
Elle aurait du ouvrir originellement en 2026, reliant en seulement 90 minutes Kuala Lumpur à Singapour, contre plus de 4 heures en voiture. Formellement signée par les premiers ministres de la Malaisie et de Singapour en 2013, la liaison « MyHSR » (« Malaysia High Speed Rail ») de 350 km aurait du se substituer en grande partie aux liaisons aériennes.
La ligne Kuala Lumpur-Singapour reste en effet l’une des plus importantes d’Asie. Avant le Covid, elle attirait plus de 5,5 millions de passagers. En 2022, elle a de nouveau enregistré 2,5 millions de passagers.
L’an dernier, elle restait la première ligne aérienne de l’aéroport de Singapour avec 4,9 millions de sièges. Ce qui lui confère également le titre de première ligne internationale dans le monde en capacité sièges, selon le consultant OAG.
Un projet totalement privé
Les chiffres pourtant n’y firent rien. Face au coût jugé prohibitif (17 milliards de dollars) par l’ancien premier ministre Mohammad Mahathir, le projet avait, en 2018, été repoussé à 2031. Pour finalement, être totalement abandonné en 2020.
Mais voici que l’actuel gouvernement du Premier Ministre Anwar Abrahim reprend l’idée du MyHSR. Le lancement de l’appel d’offre a déjà attiré sept premières propositions du secteur privé.
C’est en fait la grande différence avec les projets précédents. Le gouvernement malaisien se trouve fortement endetté et ne souhaite pas s’impliquer dans le financement. Il encourage le secteur privé à réaliser le projet. On estime que son coût avoisinerait désormais 25 milliards de dollars.
Les premiers intéressés sont des consortiums internationaux. On recense ainsi China Railway Construction, le Coréen Hyundai Rotem – une unité de Hyundai Motor spécialisée dans les chemins de fer et la défense, – et des conglomérats locaux tels que MMC, Gamuda, YTL, WCT Holdings et Berjaya.
MyHSR, l’entité publique qui dirige le projet, doit maintenant présélectionner 3 ou 4 consortiums pour la phase suivante. La procédure adoptée sera ensuite une présentation au cabinet du Premier Ministre qui, à son tour, la présentera à Singapour. A la cité-Etat de se déterminer sur une participation ou non à la future ligne.
Une aubaine pour Johor Bahru, ville frontière
Rien n’est moins sûr quant à l’implication de Singapour. Les atermoiements de la Malaisie sur le projet ont quelque peu échaudé la ville-Etat. Le gouvernement singapourien a annoncé l’an dernier bien volontiers étudier sur le nouveau projet. Mais si Singapour finalement ne souhaite pas faire partie de l’aventure, la ligne s’arrêterait alors à Johor Bahru. Cette métropole de 500 000 habitants n’est en effet séparée de Singapour que par un pont de 1,05 km enjambant un bras de mer.
Johor Bahru a de fait le vent en poupe. Déjà parce que le nouveau roi de Malaisie est aussi le Sultan de cet état du sud. Et qu’il a, dès sa prise de fonction, annoncé vouloir relancer le projet.
Johor Bahru s’affirme comme une zone économique stratégique pour la Malaisie qui souhaite promouvoir la cité et ses environs comme une destination régionale pour les investisseurs. Côté Singapourien, Johor Bahru apparaît de plus en plus comme une extension naturelle à la cité-Etat, dont le territoire n’est pas extensible à l’infini. Ainsi en janvier dernier, les gouvernements malaisien et singapourien ont signé un protocole d’accord pour développer conjointement une zone économique spéciale à Johor Bahru afin d’en faire un nouveau moteur de croissance.
« Nous voulons finaliser [la proposition] le plus rapidement possible, avec un peu de chance au cours des trois ou quatre prochains mois« , a déclaré un fonctionnaire malaisien au magazine asiatique Nikkei Asia. Le feuilleton continue…




















