L’Allemagne politique reconnaît désormais l’importance de l’aérien

Si 2025 marque encore un décrochage du transport aérien allemand par rapport au reste de l'Europe, 2026 pourrait finalement renverser la tendance.
L'aéroport de Nuremberg, le plus souvent désert depuis le Covid (Photo: Luc Citrinot)

Le BDL – Bund Bundesverband der Deutschen Luftverkehrswirtschaft (Fédération allemande de l’industrie du transport aérien) – vient de publier son bilan annuel du transport aérien allemand. Un bilan qui reste peu brillant même si une timide reprise semblerait se faire jour.

Le constat est en effet amer. Selon le directeur général du BDL, Joachim Lang, « l’écart sur l’évolution du transport aérien se creuse d’année en année avec les voisins européens. Et il risque encore de se creuser davantage cette année – un signal d’alerte sérieux pour la connectivité internationale de notre économie », analyse-t-il.

Si le transport aérien en Europe a fait preuve de dynamisme en 2025, l’Allemagne en revanche ne se relève toujours pas. Le BDL constate ainsi que la plupart des pays européens ont un trafic aérien qui dépasse désormais les niveaux d’avant le Covid.

Mais en Allemagne, l’offre aérienne en sièges représentait 89% de son niveau de 2019 l’an passé. Contre 106% en Europe (et même de 108% si l’on exclut l’Allemagne) pour la même période.

Un inquiétant décrochage

Le nombre de passagers dans les aéroports allemands a légèrement augmenté à 219,6 millions, une hausse de 3,6%. « Alors qu’en Europe on prend plus que jamais l’avion, l’Allemagne reste déconnectée de ce boom », estime le directeur général du BDL.

Excellent reflet de la faiblesse d’attractivité de l’Allemagne pour les compagnies aériennes : l’évolution du trafic des compagnies low-cost que le BDL désigne sous le terme de compagnies de point-à-point. Alors que ce segment stimule généralement la croissance aérienne dans de très nombreux pays, il évite de plus en plus l’Allemagne. Il s’établissait en 2025 à seulement 66% du niveau de 2019, calculé en nombre de fréquences. Soit 50 points de pourcentage en-deçà du reste de l’Europe !

L’offre aérienne en Allemagne en 2025 comparée à 2019 -base 100: 2019. (Source: BDL-traduction: LC)

Selon le BDL, la principale cause de cette évolution réside dans les coûts d’implantation élevés imposés par l’État. Rien qu’en 2025, les charges pesant sur le secteur aérien allemand ont augmenté de 1,1 milliard d’euros pour atteindre environ 4,3 milliards d’euros.

Les mesures d’allègement décidées en novembre par la coalition du chancelier Merz, notamment concernant l’annulation de la hausse de la taxe sur le transport aérien, sont considérées par le BDL comme un premier pas important. « Ces mesures peuvent éviter de nouvelles pertes de connectivité, a affirmé le directeur général. Mais pour que l’Allemagne participe à nouveau à la croissance du transport aérien européen, d’autres actions devront suivre».

Le réveil du gouvernement allemand

Dans le même temps, les autorités allemandes réalisent enfin l’importance d’avoir un transport aérien dynamique, condition indispensable à une économie allemande forte. Lors de la conférence Aviation-Event à Francfort début février, Manfred Pentz, Ministre des affaires fédérales et européennes du Land de Hesse – là où se trouve l’aéroport de Francfort – a assuré que maintenir la compétitivité du transport aérien allemand était une tâche essentielle, notamment en simplifiant les règles existantes et en réduisant les charges sur le transport.

Selon le ministre, « améliorer l’efficacité de la réglementation doit maintenir le dynamisme économique tout en préservant la croissance et l’innovation à long terme. Le Land de Hesse figure parmi les économies régionales les plus solides d’Europe, et l’aviation joue un rôle crucial en soutenant des milliers d’entreprises grâce à une connectivité mondiale. Aux côtés du secteur financier et des grands salons professionnels, l’aéroport reste l’un des atouts d’implantation les plus importants pour les entreprises opérant dans la région. Le gouvernement régional réaffirme ainsi son engagement à soutenir la croissance de l’aéroport et à développer des partenariats avec les principaux marchés mondiaux. Les réductions des taxes aériennes, qui débuteront mi-2026, constituent une étape positive bienvenue, mais des mesures supplémentaires d’allègement sont nécessaires », martelait-il.

Lui faisait écho Stefan Schnorr, secrétaire d’État au ministère fédéral des Transports. « La stratégie du gouvernement pour renforcer l’Allemagne en tant que hub aérien repose sur trois piliers principaux : la compétitivité économique, des cadres réglementaires fiables et une transformation durable vers la neutralité climatique. Ce qui inclut la réduction des coûts imposés par l’État, la simplification des procédures, l’accélération des autorisations aux développements des infrastructures et la promotion de la digitalisation des processus passagers et des opérations logistiques. Sans oublier des investissements significatifs pour des carburants aéronautiques durables et des technologies innovantes dans la décarbonation », a expliqué le secrétaire d’Etat.

Baisser radicalement les taxes semble donc bien constituer le nouveau credo du gouvernement allemand. Selon le BDL, l’Allemagne peut prendre exemple sur son voisin suédois. Après avoir fortement taxé pendant plusieurs années l’aviation, le gouvernement a totalement supprimé la taxe sur le transport aérien à la mi-2025. Dès l’entrée en vigueur de la mesure, l’offre a nettement augmenté. En décembre 2025, la capacité offerte des compagnies aériennes était déjà supérieure de 8 % à celle de l’année précédente. Un exemple dont l’Allemagne souhaite désormais s’inspirer. Et qui devrait bien aussi servir de référence au gouvernement français…