N. M. – La culture est évidemment un énorme atout pour la ville. De nombreux musées s’agrandissent ou se rénovent comme la Frick Collection qui rouvre en 2025. Avec la Morgan Library, qui va fêter son 100e anniversaire, ces deux se démarquent pour les voyageurs d’affaires. De par leur situation à Manhattan, mais aussi parce qu’ils sont relativement petits. Quand vous êtes en déplacement professionnel et que vous n’avez pas beaucoup de temps, vous pouvez les visiter et tout voir en 90 minutes.
Voir une exposition à Paris nécessite souvent de réserver ses billets bien à l’avance, ce qui rend difficile une visite à l’improviste, entre deux rendez-vous ou avant d’aller reprendre l’avion. Est-ce aussi le cas à New York ?
N. M. – Pas autant. il y a tellement de musées dans la ville que la fréquentation est assez dispersée. Nos musées sont donc assez facilement accessibles.

La culture n’est pas, après tout, l’essentiel pour les voyageurs d’affaires. Plus proche de leurs préoccupations pratiques, la transformation des aéroports new-yorkais est en cours. Où en est-on de ces projets ?
N. M. – Les autorités portuaires de New York et du New Jersey ont en effet entrepris un programme massif de rénovation de nos aéroports depuis quelques années. La transformation de LaGuardia est terminée et, si vous avez un jour visité cet aéroport, vous remarquerez une très grande différence. Elle se poursuit à Newark comme à JFK, avec de nouvelles infrastructures attendues en 2026 (NDLR : ce projet, estimé à 19 milliards de dollars, verra la modernisation des terminaux 4 et 8 et la reconstruction des terminaux 1 et 6, entièrement repensés). Les autorités portuaires se sont inspirées des meilleures pratiques pour rendre l’aéroport plus fonctionnel, avec une remise au goût du jour technologique, mais aussi plus attractif, en amenant une idée de la ville au sein de l’aéroport, avec des restaurants comme à Manhattan, des magasins de produits locaux.
Le passage des contrôles de sécurité, souvent un point noir pour les voyageurs, en sera-t-il accéléré ?
N. M. – Je ne suis pas sûre que l’aéroport lui-même puisse avoir un impact là-dessus, sinon en s’assurant de la bonne orientation des voyageurs. L’US Travel Association plaide pour des voyages plus fluides, mettant en avant le risque de perdre des clients. Les voyageurs d’affaires ont le choix. Ils peuvent organiser une réunion virtuelle plutôt que de se déplacer, ou voyager tous les deux ans au lieu de venir chaque année, voire aller ailleurs. Tout ce que nous pouvons faire, c’est défendre cette idée d’un aéroport offrant une expérience la plus « sans couture » possible.
Autre aspect du tourisme d’affaires, les congrès et les événements professionnels constituent-ils une part essentielle des séjours à New York ?
N. M. – Oui, évidemment ! Nous avons une équipe interne qui essaie de créer des solutions personnalisées pour les réunions de toutes tailles. En ce qui concerne les grandes manifestations, notre principal centre de congrès, le Javits Center, a entrepris pas mal d’améliorations, à dominante durables notamment avec son toit couvert par une ferme urbaine et des panneaux solaires. Comme il n’est pas aussi grand que d’autres centres de congrès américains (NDLR : sa surface totale est de 310 000 m², contre plus de 800 000 m² pour le centre de convention McCormick Place à Chicago), nous avons aussi une façon de compléter la possibilité d’accueillir de grands groupes avec la combinaison des espaces de réunion du Hilton Midtown et du Sheraton Times Square, à quelques pas l’un de l’autre autour de la 53e rue et de la 7e Avenue. Cette solution créative, baptisée NewYork 5000, permet l’accueil de groupes de 5000 personnes.


Si le Javits Center n’est pas le plus grand des lieux MICE américains, New York reste une grande destination pour les réunions.
N. M. – En effet, si nous n’avons qu’un seul centre de congrès, nous avons aussi pas mal d’événements de plus petite taille. New York est une destination très propice à cela avec un large choix d’espaces, en particulier dans les hôtels. Avec sa grand Ballroom qui peut accueillir beaucoup d’invités, le Waldorf Astoria sera un lieu de rencontre emblématique à sa réouverture. Ce sera, j’en suis sûr, un endroit très populaire. Beaucoup de centres de formation peuvent aussi être utilisés pour des rencontres, que ce soit à Brooklyn ou à Midtown. Quand on parle d’espaces de réunion, un acteur comme Convene propose aussi plusieurs emplacements à travers la ville, notamment sur Park et Madison Avenue et bientôt à Hudson Yards.
Concernant Hudson Yards, comment ce nouveau quartier d’affaires évolue-t-il ?
N. M. – C’est devenu un quartier d’affaires animé. Anciennement une gare de triage pendant de nombreuses années, la zone a été réaménagée pour laisser place à ce nouveau quartier. Aujourd’hui, Amazon, JP Morgan, Google y ont leurs bureaux, comme des milliers d’autres entreprises, mais vous y trouvez aussi aussi des magasins, des appartements, des bars et des restaurants, par exemple une nouvelle halle alimentaire du chef James Beard ou la City Winery. Toute cette vie à côté fait une énorme différence. C’est aussi un avantage pour les participants à un événement au Javits Center. Ils n’ont qu’à traverser la rue pour trouver un restaurant ou aller prendre un café, alors qu’avant, il y avait peu de choix autour du centre de congrès. L’inauguration de la station 34th Street–Hudson Yards et l’extension de la ligne 7, en 2015, a aussi pour avantage d’améliorer l’expérience des visiteurs.
Pour conclure, quels seront les temps forts de la ville en 2025 ?
N. M. – Nous avons de grands événements en préparation, sportifs notamment avec en perspective la FIFA Club World Cup en 2025, puis la coupe du monde de football en 2026. Mais, surtout, nous célébrons l’an prochain les 400 ans de la création de la ville et l’année suivante le 250e anniversaire des Etats-Unis. De nombreux événements seront organisés à cette occasion et nous lancerons une campagne qui couvrira les deux années et s’appellera « Founded by NYC ». Elle célébrera non seulement l’histoire de la ville ou de la fondation du pays, mais aussi de tout ce qui s’est passé à New York. Toutes les choses parties d’ici et qui ont eu une influence mondiale en matière d’art, d’histoire, de musique, de design, de restauration etc. Notre site web grand public comme celui proposé aux organisateurs d’événements diffusera le calendrier des événements et les itinéraires des lieux d’importance à visiter. De la sorte, il sera facile pour un voyageur d’affaires ou un participant à une réunion de trouver toutes les informations utiles. Venir à New York en 2025 et en 2026 sera un grand moment.

















