Macron : « devenir les champions de l’avion ultra sobre »

En visite dans une usine de Safran, Emmanuel Macron a déclaré son soutien à la décarbonation du transport aérien à travers l'annonce d'investissements dans la recherche et la production de carburant durable.
Emmanuel Macron, lors de sa visite de l'usine Safran de Villaroche, en Seine-et-Marne.
Emmanuel Macron, lors de sa visite de l'usine Safran de Villaroche, en Seine-et-Marne.

Accélérer la décarbonation du transport aérien tout en soutenant un secteur industriel de pointe : Emmanuel Macron s’engage dans le verdissement d’une filière clé pour l’économie française avec comme chefs de file Airbus, Dassault, Safran, Thales côté industriel ou encore Air France et ADP en ce qui concerne les voyages d’affaires. « Nous avons les moyens de devenir les champions de l’avion ultra sobre« , a déclaré le chef de l’Etat lors de sa visite, vendredi matin, de l’usine Safran de Villaroche, en Seine-et-Marne.

Quelques jours avant l’ouverture du salon du Bourget où le Président de la République est attendu lundi, Emmanuel Macron a conclu une semaine consacrée à la souveraineté de la France en tournant son regard vers le monde de l’aérien. Tout d’abord en recevant à dîner à l’Elysée les principaux acteurs de la filière aéronautique et du secteur aérien jeudi soir. L’occasion, sans doute, pour Emmanuel Macron de brosser dans le sens du poil des professionnels effarouchés par la possible hausse des taxes sur les billets premium et l’aviation d’affaires afin de financer la modernisation de son concurrent, le transport ferroviaire.

Mais le chef de l’Etat s’est aussi, et surtout, engagé à soutenir la transition énergétique du secteur à l’occasion de sa visite de l’usine Safran. Un site qui illustre, selon l’Elysée, « l’une des réponses à apporter à la décarbonation de la filière » à travers sa production de moteurs moins gourmands et capables d’incorporer davantage de carburants aériens durables, le moteur LEAP aujourd’hui, le moteur Rise demain. « Il faut réussir la bataille de la décarbonation par l’innovation, a déclaré Emmanuel Macron dans son discours. Votre secteur est un secteur d’avenir, un secteur fort qui exporte partout dans le monde. La France sera encore demain une très grande nation aéronautique. On y croit, on va investir et on va redoubler d’effort« .

Faire advenir cet avion « vert » si essentiel au futur du transport aérien, développer des avions de nouvelle génération si importants pour l’économie française et européenne face à la concurrence des Etats-Unis ou de la Chine : pour cela, l’Etat va consacrer 300 millions d’euros par an à partir de 2024, dédiés aux activités de recherche du Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile (Corac). Soit, selon le chef de l’Etat, un investissement triplé par rapport à la période précédente pour accélérer le développement d’avions moins gourmands à travers de nouveaux matériaux composites et de nouvelles architectures d’appareils et de motorisation.

Si ces aides visent les grands groupes aéronautiques et leur tissu de PME sous-traitantes, l’Etat va aussi accélérer l’aide aux acteurs émergents qui travaillent sur des avions électriques et alimentés à l’hydrogène tels Elixir Aircraft et Beyond Aero. « On y croit beaucoup, a souligné Emmanuel Macron. Il faut aller plus vite et plus fort« . Dans le cadre du plan d’investissement France 2030, 200 millions seront ainsi consacrés à toutes ces start-up innovantes.

Mais le chef de l’Etat est aussi venu apporter une réponse aux grandes attentes des compagnies aériennes : la production à grande échelle de carburant aérien durable, aussi connu sous le nom de SAF, de Sustainable Air Fuel. Car, si le Président de la République invite le secteur à participer aux efforts de réduction de ses émissions, encore faut-il lui donner les moyens alors que la production de biocarburants, la seule solution durable actuellement disponible, est encore infinitésimale au regard des besoins des compagnies. Des compagnies confrontées à une double inquiétude : avoir suffisamment de SAF à incorporer pour rentrer dans les clous de leurs obligations – à savoir les 6% de SAF en 2030 fixés par l’Union Européenne, la filière étant même plus ambitieuse avec un objectif de 10% -, et des prix toujours élevés de ce carburant au regard de sa production limitée.

« Pour décarboner encore plus vite, il faut investir sur le SAF. C’est une bataille mondiale« , a déclaré le Président de la République qui voit dans ce carburant durable « un formidable levier de décarbonation« , mais aussi de créations d’emploi en redonnant un avenir industriel à certain sites, ou encore de valorisation des déchets, dans un esprit d’économie circulaire.

Si le chef de l’Etat n’a pas annoncé d’incitations fiscales, comme ont pu le faire les Etats-Unis pour réduire le surcoût du SAF pour les compagnies américaines, en revanche il s’est engagé à développer une filière de production en France. « Pour atteindre l’objectif européen de 6% d’incorporation, il faut atteindre les 500 000 tonnes de carburant durable. Nous avons sécurisé cette capacité de production grâce à Engie, TotalEnergies qui ont commencé à transformer des sites« , a précisé le chef de l’Etat. A côté de ces grands acteurs, l’Etat va également investir dans l’émergence de cette filière en mettant 200 millions d’euros sur la table. Notamment pour accompagner le développement de l’usine BioTJet que la société Elyse Energy va implanter sur le Bassin de Lacq, près de Pau. Emmanuel Macron l’a assuré : « Nous serons au rendez-vous de 2027-2030« .