Les perspectives pour 2021 selon Andreas von Puttmaker (aéroport de Munich)

Reprise du tourisme autour de l'été, voyages d'affaires toujours limités, nouvelles technologies : Andreas von Puttkamer, senior vice-président Aviation de l'aéroport de Munich, trace les perspectives 2021 pour le hub allemand comme pour le transport aérien dans son ensemble.

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Munich est le second aéroport d’Allemagne avec un trafic de près de 48 millions de passagers en 2019. Sa croissance a été exponentielle avec un trafic passagers en hausse de près de 40% entre 2010 et 2019. Une croissance qu’a accompagné la compagnie Lufthansa, qui a fait de Munich son second hub.  L’aéroport est régulièrement classé comme l’un des meilleurs d’Europe. Une position qui pourrait l’aider à retrouver une activité importante, bien plus vite que ses concurrents, une fois la pandémie passée. 

Comment voyez vous l’année 2021 ? Comment le vaccin peut-il influencer l’évolution de la demande ? Quels sont les marchés qui pourraient se redresser le plus rapidement possible ?

Andreas von Puttkamer – La situation reste si fluctuante que les prévisions pour 2021 ne peuvent être faites que de façon partielle. L’évolution de la situation dépendra de la rapidité avec laquelle la vaccination progressera ici en Europe, mais aussi dans le monde entier. Après un hiver très difficile pour toute l’industrie, nous fondons de grands espoirs pour le programme d’été. Selon de nombreuses compagnies aériennes, les réservations sont bien avancées pour les périodes de vacances. Nous constatons en effet un intérêt croissant des voyageurs aussitôt qu’une destination est labellisée comme sûre et qu’il est possible de s’y rendre sans quarantaine. Toutefois, ces perspectives positives ne doivent pas occulter un fait inquiétant : les volumes de voyage ne devraient pas excéder 50 % des niveaux d’avant crise.

La crise sanitaire a obligé l’industrie à repenser son modèle économique. Comment l’aéroport s’est-il adapté ?

A. von P. – À Munich, comme dans tous les autres grands aéroports internationaux, la pandémie de Covid 19 et les restrictions de voyage ont entraîné une baisse massive du  trafic et, par conséquent, de lourdes pertes économiques. Notre direction doit ainsi adapter son orientation stratégique et sa planification des ressources pour garantir notre compétitivité à long terme. Dès le printemps, l’aéroport de Munich a ainsi réagi à la situation par des mesures ciblées. Nous avons pu limiter les pertes économiques pour l’année en cours avec le chômage partiel, la fermeture de certains terminaux, la stricte limitation des dépenses et le report de nos investissement.

Quels développements sur le réseau au cours des prochains mois ? Le trafic intercontinental est-il toujours d’actualité ? Les compagnies low-cost peuvent-elles se substituer aux transporteurs premium sur certains segments ?

A. von P. – Le trafic touristique et VFR (Visiting Friends and Relatives) devrait être le plus rapide à reprendre, principalement vers le bassin méditerranéen. On a même des premières annonces concrètes de nouvelles lignes comme par exemple celles d’Air Dolomiti vers Forli et Cuneo en Italie et vers Aarhus au Danemark. La situation est plus difficile pour les voyages long-courriers. En raison des mises en garde des pays, la plupart des destinations intercontinentales ont été retirées des programmes. Il reste donc à voir dans quelle mesure une reprise se produira ici dans les prochains mois. Bien sûr, Munich offre également des perspectives attrayantes pour le trafic low-cost. Cependant, il n’est pas encore possible d’évaluer si ce trafic augmentera de façon plus intense que d’autres segments après la crise.

Comment le hub de Munich peut-il redevenir attractif alors que de nombreux passagers souhaitent désormais des lignes directes ? 

A. von P. – En collaboration avec Lufthansa, nous voulons préserver le statut de Munich comme carrefour aérien majeur en Europe. En tant qu’aéroport « cinq étoiles », Munich bénéficie déjà d’une excellente réputation. C’est notamment vrai pour les passagers en transfert. Une fois la crise surmontée, nous voulons reprendre les méthodes qui ont contribué à notre succès dans le passé : amélioration permanente de la qualité de service et de passage dans notre aéroport. Nous utiliserons les nouvelles technologies pour rendre progressivement l’expérience de voyage plus facile et plus agréable pour nos passagers. Cela comprend, par exemple, le passage sans contact aux contrôles de sécurité et aux portes d’embarquement avec la reconnaissance faciale biométrique, ou encore le paiement sans contact.

Comment l’aéroport peut-il aider à stimuler le trafic d’affaires ?

A. von P. – L’ampleur de la reprise des voyages d’affaires dépendra moins de l’offre des aéroports et des compagnies aériennes que des politiques de voyage des entreprises. Celles-ci ont pu, en 2020, juger des possibilités, mais aussi des limites de la technologie moderne de vidéoconférence. D’après mon expérience personnelle, je tire deux enseignements avec la crise. Premièrement, certains voyages peuvent certainement être remplacés par une réunion virtuelle. Deuxièmement, qu’une rencontre virtuelle ne peut être compensée par la qualité particulière d’une rencontre personnelle. Aussi, les voyages d’affaires continueront également à avoir de bonnes perspectives de développement.