Projet Envergure : la reconversion hôtelière d’un A380

A Toulouse, à proximité de l'aéroport et du parc des expositions MEETT, un ancien ingénieur d'Airbus a pour projet de reconvertir en hôtel trois étoiles un A380 promis au démantèlement.
A Toulouse, le projet Envergure entend reconvertir un A380 en hôtel de 31 chambres et suites.
A Toulouse, le projet Envergure entend reconvertir un A380 en hôtel de 31 chambres et suites.

Dans l’air du temps, le recyclage ? Assurément, l’idée gagnant chaque jour du terrain pour tout ce qui est meubles, vêtements, plastiques et autres matériaux usagers. Dans cette volonté d’upcycling, le projet Envergure voit encore plus grand. Alors que l’Airbus A380 est poussé à la retraite par de nombreuses compagnies, Frédéric Deleuze entend donner une seconde vie à un de ces appareils promis au démantèlement. Basé à Toulouse, cet ancien ingénieur de l’avionneur s’est fixé comme reconversion de carrière sa transformation en hôtel trois étoiles de 31 chambres et suites.

Alors que l’établissement devrait ouvrir ses portes à l’horizon 2024, le projet n’en est aujourd’hui qu’au stade de la phase de faisabilité technique et économique, les conclusions étant attendues d’ici la fin du premier trimestre. « Nous attendons également la validation pour l’obtention du terrain qui devrait arriver dans les mêmes délais« , précise Frédéric Deleuze. Un terrain parfaitement en ligne avec cette reconfiguration d’un A380, puisque situé dans la zone d’activité aéronautique, dans la zone Nord de l’aéroport de Toulouse-Blagnac et à proximité immédiate du musée Aeroscopia.

Le futur hôtel cible naturellement les touristes curieux et les passionnés d’aviation, mais aussi une importante clientèle d’affaires de par cette localisation au coeur d’une zone business et la proximité du nouveau parc des expositions MEETT. « D’après les études de marché réalisées, et les discussions que j’ai pu avoir, on peut dire que le B2C et le B2B seront de l’ordre de 50-50« , estime Frédéric Deleuze, qui s’est entouré d’amis spécialisés dans l’architecture ou l’hôtellerie-restauration pour mûrir ce projet soutenu également par la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Toulouse et le Fond Tourisme Occitanie.

Retraite active pour un A380

Pour compléter l’expérience, le projet Envergure accolera à l’hôtel-avion un restaurant bistronomique de 60 couverts au sein d’un bâtiment reprenant la métaphore d’une tour de contrôle. Proposant une carte réduite autour de produits locaux et de saison, le lieu sera prolongé par une grande terrasse offrant une vue sur l’A380, le tout pouvant être privatisé pour des événements professionnels. « Le concept s’y prête bien !« , souligne d’ailleurs Frédéric Deleuze.

Pour originale qu’elle soit, son idée n’est pas totalement neuve, le monde comptant une demi-douzaine d’exemples d’hôtels-avions. Des expériences insolites qui vont d’un ancien B727 définitivement posé au coeur de la canopée costaricienne – l’Hotel Costa Verde – à un Iliouchine de l’ex compagnie est-allemande Interflug transformé en suite de luxe sur l’aéroport de Teuge aux Pays-Bas, en passant par un Bristol Freightor de la guerre du Vietnam en Nouvelle-Zélande. Plus près de nous, le camping du Haut-Village, à Saint-Michel-Chef-Chef, s’est aussi fait la spécialité de ces reconversions avec deux petits avions, un Skylander et un Grumman Gulfstream, devenus des hébergements familiaux, tandis qu’à Xertigny, dans les Vosges, c’est une ancienne Caravelle de Corsair qui a été aménagée en loft pour recevoir jusqu’à huit personnes.

Toutes ces idées ont-elles inspiré l’ancien ingénieur d’Airbus ? « Les choses se sont faites dans l’autre sens, explique-t-il. J’ai d’abord imaginé le concept et j’ai ensuite regardé si d’autres choses se faisaient sur un modèle équivalent. » Rien, parmi ces exemples à dominante loisirs, n’a l’envergure du projet toulousain, si ce n’est un autre qui s’en approche de par sa localisation – l’aéroport de Stockholm Arlanda – et la taille de l’avion : un Boeing 747 portant le fanion de Singapore Airlines dans les années 70.

Le JumboStay, à l'aéroport de Stockholm Arlanda.
Le JumboStay, à l’aéroport de Stockholm Arlanda.

Ouvert en 2009, l’établissement baptisé Jumbo Stay compte, comme le projet toulousain, une trentaine de chambres. Pour autant, la plupart sont des dortoirs de quatre lits façon auberge de jeunesse, avec un nombre limité de chambres proposant une douche et des wc privatifs, entre autres la suite installée dans le cockpit du 747.

« Le business model est différent, le Jumbo Stay étant plutôt un backpacker« , décrit Frédéric Deleuze. L’Airbus A380 offrant une surface aménageable bien plus importante que le géant du ciel de Boeing, son fuselage pourra abriter des chambres de 16 m2 à 23 m2, contre 6 m2 seulement pour les dortoirs du JumboStay. Toutes offriront le confort attendu par les voyageurs d’affaires avec lit queen size, espace bureau, salle de bains et wc privatifs. Pour plus de confort encore, le projet comprend aussi deux suites de 35 m2 environ : la suite Cockpit, aménagée comme son nom l’indique dans le cockpit de l’avion et dotée notamment d’une salle de bain avec baignoire, et la suite Duplex, à l’arrière de l’avion. Utilisant l’escalier originel de l’A380, elle s’étend sur deux étages et comprend deux chambres, une salle de bain avec WC et un coin bureau.