
« Merde à Vauban ». Accor ne reprendra sans doute pas à son compte l’irrévérence de Léo Ferré. Car c’est un bagne délicieux que le groupe français prépare pour la première adresse en France de sa marque de luxe Emblems Collection. Dans une de ces fortifications pensée par l’ingénieur en chef de Louis XIV pour entourer la France d’une « ceinture de fer », en l’occurrence la Citadelle Vauban de Belle-Île-en-Mer.
Dominant l’entrée du port du Palais, ce monument historique n’en est pas à sa première aventure avec l’hospitalité. Après l’acquisition du lieu dans les années 1960 par André et Anna Larquetoux qui ont consacré une part de leur fortune à restaurer ce site en désuétude et y consacrer un musée, le groupe Savry l’avait déjà repris au milieu des années 2000 pour en faire un de ces « hôtels particuliers ». Un établissement qui a été revendu au début de la pandémie à Paris Society, avant qu’Accor ne prenne le relais pour mener à bien une rénovation des plus ambitieuses.
Annoncé en 2024, le projet de transformation est entré dans une phase plus concrète en septembre 2025, avec le début des travaux conduits par le cabinet Valode & Pistre Architectes et supervisés par l’architecte en chef des Monuments historiques. Il prend un peu plus de corps aujourd’hui avec le dévoilement des premiers détails de ce futur hôtel de l’Emblems Collection, encore en son adolescence puisque son premier membre, le Lucknam Park Hotel & Spa, n’a ouvert ses portes qu’en fin d’année dernière au Royaume-Uni, dans les Cotswolds,
« Avec Emblems Collection, nous choisissons des lieux exclusifs qui ont une âme, une mémoire profonde, a déclaré Maud Bailly, CEO Sofitel Legend, Sofitel, MGallery & Emblems. La Citadelle Vauban, emblème de Belle-Île-en-Mer, en est l’incarnation parfaite : majestueuse, chargée d’histoire et profondément liée à son territoire. »

Attendu au deuxième trimestre 2027, l’hôtel comprendra 90 chambres, dont 22 suites et 9 appartements. Paris Society Consulting étant associé pour la réflexion F&B, il disposera aussi de deux restaurants et d’un bar, d’un lieu de bien-être d’environ 2 000 m², mais aussi, pour le tourisme d’affaires, d’espaces dédiés à des séminaires exclusifs. En parallèle d’un musée lui aussi remis à neuf.
Si l’Emblems Collection a six autres ouvertures en préparation d’ici 2027 – au Canada, en Italie et en Grèce – et vise les 60 établissements dans le monde d’ici 2032, ce n’est pas la seule enseigne du groupe français à se distinguer en matière de destination d’exception. La renaissance d’Orient Express se poursuit en parallèle, sur terre comme sur mer, entre trains de luxe, voiliers ultra VIP et hôtels exclusifs. Le premier d’entre eux a ouvert ses portes l’an dernier à Rome, l’Orient Express La Minerva. Un deuxième vient de s’ajouter, à Venise, réinstallant le nom d’Orient Express au sein de cette escale historique des mythiques trains de Paris à Istanbul.
Grand train à Venise
Propriété d’Arsenale Group, de la même manière que l’hôtel romain ou les trains La Dolce Vita, l’Orient Express Venezia est le fruit de la conversion à l’hôtellerie d’ultra luxe d’un palais du XVe siècle situé dans le quartier de Cannaregio, le Palazzo Donà Giovannelli. Réinventé par l’architecte Aline Asmar d’Amman, l’hôtel propose 47 chambres, suites et résidences, toutes racontant des siècles d’histoire et d’art de vivre vénitien à travers leurs plafonds peints et voûtés. « Chacune des visites au Palazzo Dona Giovannelli est pour moi un instant de splendeur, a raconté Aline Asmar D’Amman. Cet émerveillement a été le guide d’une rénovation minutieuse, alliant le sens du théâtre à l’esprit intime d’une maison »
La proposition culinaire est à la hauteur du lieu, portée par le chef Heinz Beck, triplement étoilé à Rome et qui exporte son savoir-faire culinaire dans la Sérénissime avec le restaurant gastronomique ouvert au dîner Heinz Beck Venezia, et une table vénitienne ouverte toute la journée, la Casati, agrémentée d’un jardin privatif. Quant au Wagon Bar, d’inspiration Art déco, il rappelle l’atmosphère feutrée des wagons – salons de l’Orient Express d’origine.


Si ce cadre se destine en premier lieu à des vacances ultra privilégiées, le décor néogothique et baroque de l’Orient Express Venezia se prête aussi à des événements de prestige dans des salons rappelant que la demeure fut celle de certaines des familles nobles les plus illustres de Venise, le duc d’Urbino et les familles Donà et Giovannelli en leurs temps.
Le Salone Vittoria, par exemple, auquel on peut accéder directement en bateau par le canal de Santa Fosca, a été conçu pour célébrer, en 1548, le mariage du fils du duc d’Urbino avec la princesse de Parme, Vittoria Farnese. Plus tard, au XIXe siècle, le palazzo accueillit également de nombreuses rencontres savantes dans sa Sala della Cultura, un espace d’échanges hôte du Congrès des scientifiques italiens en 1847. Ayant retrouvé leur éclat, ces salons d’époque se dédient aujourd’hui à des événements d’exception, en parallèle de la Sala della Musica, pensée pour des formats intimistes, entre cocktails, dîners privés et performances musicales.
« Avec Orient Express Venezia, nous ouvrons un nouveau chapitre dans l’héritage de notre marque, a commenté Gilda Perez – Alvarado, PDG d’Orient Express. Le Palazzo Donà Giovannelli a été ressuscité avec un savoir-faire d’exception et un profond respect pour ses six siècles d’histoire, devenant un lieu où l’art du voyage rejoint l’âme de la cité. »




















