Airbnb est-il menacé en Europe comme à New York ?

La nouvelle loi restreignant fortement l'usage de locations d'appartement à courte durée via les plateformes de type Airbnb à New York est la démonstration la plus récente d'un durcissement face à ce type d'hébergement temporaire et la hausse des loyers dans les villes. Quelles sont les municipalités d'Europe qui adoptent ou veulent adopter une mesure similaire? Le nombre total de logements entiers disponibles dans une ville va certainement devenir LE critère de référence pour agir...
L'offre de Airbnb à Paris telle que recensée par le site InsideAirbnb.com. En rouge les logements entiers, en vert les hébergements partagés. (Photo: InsideAirbnb.com)

L’interdiction adoptée à New York quant à la location de logements entiers de courte durée tire certainement la sonnette d’alarme pour les plateformes de location entre particuliers. De fait, beaucoup de détracteurs de ce modèle d’économie participative accusent les plateformes de type Airbnb d’assécher le marché de la location.

Aux Etats-Unis, on parle beaucoup de « l’effet Airbnb » sur une destination. C’est à dire lorsqu’un nombre grandissant de propriétaires convertit des locations à long terme qui pourraient abriter des résidents locaux en locations à court terme pour les visiteurs. Ce qui contribue à réduire ainsi une offre de logements souvent insuffisante.

Selon un rapport de trois académiciens de l’Université de Graz en Autriche et publié dans le « Journal of Housing Economics », les propriétaires d’appartement sont effectivement tentés de louer leurs appartements sur les plateformes de type Airbnb. L’étude révèle en effet qu’un loyer hebdomadaire sur Airbnb est presque le double de celui d’une location à long terme. Cette différence est encore plus marquée dans les quartiers les plus prisés et les lieux les plus touristiques.

La ville de New York a chiffré à travers plusieurs enquêtes le phénomène Airbnb. D’après un rapport du Bureau du Contrôleur de la Ville de New York, « l’augmentation de l’offre d’Airbnb a coûté aux New-Yorkais un total de 616 millions de dollars en loyers supplémentaires en 2016« . En 2016, 8 058 unités de logement ont été retirés du marché de la location, un chiffre qui a dépassé les 13 000 en 2018. Cette situation aurait renchéri d’environ 470 dollars le prix d’un loyer la même année.

L’Europe donne un sérieux tour de vis

Si les propriétaires sont effectivement libres de louer sur une courte durée leur bien immobilier, l’intensification du phénomène et la concurrence frontale avec l’hôtellerie, soumise à des contraintes plus fortes qu’un Airbnb (salaires du personnel, normes de sécurité, etc…) ont accéléré les restrictions adoptées par de nombreuses villes en Europe. Amsterdam, Barcelone, Florence, Londres, Munich, Paris ou Rome ont déjà introduit des limites à l’expansion des locations de courte durée.

Les métropoles européennes où l’offre Airbnb est la plus élevée sont aujourd’hui les plus enclines à agir. Selon les données statistiques du site américain InsideAirbnb – données contestées d’ailleurs par Airbnb lui-même – les métropoles européennes ayant le plus d’unités de location recensées sur la plateforme de location sont Londres, Paris et Rome. Mais, plus intéressant est le pourcentage de logements entiers réservés à Airbnb par destination. Copenhague est numéro un à 89,7%  suivi par Athènes à 89,6% et Paris à 86%. La moyenne de logements entiers en location dans les villes européennes tournerait plutôt dans une fourchette de 70% à 75%.

Les métropoles européennes sont donc confrontées à une véritable distorsion du modèle Airbnb. A la base, il s’agissait d’un coup de jeune donné à un concept déjà existant, le « logement chez l’habitant ». Depuis une décennie, il est tombé en grande partie entre les mains d’agences immobilières spécialisées dans la location de courte durée ou de propriétaires qui se sont professionnalisés. D’où cette sonnette d’alarme.

Genève a le plus faible nombre de logements complets en location sur Airbnb (Photo : Luc Citrinot)

Les villes les plus restrictives sont désormais Amsterdam et Barcelone. Depuis 2021, Barcelone interdit les locations d’appartements complets de moins de 31 jours. Amsterdam vient de renforcer sa législation qui force les propriétaires à ne louer leur logement que pour une durée de 30 jours par an.

Florence et Rome restreignent – voire interdisent – l’implantation de logements Airbnb dans leur centre historique. Une mesure adoptée désormais par Lisbonne. Munich comme Stuttgart limitent de leur côté le nombre de jours de location à 60 et 70 jours respectivement. Sans devoir s’enregistrer cependant auprès des autorités.

Vienne va également changer les conditions des locations courte-durée. Dans le centre historique, il n’était déjà plus possible de louer son appartement que trois mois par an. Cette mesure sera étendue à toute la ville en juillet 2024. Par comparaison, Paris semble offrir des conditions plus souples. Du moins dans la durée annuelle, fixée pour le moment à 120 jours.

De nombreuses villes souhaiteraient maintenant la mise en place d’une régulation à l’échelle de l’Union Européenne. Demande qui pour l’instant ne s’est toujours pas concrétisée.

VilleNombre total d’unités Airbnb
Logements entiers% de logements entiers sur offre totalePrix moyen estimé (€)
Amsterdam8 3866 47777,2254
Athènes12 34511 05989,6109
Barcelone17 23010 26259,6213
Berlin12 4728 14565,3133
Bordeaux11 2838 70777,2125
Bruxelles6 5174 76373,1136
Copenhague17 02715 27889,7176*
Dublin8 4404 34051,4226
Genève2 4131 69670,3253*
Istanbul45 52430 89367,999
Lisbonne21 33716 16275,7179
Londres81 79250 40161,6276*
Lyon9 8877 67477,6125
Madrid23 52414 87363,2183
Manchester5 4333 39762,5168*
Milan23 14218 76681,1196
Munich5 6773 70865,3179
Paris61 70653 07186199
Prague8 4276 74580137*
Rome26 25618 29969,7251
Stockholm4 2323 42280,9166
Vienne13 29610 51579,1117
Zurich2 3811 71572217*

* conversion de la monnaie locale en euro au 27/09/2023

(Informations au 27/09/23 Source des statistiques : http://insideairbnb.com/explore)

120 jours de location au maximum dans une centaine de villes en France

Depuis le 1er janvier 2023, la France a mis en place une réglementation relative à la location meublée touristique. Elle comporte notamment un numéro d’enregistrement obligatoire et un maximum de 120 jours pour les résidences principales dans un certain nombre de communes. La liste de ces dernières est publiée par l’Union Nationale pour la Promotion de la Location de Vacances (UNPLV).

Cette liste comprend notamment la plupart des grandes métropoles françaises ainsi que des villes à l’activité très touristique. Parmi les villes de plus de 100 000 habitants échappant (à la date du 27 septembre 2023) à cette restriction de 120 jours, on trouve encore Angers, Besançon, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Limoges, Metz, Mulhouse, Nancy, Orléans, Perpignan, Rennes, Rouen, Toulon et Tours.

Mais de nouvelles règles plus contraignantes pourraient finalement être adoptées face à la pénurie de locations d’appartements pour les locaux dans la plupart des grandes villes.

Une poignée de parlementaires et sénateurs ont demandé en juin un encadrement plus sévère de ces locations de meublés touristiques de courte durée. Avec un catalogue de sept mesures pour agir aux niveaux « fiscal, réglementaire et législatif », selon la proposition de ces élus de la République.

Avec 6 834 appartements complets sur Airbnb, Montmartre est le quartier le plus populaire à Paris pour la plateforme selon Inside Airbnb (Photo : Luc Citrinot)

Vers des mesures plus discriminatoires pour les logements de courte durée?

Parmi les mesures réclamées figure une réduction du nombre de jours de location à 90, plus ou moins dans la moyenne des autres pays européens. La fiscalité serait revue avec la suppression des abattements fiscaux sur les locations saisonnières afin de favoriser la location de longue durée.

A Paris, le nouveau plan local d’urbanisme, présenté en juin dernier, prévoit l‘interdiction de nouveaux meublés touristiques professionnels dans les immeubles d’habitation et dans le secteur touristique.

Face à ces nouvelles limitations plus dures, l’UNPV a réagi. Elle a lancé une plateforme qui recueille les témoignages des hébergeurs afin de les rassembler autour de propositions communes pour une révision plus juste des règles encadrant le secteur de la location touristique de courte durée. L’association appelle les pouvoirs publics à agir sans céder à la démagogie.

« L’immense majorité des locations meublées (résidences principales et secondaires) sont louées moins de 120 jours par an et génèrent un revenu médian annuel de 3 900 euros pour les hébergeurs. La location de meublés touristiques bénéficie à de nombreux ménages en procurant un complément de revenus bien utile dans un contexte de hausse du coût de la vie, » rappelle Dominique Debuire, le président de l’UNPV dans un communiqué.

Les JO sauveront temporairement Airbnb

La tenue des Jeux Olympiques à Paris et dans plusieurs villes de France en 2024 risque pourtant de contredire l’image de propriétaires empathiques et qui se battent pour leur survie. En effet, selon le site de courtiers en assurance Reassurez-moi, la location d’un logement durant les jeux est déjà cinq fois plus chère qu’à la même période de 2023. Le prix moyen d’une nuit atteindrait ainsi 1.055 euros dans le 12e arrondissement pour une famille contre 205 euros cette année.

Une pierre de plus dans le jardin des locations de courte durée sous le feu des parlementaires. Cependant, ni l’Etat, ni la Mairie de Paris ne pourront réellement s’acharner sur Airbnb avant les JO. Notamment parce que Paris prévoit d’accueillir pendant les jeux quelque 15 millions de visiteurs… qu’il faudra bien loger. Et « accessoirement » parce que Airbnb est sponsor officiel mondial du Comité international olympique – mais non du COJO, le comité d’organisations des JO en France. Dans une conférence du consultant Skift la semaine dernière, le PDG d’Airbnb Brian Chesky indiquait d’ailleurs qu’il s’attendait à accueillir un demi-million de visiteurs pendant les trois semaines des JO à Paris. Airbnb n’est donc pas encore prêt à battre retraite en France !

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