
Forcément fragilisées, légitimement inquiètes, les compagnies françaises ne sont pas découragées pour autant. La table ronde organisée le 14 mars dans les locaux de la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation et de ses Métiers) n’a d’ailleurs pas versé dans la thérapie de groupe, l’idée étant plutôt d’identifier des pistes constructives pour préparer l’avenir. « Nous avons voulu influer sur les choix du futur président avec beaucoup d’enthousiasme et d’optimisme », assure même Alain Battisti en préambule de la matinée. Pour autant, le Président de la FNAM n’a pas occulté l’impact des événements récents sur une industrie « en souffrance », qui commençait à peine à relever la tête. « La crise du Covid a fait descendre par l’ascenseur les compagnies aériennes à travers le monde. Nous commencions à remonter par l’escalier, donc progressivement et avec beaucoup d’efforts. Et maintenant la guerre en Ukraine nous laisse penser que l’on va rester bloqués sur un palier pendant un bon moment, voire redescendre un peu », résume Alain Battisti. D’autant que les compagnies doivent faire une croix sur une partie des voyageurs d’affaires : « Le trafic business ne repart pas, ou avec une lenteur désespérante, résume Alain Battisti. Et on imagine que ce trafic, pour ce qui est des lignes domestiques, ne reviendra pas au-delà des 70 ou 80 % de ce qu’il était historiquement ».
Avec ce courrier transmis le 4 mars à tous les candidats à l’élection présidentielle – et dont les réponses seront rendues publiques – la FNAM espère donc entamer le prochain mandat sur des bases saines. Même si cela ne signifie pas nécessairement progresser sur les dossiers en souffrance, comme l’a montré le mandat qui touche à son terme… « C’était parti du bon pied avec les Assises du transport aérien », se souvient ainsi Alain Battisti. « Malheureusement, il en est ressorti un alourdissement de la fiscalité, et le reste a été abandonné. Puis la crise du Covid a tout stoppé. On peut donc reprocher au gouvernement actuel un défaut de réforme, mais il n’a pas été aidé par les événements… Il faut tenir compte de la réalité. D’ailleurs ce gouvernement a bien été au rendez-vous pour éviter la disparition pure et simple du secteur aérien français. S’il n’y avait pas eu une intervention rapide de Bercy, nous ne serions plus autour de cette table ».
Conscients que le pire a été évité, les responsables de la FNAM savent aussi que tous les problèmes ne sont pas réglés. D’où cet appel du pied à celui ou celle qui devra demain « solder les comptes ». « La solution à la crise actuelle ne peut pas être de nouveaux prêts, qui accroissent encore l’endettement » prévient Marc Rochet, Président de la Commission Economie et Compétitivité. « Nous appelons à des mesures structurelles, comme le financement des activités régaliennes, qui se traduisent de façon pérenne par une amélioration de nos finances et de notre compétitivité ». Chiffres à l’appui, Laurent Timsit mesure l’ampleur du problème : « sur la période 2020-2022, la dette atteint trois milliards d’euros, dont 700 millions sur la sûreté. Ces trois milliards sont à la charge des compagnies aériennes si l’Etat n’intervient pas pour prendre au moins une partie. Voilà l’enjeu », indique le délégué général de la FNAM.
La question des taxes est donc logiquement dans le collimateur de la FNAM. Mais avec son plaidoyer transmis aux candidats, la FNAM voit plus loin, et à plus grande échelle. A l’image de la question des carburants, et notamment des « SAF » (Sustainable Aviation Fuel), érigés en « urgence » par les responsables de la FNAM. « Le tri dans les différentes solutions qui se présentent, comme l’hydrogène ou les avions électriques, va être fait par le temps assez rapidement. La certification d’un nouvel équipement demande souvent sept ans. C’est un temps long. Alors que nous avons aujourd’hui une urgence, à savoir le développement de la production et de la distribution du SAF », résume Alain Battisti.
Nous en appelons à un Etat stratège, car il y a un enjeu énergétique
De son côté, Pascal de Izaguirre, Vice-Président de la FNAM et Président de la Commission des Affaires Transverses témoigne : « Nous en appelons à un Etat stratège, car il y a un enjeu énergétique : si la France n’est pas capable d’avoir sa propre filière de production alors que l’on sait qu’il y a un horizon inéluctable, et qu’à terme il sera obligatoire d’utiliser ces SAF, cela va poser un problème d’indépendance énergétique. Autre point de l’Etat stratège : développer une filière nouvelle permettrait également de développer l’emploi ». Voilà aussi l’objectif de ce plaidoyer transmis par la FNAM : non seulement donner les moyens aux compagnies aériennes d’assainir leurs finances pour envisager l’avenir un peu plus sereinement, mais aussi positionner la filière comme un possible levier de croissance pour les grands enjeux – et les grandes promesses – débattus durant la campagne. « Nous avons voulu être en résonnance avec les grands thèmes de la campagne présidentielle : le transport aérien est un actif de souveraineté nationale pour la France, et peut constituer un levier pour la réindustrialisation du territoire. Deux thèmes qui sont partagés par la quasi-totalité des candidats », rappelle Pascal de Izaguirre. La balle est désormais dans le camp des postulants à l’Elysée…
Lettre aux candidats : les quatre grands axes de la FNAM
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