
Plus de 500 nouveaux établissements : c’est ce qui est attendu en Afrique dans les années à venir selon le cabinet d’études W Hospitality. Un chiffre qui, pour Philippe Gauguier, conseiller principal au cabinet In-Extenso, « n’est pas surprenant. Le Maroc cumule actuellement à lui seul une centaine de projets. Rien que sur la ville de Casablanca, j’ai dénombré une trentaine de projets sérieux et en cours, ainsi qu’une quinzaine à Rabat. »
Un développement en continu
Accor, Hilton, Marriott, Radisson : les grands groupes internationaux ne sont pas les seuls à multiplier les projets sur le continent. Les groupes panafricains, au rang desquels figure Azalaï Hotels, lancé en 1994 avec un premier établissement à Bamako – le Mali étant la patrie de son fondateur Mossadeck Bally -, cherchent à s’étendre là ou l’Afrique se développe. Et cela en tenant compte à la fois des risques impondérables comme des immenses opportunités, entre la possibilité que plusieurs pays tombent simultanément dans une crise politique par exemple, mais aussi qu’un autre devienne une destination incontournable pour les investisseurs.
En février 2025, le groupe Azalaï va ainsi inaugurer son neuvième hôtel sur le continent, à Ouagadougou, au Burkina-Faso. Ce pays, aujourd’hui dirigé par le Capitaine Ibrahim Traoré à l’issue d’un coup d’Etat en 2022 et membre de l’Alliance des Etats du Sahel, vient de quitter la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ( CEDEAO). Le groupe Azalai Hôtels y a repris et rénové dans la capitale une installation saccagée, très dégradée qu’il a étendue de 176 à 232 chambres, le tout s’ajoutant à 13 salles de réunion.


Ce qui peut paraître un pari risqué pour un groupe international ne l’est pas pour un hôtelier panafricain, sans crainte de miser sur le futur économique de l’Afrique. De la même manière, le fondateur Mossadeck Bailly n’avait pas hésité il y a une dizaine d’années à investir dans un établissement à Nouakchott, la capitale de la Mauritanie étant une destination à l’époque peu prisée et un véritable désert hôtelier pour le voyageur d’affaires.
Mais aujourd’hui, le pays, où est attendu très prochainement un hôtel Sheraton, est devenu un nouvel eldorado énergétique avec d’importantes réserves de gaz et un boom à venir de l’hydrogène vert. De quoi rabattre les cartes pour le secteur de l’hôtellerie : « Nous avons plusieurs projets de rénovation, notamment en Mauritanie où nous allons rénover et réaliser une extension de notre établissement existant« , souligne Donald Aka, Directeur Général de Salam Management Service, filiale du groupe Azalaï. Au moins deux projets de construction sont également en cours en Guinée et au Cameroun, dans le centre économique portuaire de Douala.
ADN africain
Pour appuyer son développement, le groupe a appris à miser sur l’une des valeurs les plus sûres de son identité : son caractère panafricain. « L’ADN du groupe, c’est de faire de l’hôtellerie avec des standards internationaux mais en donnant la meilleure image du continent aux voyageurs, en gardant l’âme africaine pour leur faire découvrir une petite partie de l’Afrique dans nos hôtels, souligne Donald Aka, c’est ce qui nous incite à avoir recours à des ressources humaines qui connaissent les valeurs ainsi que la culture africaine et peuvent les partager« .
D’où le choix d’un profond ancrage local dans les pays où le groupe opère et de la priorité donnée à la formation. Une école à Bamako et un centre à Ouagadougou offrent aux jeunes des formations subventionnés par le groupe hôtelier et fournissent au moins la moitié des nouvelles recrues d’Azalai Hotels. Des partenariats et échanges réguliers avec l’Ecole hôtelière de Lausanne, les écoles hôtelières d’Abidjan et de Cotonou complètent ce dispositif.
Mais face à ces atouts, le contexte financier actuel continue de compliquer les tours de table des investissements dans le secteur hôtelier africain. Ils doivent de plus obéir aux spécificités propres au continent : « Les taux d’intérêt y sont relativement élevés. On dépasse largement les 5-6 %, voire plus sur certains pays, souligne Philippe Gauguier, la gymnastique financière y est aussi différente, avec souvent une proportion de fonds propres plus importante. En Europe, les banquiers exigent 30 % de fonds propres, mais en Afrique, on dépasse très souvent les 50 % de fonds propres, donc les montages financiers sont plus difficiles« . Une donne défavorable pour un continent où les temps de réalisation des investissements ne sont pas les mêmes qu’en Occident : « il n’existe pas les instruments qui permettraient de financer sur le très long terme, jusqu’à 20 ans« , note Donald Aka.
Une ambition environnementale
Dans cet environnement, l’expansion du groupe vers l’Afrique anglophone ne s’est pas encore concrétisée, en premier lieu à cause de la pandémie. Depuis, affirme-t-on chez Azalaï, les chiffres pointent vers un retour complet des réservations à leur niveau pré-2019. Cela n’empêche pas le groupe hôtelier panafricain d’affiner sa stratégie en faisant cohabiter la création de nouveaux hôtels avec une politique de mandats de gestion qui pourrait lui ouvrir plus facilement les portes de l’Afrique australe et l’Est du continent.
Sa filiale Salam Management Services, détenue à 90% par le groupe et à 10% par le personnel, poursuit cette expansion des établissements sous mandats sous gestion. Pour les séduire, le groupe peut notamment compter sur sa deuxième marque de fabrique : la sensibilité environnementale. Le groupe dispose d’un département dédié à l’énergie verte. L’hôtel de Bamako tire déjà près de 40% de sa consommation électrique d’un champs photovoltaïque et le groupe a des ambitions similaires pour ses autres établissements. Une préoccupation environnementale qui, à terme, va aussi conduire à une rationalisation des coûts énergétiques.




















