
C’est un paradoxe. L’inexorable montée du franc suisse ne semble pas pénaliser l’économie helvétique dans son ensemble et en particulier le secteur de l’hôtellerie. En un an, le franc suisse est passé de 1,07 CHF pour 1 euro à 0,98 CHF ce 6 octobre. Fin juin, le franc suisse avait atteint la parité absolue avec l’euro. Depuis le début juillet, sa valeur se situe au dessus de celle de l’euro, en raison de son statut de « monnaie refuge ». Cette situation pourrait perdurer au moins jusqu’au second semestre 2023 d’après les spécialistes des changes.
Cela pourrait apparaître catastrophique pour les hommes d’affaires se rendant en Suisse, avec le renchérissement automatique des prix dû au seul taux de change. En réalité, le bilan n’est pas si noir. La Banque Nationale Suisse tout comme les grandes institutions financières privées de la confédération estiment en fait que le franc suisse fort aide à ralentir l’inflation.
Une inflation contenue par le franc suisse fort
Selon la BNS, elle atteignait en septembre 3,5% depuis le début de l’année, soit 2,1 points de moins qu’en France. Et trois fois moins par rapport à l’UE (10% selon les estimations Eurostat). Crédit Suisse, l’une des trois grandes banques du pays, indique dans sa dernière note de conjoncture que l’inflation devrait même revenir à 2% en 2023 en raison de la vigueur de la monnaie.
On constate ainsi la même évolution sur les prix de l’hôtellerie helvétique. Selon un porte-parole de l’association Hôtellerie Suisse à l’AFP, la hausse du franc a permis aux hôteliers suisses d’augmenter leurs prix dans des proportions moindres que dans les pays voisins. Et que ces faibles augmentations sont, en grande partie, neutralisées par les fortes hausses des autres pays. « Pour les hôteliers, cela signifie qu’ils devraient même gagner en compétitivité par rapport à l’étranger« , a-t-il expliqué à l’AFP.
Reprise de la demande étrangère pour la destination Suisse
L’hôtellerie suisse bénéficie cette année de la forte reprise du tourisme étranger, après une année catastrophique en 2021. Selon l’office fédéral suisse de la statistique, l’hôtellerie suisse a enregistré 9 millions de nuitées de la part des visiteurs étrangers entre janvier et juillet (+175,2% / +5,8 millions). Soit quatre fois plus que la progression totale – intérieure et internationale – des nuitées (+45%).
Zurich a dépassé de nouveau le million de nuitées étrangères – soit plus que toute l’année 2021 -, Genève a enregistré 0,8 million de nuitées, Bâle 0,37 million, Lausanne 0,22 million et Berne 0,197 million. Ce retour de balance d’une forte demande par rapport à l’offre permet aux prix de rester constants ou d’augmenter légèrement.
Certes, l’hôtellerie helvétique semble moins sensible aux facteurs économiques extérieurs et ne pratique pas la valse des étiquettes. Elle reste néanmoins l’une des plus chères d’Europe. Et cela, bien avant la crise actuelle.




















