D. Vanden Born (Onepark) : « Nous changeons de dimension grâce à TotalEnergies »

À l'occasion de la levée de fonds et du partenariat stratégique avec TotalEnergies, David Vanden Born, co-fondateur et CEO de Onepark, revient sur le positionnement de son entreprise et ses ambitions pour transformer le secteur du stationnement.
David Vanden Born, co-fondateur et CEO de Onepark.
David Vanden Born, co-fondateur et CEO de Onepark.

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre société, Onepark, qui n’est pas toujours connue des voyageurs d’affaires ?

David Vanden Born – En quelques mots, Onepark est le leader européen de la réservation de parking en ligne. Nous permettons aux automobilistes de comparer, réserver et payer leur place de stationnement, que ce soit à l’avance comme à la dernière minute, mais toujours au meilleur prix. Dans les faits, nous travaillons avec deux typologies de parkings distinctes, mais complémentaires. D’une part, des parkings publics majoritairement situés à proximité des gares et aéroports ou dans les centres-villes et, d’autre part, des parkings privés, ceux d’hôtels essentiellement, que nous rendons accessibles au grand public.

Fort du soutien de plusieurs grands acteurs du voyage tels Accor, ADP et Keolis, votre structure capitalistique est assez unique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

D. V. B. – Nous sommes en effet une des seules entreprises en France à être quasiment intégralement financées par des industriels de premier plan, tous leaders dans leurs secteurs respectifs et tous activement présents dans l’univers du voyage. C’est-à-dire Keolis, la filiale de transport public du groupe SNCF qui est aussi propriétaire des parkings Effia, mais également Accor côté hôtellerie et le groupe Aéroports de Paris qui opère 48 000 places de stationnement à Paris CDG et Orly. Ces trois premiers acteurs sont entrés au capital de Onepark entre 2016 et 2018 pour un financement cumulé d’une trentaine de millions d’euros. Avec une même logique sous-jacente – c’est-à-dire nous donner accès à des places de parkings sous-exploitées -, mais avec des objectifs différents. Pour Keolis et ADP, l’idée est d’optimiser le taux de remplissage de leurs parkings et de maximiser les revenus en s’ouvrant à une clientèle plus large. Pour Accor, il s’agit de développer une nouvelle source de revenus pour leurs hôtels avec la mise en vente de leurs places de parking à la clientèle extérieure. Pour vous donner une idée, nous générons déjà au groupe Accor près de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.

Depuis ses débuts il y a dix ans, Onepark a fédéré une communauté de 2,7 millions d'utilisateurs.
Depuis ses débuts il y a dix ans, Onepark a fédéré une communauté de 2,7 millions d’utilisateurs.

Sur quoi repose votre modèle économique ?

D. V. B. – Nous fonctionnons exactement comme une place de marché hôtelière ou une agence de voyage en ligne. Le client paie sur Onepark et nous reversons ensuite le chiffre d’affaires au parking qui a accueilli ce client, minoré de notre commission. Nous ne préachetons pas de stock. Nous sommes simplement une vitrine digitale qui met en avant l’offre des parkings et maximise leur occupation. Au niveau de la gestion des prix, il y a deux possibilités. Soit le parking est un exploitant professionnel comme ADP, Effia ou Indigo et nous distribuons leurs tarifs via nos systèmes d’information. Soit, dans le cas des parkings privés, d’hôtels notamment, nous gérons les prix selon ce qui nous parait bon pour tirer un maximum de revenus de ces actifs sous-exploités.

Vous vous présentez comme le leader européen. En quelques chiffres, que représente l’offre de Onepark ?

D. V. B. – Depuis notre lancement il y a une dizaine d’années, nous sommes en effet rapidement devenus le leader de ce marché naissant. Notre offre s’est déployée dans 500 villes avec un peu plus de 200 000 places de stationnement à travers 3 500 parkings, et ce dans 8 pays européens. Nous assurons aujourd’hui la réservation de plus de 350 000 heures de stationnement chaque jour, pour un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros en 2024, en ayant fédéré une communauté de 2,7 millions d’utilisateurs. Cette clientèle est majoritairement composée de voyageurs loisirs qui sont souvent contraints d’utiliser leur véhicule pour se rendre à l’aéroport ou à la gare.

Vous avez récemment finalisé une levée de fonds auprès de TotalEnergies. Dans ce cadre, un partenariat permet aux porteurs de la carte Fleet de bénéficier des services de Onepark. Vous vous tournez donc vers la demande des voyageurs professionnels ?

D. V. B. – En effet, les trois premières levées de fonds concernaient la partie offre, celle des parkings. Avec TotalEnergies, nous nous tournons vers la demande, celle de la clientèle affaires en particulier. Nous allons même changer de dimension en doublant quasiment notre base de clients pour franchir la barre des 5 millions d’utilisateurs grâce aux 2,3 millions de porteurs de la carte Fleet. Editée par TotalEnergies, cette carte multiservices est utilisée par plusieurs centaines de milliers d’entreprises en France. et était déjà acceptée dans un bon millier de parkings en France. Grâce à notre partenariat, la carte Fleet donne désormais accès aux 3 500 parkings de notre réseau. Et cette carte, qui ne permettait que le règlement du stationnement, s’ouvre maintenant à la réservation de places. Pour les porteurs de la carte Fleet, tous des professionnels voyageant régulièrement, ce nouvel usage est très intéressant. D’autant plus qu’ils vont aussi pouvoir utiliser Onepark à titre personnel, pour se garer aussi bien dans Paris que près d’une salle de concert à Barcelone ou d’un théâtre à Berlin. Notre solution permet en effet d’utiliser plusieurs moyens de paiement : la carte Fleet pour les déplacements encadrés par la politique voyages de l’entreprise et les moyens de paiement personnels pour des usages privés en Europe.

Après avoir consolidé l’offre, vous vous tournez maintenant vers la demande. Peut-on imaginer que Onepark soit un jour partenaires d’autres acteurs du voyage d’affaires ?

D. V. B. – Ce n’est pas encore d’actualité, mais ce sont des choses qui pourraient partie de notre vision. Le but est de faire profiter de nos 200 000 places de parking au plus grand nombre d’utilisateurs en diversifiant nos sources de clientèle. Tous les fournisseurs de moyens de paiement seront à un moment les bienvenus. Pour le moment, nous acceptons les CB, Amex, Paypal et maintenant la carte Fleet. Mais il y a toute un ribambelle d’autres offres de paiement qu’on pourrait intégrer progressivement. Côté demande, on pourrait aussi imaginer former des partenariats avec des réseaux proches des automobilistes, avec des constructeurs ou des équipementiers par exemple. Mais aussi, pourquoi pas, avec des agences de voyages en ligne ou B2B. Notre stratégie ira de plus en plus vers cette distribution indirecte.

Pouvez-vous préciser les pistes envisagées dans le cadre de cette distribution indirecte ?

D. V. B. – L’idée, c’est, par exemple, que l’offre de Onepark puisse être proposée aux client d’Accor ou, pourquoi pas de Booking, pour qu’ils puissent réserver en même temps une chambre d’hôtel et une place de parking. Nous pourrions aussi imaginer être partenaires d’acteurs de la tech comme Google. Si on prend l’exemple des États-Unis, Google propose aujourd’hui non pas seulement la localisation, mais aussi la réservation de places de parking directement dans Google Maps. Ils ont conclu pour cela un partenariat avec l’équivalent américain de Onepark pour accéder à leur offre à travers une API. Cela ferait sens de développer la même chose en Europe.

Dans le cadre des hôtels, vous développez aussi une autre solution, baptisée Flow. De quoi s’agit-il ?

D. V. B. – Flow est la prolongation naturelle de notre modèle historique. Notre place de marché permet aux hôtels de rentabiliser des places de parking vides, en nous confiant de 15 à 20 places par établissement. Mais, au vu des revenus générés, des hôtels sont venus nous voir – pas que des hôtels Accor d’ailleurs – pour nous demander d’aller plus loin. C’est-à-dire, en plus de vendre ces places, de leur fournir des solutions pour digitaliser et optimiser la gestion de leurs parkings. C’est pourquoi nous avons créé Flow, fondé sur une licence logicielle d’un côté et, de l’autre, sur une solution de lecture de plaques d’immatriculation et de contrôle d’accès. En plus de pouvoir fixer leurs tarifs, les hôteliers sont à même de mieux gérer les flux et, partant, d’améliorer la qualité de l’expérience client, que ce soit à destination de leurs résidents, des clients de leurs restaurants ou dans le cadre de l’accueil de séminaires. Et pour Onepark, cela nous permettra de développer notre réseau en ayant de plus en plus de parkings de qualité.

Parking d'hôtel Ibis Budget, du groupe Accor.
Parking d’hôtel Ibis Budget, du groupe Accor.

Des bornes de recharge électrique sont-elles intégrées dans cette offre ?

D. V. B. – Les parkings qui souhaitent s’équiper de bornes de recharge nous considèrent naturellement comme leur point d’entrée sur tous les sujets de mobilité. Nous pouvons dès lors leur recommander des solutions, par exemple celles portées par TotalEnergies ou par Electra en Espagne. L’objectif à terme est d’intégrer ces solutions dans nos parcours de vente pour permettre à un automobiliste de réserver à la fois sa place de parking et sa recharge s’il en a besoin. Onepark entend accompagner la transformation des usages pour aller au-delà du pur stationnement et optimiser l’expérience de mobilité au sens large – que ce soit du stationnement de motos ou de vélos électriques. Mais pour l’instant, notre focus reste prioritairement le véhicule. C’est le cœur de notre business depuis dix ans et nous nous efforçons de le faire de la meilleure des manières.

En ce qui concerne l’offre de parkings, Onepark est soutenu par le groupe ADP ou les parkings Effia à travers Keolis. Qu’en est-il du groupe Indigo, qui se présente comme le leader mondial du stationnement ?

D. V. B. – Nous avons un partenariat commercial avec Indigo, au même titre d’ailleurs qu’avec AENA en Espagne, l’opérateur de tous les grands aéroports du pays. Alors, en effet, le groupe Indigo n’est pas actuellement dans notre capital. Est-ce que cela aurait du sens un jour ? Clairement oui, de mon point de vue. En ont-ils l’envie ? Loin de moi l’idée de préjuger de leur réponse. Ils ont leur propre plateforme, Indigo Neo, qui me semble très complémentaire à celle de Onepark. A partir de là, pourrait-on aller plus loin ? Comme je vous l’ai dit, je le pense. C’est la vision que nous défendons. Nous l’avons déjà démontré à travers quatre opérateurs industriels majeurs et continuer ce chemin en faisant rentrer dans notre capital le leader mondial de l’industrie aurait du sens.