Des territoires immenses avec des pays parmi les plus peuplés de la planète, comme le Brésil ou le Mexique, et une infrastructure terrestre encore souvent déficiente… Tels sont les éléments qui ont contribué à l’essor du transport aérien en Amérique latine. Il n’est donc pas étonnant que certaines compagnies opérant dans la région fassent partie des plus anciennes du monde. Par exemple, la création de la compagnie aérienne de Colombie, Avianca, remonte à 1919, celle de Mexicana, à 1921 ; la brésilienne Varig vient, de son côté, de célébrer ses 80 ans.
Peut-être est-ce dû à l’esprit “pionnier” que l’Amérique latine semble être une terre très propice à la création de compagnies aériennes. Les compagnies y apparaissent, disparaissent, changent de propriétaires dans des rebondissements dignes des meilleures telenovelas brésiliennes. Cas typique parmi des dizaines, celui de la vente d’Aeromexico. Celle-ci était gérée depuis plusieurs années par le Cintra, auquel appartenait Mexicana ; les deux compagnies se sont séparées en 2005, suite à la vente de Mexicana. Laquelle s’est proposée d’acquérir en août dernier Aeromexico et de fusionner avec elle. Finalement, Aeromexico a échu en octobre à un autre groupe soutenu par Citibank. Mais Mexicana annonce déjà ne pas avoir dit son dernier mot… De fait, en Amérique latine, les transporteurs nationaux sont souvent au bord de la faillite, mais aussi régulièrement sauvés in extremis. Ce fut le cas d’Aerolineas Argentinas (2001-2002) et plus récemment du brésilien Varig (2006). Seule la compagnie nationale du Venezuela,Viasa, aura été balayée par la crise économique et, il faut bien le dire, par une gestion des plus hasardeuses (1997).Du coup, chaque pays compte en moyenne trois ou quatre compagnies, y compris les pays les moins peuplés. Par exemple, l’Uruguay – 3,5 millions d’habitants – recense quatre compagnies aériennes !
L’ALTA, Association latino-américaine des compagnies aériennes, réunit cependant les 36 compagnies les plus importantes de la région, représentant 92 % du trafic total passagers dans la région. Ce qui s’est traduit, en 2006, par quelque 93,5 millions de passagers, un chiffre en hausse de 3,9 %. Les huit premiers mois de 2007 montrent une reprise du trafic, puisque le nombre de passagers est en hausse de près de 7 %.Avec la réintégration d’Aerolineas Argentinas dans l’ALTA, cette dernière a toutes les chances d’atteindre le cap des 100 millions de passagers en fin d’année.
Aeromexico domine au nord
Cette multitude de transporteurs aériens pourrait rendre les voyageurs perplexes. En fait, deux très gros marchés dominent la région : le Mexique au nord et le Brésil au sud. Sur les dix routes intralatines les plus fréquentées en 2006, cinq concernent des lignes domestiques brésiliennes et trois des lignes domestiques mexicaines. Le gâteau latino se répartit en réalité entre huit compagnies : Aerolineas Argentinas,Aeromexico, Avianca,COPA, le brésilien GOL, le groupe Lan, Mexicana et TAM. En Amérique centrale,Aeromexico se distingue largement de ses rivales. Avec ses neuf millions de passagers annuels, la compagnie est certes talonnée par l’autre géant du pays, Mexicana (8,5 millions de passagers), propriété du groupe hôtelier Posadas. Mais Aeromexico est la seule à avoir aujourd’hui une assise globale.
Mexicana vole uniquement sur l’Amérique et ne fait plus partie d’une alliance depuis son départ en 2004 de Star Alliance. Membre de Skyteam depuis la création de l’alliance en 1999,Aeromexico a en revanche un réseau qui s’étend à l’Europe mais aussi à l’Asie. Elle seule assure une ligne entre l’Amérique latine et le Japon. Au total, Aeromexico dessert 75 destinations avec sa flotte de 70 avions. Elle devrait continuer à conserver son avance sur les lignes internationales avec l’entrée en service de Boeing 787-8 Dreamliner, à l’horizon 2011.
Le seul rival potentiel d’Aeromexico en Amérique centrale est la compagnie COPA. Basée à Panama, elle n’a certes transporté que 2,5 millions de passagers en 2006. Mais elle entretient une très forte relation avec Continental Airlines, bénéficiant de synergies de flottes et de réseau avec le transporteur américain. En septembre, la compagnie est devenue membre associé de Skyteam. Offrant des vols sur 41 destinations,COPA a l’ambition de transformer sa base aéroportuaire de Panama en plaque tournante internationale. Rebaptisé “Hub des Amériques”, le hub régional offre des temps de transfert parmi les plus courts entre le nord, le centre et le sud du continent américain. Le temps de transit est en moyenne d’une heure, les passagers passant d’un avion à l’autre en évitant les formalités d’immigration et de douanes.
Panama va encore gagner en puissance suite à un accord de partage de code avec Air France-KLM qui se concrétisera en mars par l’ouverture de trois vols hebdomadaires d’Amsterdam. L’entrée de COPA dans Skyteam se concrétise aussi par un accord de coopération avec Aeromexico. Les deux compagnies viennent de lancer des vols reliant Mexico et Cancun au hub de Panama.
Le groupe lan domine au sud
C’est plutôt au sud du continent que la concurrence est la plus forte. La région est certes dominée par le géant brésilien ; mais autour du Brésil, gravitent d’autres compagnies aériennes qui cultivent de grandes ambitions internationales. À commencer par la Colombie et son transporteur national Avianca. Celle-ci veut tirer profit de la position de carrefour de Bogota, à michemin entre le Pérou et l’Équateur au sudouest, le Venezuela et le Brésil à l’est. Avec 7,5 millions de passagers transportés en 2006,Avianca propose des vols sur 42 destinations, dont 26 internationales. En 2004, la compagnie est sortie de la faillite avec l’entrée dans son capital d’un groupe brésilien qui contrôle déjà plusieurs opérateurs aériens : Ocean Air au Brésil, VIP en Équateur et Wayra au Pérou. Le coeur du dispositif aérien de ce puissant actionnaire, qui exploite notamment des plates-formes pétrolières et de gaz, reste pourtant Avianca. La compagnie veut revenir en force sur l’Europe en 2008 avec des vols prévus depuis Bogota sur Francfort, Londres et Paris. Elle est également soutenue par Delta Airlines pour se joindre à Skyteam à l’horizon 2009.
Extension européenne
Lui fait cependant face un groupe aux grandes ambitions : LAN Airlines. Avec une stratégie qui rappelle celle du transporteur scandinave SAS, Lan Chile a depuis 2004 systématiquement racheté ou créé des compagnies dans la région, regroupées dans une entité “LAN Airlines”. LAN Chile contrôle ainsi LAN Peru (70 %), LAN Dominicana (49 %), LAN Ecuador (45 %), LAN Argentina (49 %), LAN Express (99 %) ainsi que deux compagnies de fret, l’une au Mexique, l’autre en Floride.
Le groupe a transporté l’an passé 9 millions de passagers. LAN Chile est depuis 2000 membre de l’alliance Oneworld et a été rejointe cette année par ses filiales LAN Argentina et LAN Ecuador. La compagnie dispose de l’une des flottes les plus modernes du continent. Elle vient de recevoir des Airbus A318 pour son réseau domestique et régional, et elle prendra livraison, à partir de 2011, de 32 Boeing 787 Dreamliner destinés à son réseau intercontinental. En Europe,LAN Chile devrait débuter des vols sur Londres en 2008, sa troisième escale après Francfort et Madrid, tandis que LAN Argentina pourrait se lancer sur Buenos Aires-Rome.
Le lancement de vols vers l’Europe par le groupe LAN n’est pas un hasard. La forte croissance du groupe a été favorisée par les difficultés du transporteur Aerolineas Argentinas. En quasi-faillite en 2001, l’ancien poids lourd de la région a été racheté par le groupe espagnol Marsans et commence à relever la tête. Aerolineas vient d’annoncer l’acquisition de 61 Airbus, comprenant les deux derniers-nés de l’avionneur européen, l’Airbus A350 et l’Airbus A380. Aerolineas Argentinas sera ainsi la seule compagnie d’Amérique du Sud à intégrer le superjumbo dans sa flotte. En Europe, Aerolineas vole directement sur Madrid et Rome. Et assure des vols en transfert sur Paris et Londres avec la filiale espagnole du groupe Marsans, Comet Air.
Compétition au brésil
Reste le Brésil, géant à la fois sur les vols domestiques et internationaux. Longtemps, cette puissance aérienne a été symbolisée par le transporteur national Varig. Mais le choc se produisit en 2005 et 2006.Avec des dettes de plus de 2,5 milliards de dollars, la compagnie s’est retrouvée en dépôt de bilan, incapable de payer ses créanciers, notamment ceux qui lui louaient les avions… À la mi-2006, la compagnie fermait l’ensemble de ses lignes à l’exception de sa navette Rio-Sao Paulo. Les repreneurs se succédèrent jusqu’à l’arrivée du transporteur low cost GOL, étoile montante au Brésil. En mars 2007, Varig passait finalement dans le giron de GOL.
Depuis, la compagnie retrouve peu à peu ses marques. Varig compte six Boeing 767 récents en service sur ses 18 lignes internationales et devrait après 2010 mettre en service des Boeing 787. Les avions supplémentaires surtout ont favorisé le retour de Varig en Europe cet hiver. La compagnie vient de rouvrir ses vols sur Rome-Paris et sur Londres ; elle prévoit aussi un come-back à Madrid, à Milan et, à la fin 2008, à Copenhague. Le produit de bord sur les vols intercontinentaux a été cependant modifié, les avions n’offrant qu’une configuration deux classes : business et économie.
Sur l’Europe, Varig doit cependant composer avec TAM, devenu l’un des principaux transporteurs internationaux du pays, notamment en récupérant le trafic de son concurrent malheureux. Avec une soixantaine de destinations et l’une des flottes les plus jeunes d’Amérique latine (près de 100 appareils âgés en moyenne de sept ans),TAM continue d’affirmer ses ambitions intercontinentales avec l’acquisition d’Airbus A330, A340 et surtout le futur A350 dont la compagnie a pris des options pour 20 appareils. Au cours des derniers mois,TAM a reçu l’autorisation de desservir Francfort, Madrid et Milan, et propose des vols sur cinq villes brésiliennes depuis Paris-CDG.TAM est désormais courtisée par Skyteam et Star Alliance. La compagnie devrait prendre une décision d’ici au début 2008 sur un futur partenaire.
L’intégration de la plupart des principales grandes compagnies latino-américaines dans les grandes alliances prouve que l’Amérique latine est redevenue un marché prometteur. À en croire les études de Boeing, la hausse annuelle moyenne dans cette partie du monde devrait s’établir autour de 6,9 % sur les vingt prochaines années. Ce qui placerait l’Amérique latine en seconde position derrière la Chine pour la croissance.
Meilleur service au sol et en vol
Pour les passagers, l’intégration dans les alliances est également le gage d’un service de haut standard. L’émergence de grands transporteurs en Amérique latine s’est en effet traduite par une amélioration de la qualité de service au sol et en vol. Pour preuve, Aeromexico, COPA, LAN Airlines et TAM apparaissent régulièrement au palmarès des compagnies offrant le meilleur service dans la région.
Les grands aéroports internationaux ont été pour la plupart rénovés ou sont sur le point de l’être. Au sol, l’e-check-in, les kiosques en self-service, les transferts rapides ou les salons d’affaires intégrant le wi-fi sont devenus usuels ; en cabine, presque toutes les classes affaires sont dotées de sièges-couchettes et de vidéos interactives. À des tarifs très attractifs, concurrence oblige !




















