Royaume-Uni, Etats-Unis : la vaccination comme moteur de la relance

Le Royaume-Uni qui rouvre ses pubs en attendant les hôtels et autres lieux publics, les voyages domestiques en train de repartir rapidement aux Etats-Unis : les effets de la vaccination se font sentir sur le secteur touristique.
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(c) London & Partners

« Le lundi 12, je me rendrai moi-même au pub, et je porterai, prudemment mais irrémédiablement, une pinte de bière à mes lèvres. » Les Britanniques auront sans doute prêté une oreille attentive à cette annonce de la conférence de presse de Boris Johnson le 5 avril dernier. Le Premier ministre britannique a officiellement confirmé cette avancée majeure : la réouverture des pubs dès le début de la semaine prochaine. Tout du moins en terrasse et avec obligation pour les clients de rester assis à table, distanciation sociale oblige, mais sans que leur temps soit limité par un couvre-feu ou qu’il soit nécessaire de servir un vrai repas en même temps que de l’alcool. Pour le seul plaisir d’une pint of real ale.

La réussite de la campagne de vaccination avec 31 millions de personnes ayant reçu au moins une dose, ses conséquences positives sur les hospitalisations et le nombre de décès : tout cela permet au gouvernement britannique d’envisager comme prévu une deuxième phase de réouvertures après celle des écoles le 8 mars dernier.

Boris Johnson a ainsi dévoilé une nouvelle feuille de route, baptisée « COVID-19 Response – Spring 2021 », qui organise la reprise de nombreuses activités : « Le résultat clair de vos efforts et du déploiement du vaccin fait que je peux aujourd’hui confirmer qu’à partir du lundi 12 avril, nous passerons à la deuxième étape de notre feuille de route – la réouverture des magasins, des gymnases, des zoos, des campings, des lieux de soins personnels tels que les coiffeurs et, bien sûr, des pubs et des établissements de plein air de toutes sortes. »

Le Royaume-Uni profite d’une bouffée d’air bienvenue, même si le télétravail est toujours largement conseillé et les voyages à l’étranger restreints aux seuls motifs impérieux au moins jusqu’au 17 mai prochain, date prévue pour la phase 3 du plan gouvernemental marqué par la réouverture d’autres lieux tels que l’intérieur des pubs et des restaurants, les hôtels, les cinémas ou encore les musées.

De quoi entretenir quelques lueurs d’espoir pour le secteur touristique et événementiel, d’autant que le gouvernement va étudier en parallèle les conditions de relance des grands rassemblements à travers son « Events Research Programme« . Ce programme pilote servira à mener des recherches scientifiques sur la manière dont les événements de petite et de grande envergure pourraient être autorisés à rouvrir en toute sécurité dans le cadre de l’étape 4, qui débutera au plus tôt le 21 juin.

Différentes approches en matière de distanciation sociale, de protocoles de tests à l’entrée, mais aussi de certification sanitaire, seront étudiées en particulier lors de grandes rencontres sportives, 4000 personnes étant attendue lors de la demi-finale de la coupe d’Angleterre de football le 18 avril, et même 20000 supporters pour la finale de cette fameuse FA Cup à Wembley le 15 mai. « Nous aspirons tous à voir des stades pleins de supporters sportifs et des concerts remplis de mélomanes, mais alors que nous poursuivons le déploiement de notre programme de vaccination, nous devons trouver un moyen de le faire en toute sécurité« , a déclaré le ministre de la Santé, Matt Hancock.

Les championnats du monde de snooker à Sheffield serviront à tester un décor de théâtre, examen annoncé comme « déterminant » par les autorités, notamment pour étudier le fonctionnement futur des théâtres, des lieux de concerts de musique live, des grands mariages, mais aussi des centres de conférence. « Ces essais pilotes sont une nouvelle positive pour l’hôtellerie et la restauration, et pourraient commencer à débloquer le retour des conférences d’affaires (…) en aidant les gens à retourner en toute sécurité à la vie normale à partir du 21 juin et à la suppression des restrictions de distanciation sociale« , a commenté Kate Nicholls, directrice générale de UKHospitality.

Un tel test grandeur nature aura-t-il un jour lieu en France ? Un concert d’Indochine à l’AccorHotels Arena de Paris avait été un temps envisagé en mars, puis repoussé en avril, et maintenant sans doute en mai. « On nous a contacté effectivement pour faire ce concert-test. On veut le faire, pour aider toute la profession, pour démontrer, comme à Barcelone, Amsterdam, qu’aller dans un concert (avec masques, ndlr), ce n’est pas risqué. Nous sommes prêts, nous attendons le signal des autorités » , a expliqué Nicola Sirkis, le chanteur du groupe à l’AFP le 7 avril, cité par Franceinfo.

L’annonce par Emmanuel Macron d’un calendrier de réouverture progressive à partir de la mi-mai pour la culture, le sport, les loisirs, l’événementiel, les cafés et restaurants a ouvert quelques perspectives pour tous ces secteurs sinistrés par la pandémie. Tout en restant méfiant quant à la réalisation effective de cette reprise aux dates évoquées, l’UNIMEV (l’Union Française des Métiers de l’Evénement), a noté que « l’horizon de la mi-mai, rendu possible par l’intensification d’une vaccination de masse, permet enfin de se projeter et donc d’apercevoir la lumière au bout du tunnel » .

Comme le Royaume-Uni, les pays les plus largement avancés dans leur campagne de vaccination offrent de réelles perspectives pour une reprise rapide du tourisme, au moins au plan domestique. Les Etats-Unis le démontrent également, chiffres à l’appui, avec 40000 nouveaux emplois créées dans l’hôtellerie en mars dernier, une fréquentation des hôtels qui dépasse depuis peu les 60 % ou le nombre de passagers aux contrôles des aéroports avec un million de voyageurs chaque jour de la semaine dernière et un pic de 1,6 million le jeudi 1er avril. Certes, c’est encore bien en deçà de la moyenne des 2 millions de passagers quotidiens atteintes en 2019, mais ces chiffres démontrent la possibilité d’une reprise rapide des voyages une fois que les conditions redeviennent propices grâce à la vaccination.

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Aéroport de Houston (Photo: DR-Wikicommons)

En fin de semaine dernière, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) – les centres de contrôle et de prévention des maladies américains – ont mis à jour leurs conseils aux voyageurs. Après études sur les effets de la vaccination, les CDC recommandent que les personnes entièrement vaccinées puissent voyager aux États-Unis sans subir de test Covid ou se mettre en quarantaine. « Les personnes entièrement vaccinées peuvent voyager à l’étranger sans passer de test COVID-19 avant le voyage, sauf si la destination internationale l’exige », ont-ils également ajouté. Bien sûr, les gestes barrières – masque, distanciation, gel hydroalcoolique – sont toujours de rigueur, mais quel changement ! « Nous continuons d’encourager tous les Américains à se faire vacciner dès que c’est leur tour, afin que nous puissions commencer à reprendre notre vie quotidienne en toute sécurité », a déclaré le Dr Rochelle Walensky, directrice du CDC.

Israël, modèle en la matière avec plus de la moitié de sa population doublement vaccinée, a pu entamer grâce à cela la troisième phase de son plan de déconfinement début mars avec la relance des événements culturels et familiaux, la réouverture des hôtels et restaurants. Un retour à la « quasi » normale encadré par ce fameux « passeport vert », sésame qui ouvre par exemple l’accès aux sites touristiques ou aux réceptions, celles-ci étant limitées à 300 personnes et 50 % d’occupation de l’espace. Seuls 5% de participants non-vaccinés sont autorisés à y participer sur présentation de résultats de tests négatifs. Quant aux restaurants, ils sont accessibles tous en extérieur, mais seuls les détenteurs du passeport vert peuvent rendre place en intérieur.

Si les systèmes de certification sanitaire, tels le certificat vert lancé par l’Union Européenne ou les pass digitaux qui fleurissent dans le monde aérien, se mettent en place pour fluidifier les voyages et les passages de frontière, les initiatives visant à faciliter à la vie de tous les jours se multiplient. L’Etat de New York a lancé le 2 avril son pass digital Excelsior, qui permet à ses utilisateurs volontaires d’accéder plus facilement aux stades, salles de concerts et théâtres, mais aussi d’assister à des événements privés. Au Danemark, depuis le 6 avril, certains petits commerces – les coiffeurs, les salons de beauté ou encore les auto-écoles – sont accessibles aux utilisateurs du « coronopass », disponible via une application sécurisée ainsi qu’en format papier.

Au Royaume-Uni, ce type de solution sera testé lors du programme de recherche sur les événements « Events Research Programme » et le gouvernement envisage aussi le lancement d’un passeport sanitaire : « Le gouvernement estime que la certification du statut COVID pourrait avoir un rôle important à jouer tant au niveau national qu’international, en tant que mesure temporaire. Il est juste que le gouvernement fournisse un moyen de démontrer facilement le statut COVID, afin de s’assurer que les citoyens et résidents britanniques ne se voient pas refuser la possibilité de voyager ou d’assister à certains lieux ou événements. » Reste que la présentation de ce projet a soulevé l’opposition de plus de 70 députés de tous bords, qui le juge soit « discriminatoire » soit de faible intérêt une fois qu’une grande majorité de la population sera vaccinée.

Quelle sera l’option choisie par le gouvernement français à la fin de cette nouvelle période de confinement pour accompagner le calendrier de réouvertures annoncé par le président de la République ? Mystère…