Aigle Azur : qui remplira la place laissée vide sur l’axe France-Algérie ?

Alors qu’Air France et son partenaire le groupe Dubreuil ont finalement renoncé à reprendre la compagnie Aigle Azur, la question se pose : qui pourrait combler le vide laissé par la compagnie, en particulier sur l’axe France-Algérie ?

Aigle Azur
Avec la suspension des vols d’Aigle Azur, un faisceau particulièrement important pour le marché français se retrouve privé d’un tiers de sa capacité en sièges : l'axe France-Algérie

Avec la suspension des vols d’Aigle Azur, un faisceau particulièrement important pour le marché français se retrouve soudainement privé d’un tiers de sa capacité en sièges, celui entre la France et l’Algérie. Selon les statistiques annuelles de la DGAC, le trafic entre les deux pays a représenté 4 555 767 passagers en 2018, un chiffre en baisse de 4,1% par rapport à 2017 – soit 4,8 millions de passagers. Sur les sept premiers mois de l’année, la DGAC rapporte de nouveau un trafic passagers en baisse de 2,4% avec 2,5 millions de passagers. Cette médiocre performance est notamment liée à l’instabilité politique qui secoue depuis décembre dernier le pays, avec des répercussions sur les mouvements de voyageurs.

L’axe France-Algérie constitue cependant la seconde plus importante source de trafic passagers entre la France et l’Afrique juste derrière les liaisons France-Maroc qui représente plus de 6,2 millions de passagers et loin devant celles entre la France et la Tunisie avec 3,2 millions de passagers. Près d’une soixantaine de vols quotidiens relient de fait une douzaine de villes françaises à un nombre équivalent en Algérie.

Cet axe est certes dominé par le trafic « VFR » (« Visit Friends and relatives »). Mais les relations économiques entre la France et l’Algérie ont retrouvé de la vigueur ces dernières années et l’on peut penser que 20% du nombre total de passagers entre les deux pays est généré par des hommes d’affaires.

Jusqu’à la disparition d’Aigle Azur, cinq transporteurs se partageaient la desserte de ce faisceau. Air Algérie et Tassili Airlines pour l’Algérie ; Aigle Azur, Air France et ASL pour la France. L’acteur dominant reste cependant la compagnie nationale Air Algérie. L’an dernier, le transporteur national disposait d’une part de marché de 58,3% équivalente à 2,65 millions de passagers. Air Algérie desservait à l’été 2019 dix villes françaises depuis dix destinations algériennes avec 50 lignes aériennes.

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Sur le seul axe Paris-Alger, Air Algérie proposait durant l’été neuf fréquences quotidiennes sur Roissy et Orly. La compagnie assure aussi une forte présence à Lyon et Marseille, les deux métropoles régionales bénéficiant chacune de vols vers dix destinations en Algérie. Aigle Azur était le second transporteur le plus important avec plus d’un million de passagers annuels en la France et l’Algérie. Ce printemps, la compagnie proposait ainsi une quinzaine de liaisons au départ de cinq villes françaises (Paris, Lyon, Marseille, Mulhouse/Bale et Toulouse) vers six villes d’Algérie (Alger, Béjaïa, Constantine, Oran, Sétif et Tlemcen). Sur un programme de 300 vols hebdomadaires, un tiers concernait l’axe France-Algérie.

La présence des trois autres compagnies sur l’axe France-Algérie reste relativement modeste. Air France ne dessert qu’Alger et Oran depuis Paris CDG, offrant jusqu’à six vols quotidiens sur les deux villes. ASL – qui avait signé un accord de coopération avec Aigle Azur – dessert de trois à cinq fois par semaine la ligne Paris CDG-Alger tandis que Tassili Airlines propose des vols depuis Nantes et Strasbourg vers Alger, Constantine et Oran.
La disparition d’Aigle Azur devrait laisser le champ libre à la concurrence et particulièrement à Air Algérie. Cette dernière a d’ailleurs déjà annoncé le lancement fin octobre d’une nouvelle ligne Lille-Constantine à raison de deux fréquences hebdomadaires et a repris temporairement la ligne Bâle/Mulhouse-Alger, exploitée précédemment par Aigle Azur.

Quant à Air France, son retrait du dossier Aigle Azur – justifié par une situation financière et sociale beaucoup plus complexe qu’initialement envisagée – pourrait tout de même se traduire par l’attribution de fréquences d’Aigle Azur, dans le cas de sa liquidation totale, dont certaines liaisons sur l’Algérie.

Il reste cependant encore quatre offres de reprise en lice, dont le retour dans le jeu du tandem Philippe Micouleau-Lionel Guérin, qui avait les faveurs des syndicats d’Aigle Azur et qui s’engageait a reprendre la totalité des actifs de la compagnie avec un prêt de l’Etat de 15 millions d’euros. Les autres offres sont celles de l’actionnaire Gérard Houa, de la compagnie low-cost espagnole Vueling et d’un investisseur privé… Le tribunal de commerce se prononcera sur le cas Aigle Azur dans une semaine.

Liaisons entre l’Algérie et la France :

Air Algérie :

  • Alger vers Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Nice, Paris CDG et Orly, Toulouse
  • Annaba vers Lyon, Marseille, Paris CDG et Orly
  • Batna vers Lyon, Marseille, Paris Orly
  • Bejaia vers Lyon, Marseille, Paris Orly
  • Biskra vers Lyon, Paris CDG et Orly
  • Chlef vers Paris CDG et Orly
  • Constantine vers Lyon, Marseille, Metz, Mulhouse, Nice, Paris CDG et Orly, Toulouse
  • Oran vers Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Paris CDG et Orly, Toulouse
  • Sétif vers Lyon, Marseille, Paris CDG et Orly
  • Tlemcen vers Lyon, Marseille, Paris CDG et Orly

Air France :

  • Alger vers Paris CDG
  • Oran vers Paris CDG