Le ministre des Transports demande aux nouveaux entrants d’éviter les lignes les plus rentables

François Durovray veut faire rimer lignes TGV avec aménagement du territoire au travers de propositions originales qui seront dévoilées avant l'été 2025.
Le Ministre des Transports François Durovray a déclaré :
Le Ministre des Transports F. Durovray estime que : "Dans un cadre de marché ouvert, les règles du jeu peuvent évoluer. Je souhaite que les nouveaux entrants participent à ces enjeux d’aménagement du territoire. Je ne vois pas au nom de quoi ils récupèreraient uniquement les dessertes les plus rentables et ne concourraient pas aux logiques d’aménagement du territoire que nous avons tous en partage"

C’est une sortie remarquée qu’a fait hier François Durovray à l’Assemblée nationale. Le nouveau ministre délégué aux transports du gouvernement Barnier a invité les compagnies ferroviaires, Voyages SNCF et ses concurrents actuels ou futurs, à ne pas se positionner uniquement sur les axes plus rentables afin de permettre un aménagement plus harmonieux du territoire. « Dans un cadre de marché ouvert, les règles du jeu peuvent évoluer. Je souhaite que les nouveaux entrants participent à ces enjeux d’aménagement du territoire. Je ne vois pas au nom de quoi ils récupèreraient uniquement les dessertes les plus rentables et ne concourraient pas aux logiques d’aménagement du territoire que nous avons tous en partage« , a-t-il ainsi déclaré dans l’hémicycle. S’étant déjà élevé il y a une semaine contre la baisse des dessertes en TGV des villes moyennes, le ministre entend faire des propositions d’ici l’été 2025 pour faire rimer l’exploitation des lignes à grande vitesse avec l’aménagement du territoire.

Des investissements incompatibles avec l’exploitation de lignes déficitaires ou peu rentables

Ce projet s’emble quelque peu illusoire tant les investissements sont colossaux pour les nouveaux entrants afin de se lancer et de grappiller des parts de marché à la SNCF. Seule une exploitation sur des axes à fort trafic, garantissant un taux de remplissage important, permettent à terme d’espérer une profitabilité à Trenitalia et à la Renfe qui sont déjà présents en France, et demain à Proxima, Kevin Speed ou Le Train. Il faut en effet payer l’amortissement des rames, les péages ferroviaires qui sont parmi les plus élevés d’Europe (et même si les nouveaux opérateurs bénéficient d’une remise dégressive les trois premières années), le marketing, la distribution, le personnel, l’électricité consommée

Le Train a ainsi engagé 300 M€ pour commander 10 rames à grande vitesse au constructeur Talgo et Proxima sécurisé un milliard d’euros dans son projet de lancement prévu au mieux en 2028 comprenant là aussi l’acquisition de 12 rames auprès d’Alstom. Des montants difficilement compatibles avec l’exploitation de lignes déficitaires ou à la faible rentabilité. A moins que l’Etat ne compense les pertes d’exploitation de ces compagnies, ce qui semble difficilement envisageable à l’heure où le gouvernement fait la chasse aux économies… Cette concentration des opérateurs sur les mêmes axes dans le cadre de l’ouverture à la concurrence ferroviaire en Europe n’est d’ailleurs pas propre à la France. La SNCF avec Ouigo Espagne puis Trenitalia avec Yrio se sont lancés pour commencer sur la très lucrative route Madrid-Barcelone. Et là aussi le ticket d’entrée est élevé : si Ouigo Espagne a pris 20% de parts de marché à la Renfe depuis son lancement en 2021, la SNCF a déjà perdu dans son aventure espagnole plus de 120M€ !

Le nouveau ministre des Transports souhaite lancer un nouvel aménagement du territoire en y associant les lignes de TGV et appelle les compagnies concurrentes de la SNCF à ne pas se contenter des lignes « les plus rentables ».

Pour rappel, aujourd’hui, seules les compagnies Trenitalia et Renfe partagent les rails français sur des lignes comme Paris-Lyon, Marseille-Barcelone-Madrid ou bien encore Paris-Milan avec la SNCF.
SNCF Voyageurs a de son côté déclaré que cette prise de position était « un signal très encourageant pour les territoires qui sont légitimement très attachés à leur desserte ferroviaire », rappelant que l’opérateur « assure l’ensemble de ces dessertes TGV sans aucune subvention publique ».