Jean Castex reprend en main SNCF Voyageurs

Le président de la SNCF vient de remercier Christophe Fanichet, le Pdg de cette filiale, vache à lait du groupe qui fait face à une concurrence de plus en plus forte alors que le TGV M se fait toujours attendre. Un départ salué par les syndicats cheminots.
Christophe Fanichet, lors de la présentation du TGV M en 2022 sur le site Alstom de La Rochelle. (c) S. Jaladis
Christophe Fanichet, lors de la présentation du TGV M en 2022 sur le site Alstom de La Rochelle. (c) S. Jaladis

Les grands départs en vacances passés, c’est une sortie de voie qui vient de toucher SNCF Voyageurs avec le départ annoncé le 21 juillet de Christophe Fanichet. Son PDG depuis 2020, à la création de cette filiale très lucrative qui exploite les TGV Inoui, les Ouigo, les Intercités, les TER et le réseau Transilien en Ile-de-France. Cette décision stratégique est la première d’envergure prise par Jean Castex depuis son arrivée à la présidence du groupe SNCF en janvier 2026.

SNCF Voyageurs est en effet réorganisée avec, désormais, un tandem à sa tête : Laurent Trevisani, l’actuel directeur général délégué Stratégie et Finances de la holding SNCF, en devient son président et Jean-Aimé Mougenot son directeur général. Laurent Trevisani avait assuré l’intérim à la tête du groupe SNCF entre le départ de Jean-Pierre Farandou, appelé à devenir ministre du Travail, et l’arrivée de Jean Castex. Jean Castex souhaite ainsi « impulser une nouvelle dynamique et de nouvelles orientations stratégiques à partir d’un bilan très positif », précise la SNCF dans son communiqué.

Désavoué malgré d’excellents résultats financiers pour SNCF Voyageurs, avec un chiffre d’affaires de 20,9 Md€ et un Ebitda de 2,7Md€ lors de l’exercice 2025, Christophe Fanichet sera amené à prendre « d’autres fonctions au sein du groupe ». Mais acceptera-t-il de rester au sein de l’entreprise ferroviaire ?

Le plan Destination 2030 abandonné

Avec ce départ, le plan « Destination 2030 » élaboré par Christophe Fanichet depuis de longs mois est également enterré. Celui-ci prévoyait la création de deux entités avec, d’un côté, une direction business réunissant l’activité TGV et, de l’autre, une direction dédiée aux « délégations de service public » avec les TER. Jean Castex suit ainsi les demandes des syndicats de la SNCF qui étaient opposés à la création de filiales locales destinées à répondre aux appels d’offres dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des lignes régionales.

Outre des négociations salariales, cet arrêt des filialisations était en effet au cœur des revendications lors de la dernière grève du 10 juin lancée par les organisations syndicales CGT Cheminots, Unsa Ferroviaire, Sud Rail et CFDT Cheminots. Le groupe annonce ainsi que SNCF Voyageurs disposera d’une nouvelle organisation « plus légère » début 2027 dont les lignes directrices seront « la décentralisation », « la performance », mais aussi le maintien de « l’unité du groupe ferroviaire ».

Il est à noter qu’Alain Krakovitch, l’ancien directeur pendant six ans des TGV-Intercités sous l’ère Christophe Fanichet et qui était parti depuis avril s’occuper du matériel, revient dans la boucle en tant que directeur général délégué. Avec, pour mission, d’élaborer cette organisation « construite collectivement avec les équipes de SNCF Voyageurs et de la holding ». La CGT Cheminots s’est pour sa part félicité dans son communiqué de l’abandon du projet Destination 2030, estimant « qu’il faut remettre la SNCF sur la voie du service public ».

Le retard du TGV M pèse sur les tarifs SNCF

Si Christophe Fanichet a développé SNCF Voyageurs en France et à l’international durant six ans, la branche TGV fait face à l’important retard du lancement du TGV M dont deux première rames seulement devraient rouler à la rentrée. Après presque trois années d’essais de ce TGV 5ème génération construit par Alstom… En raison de ce retard, et alors que 160 rames ont été commandées, la SNCF ne peut répondre pleinement à l’appétence de la clientèle pour le train et doit faire face à des critiques régulières sur le prix élevé des billets.

Pour y remédier, Christophe Fanichet avait lancé en février le programme O2D (pour Opération d’Obsolescence Déprogrammée) visant à prolonger la durée de vie de 2 à 15 ans de près d’une centaine de TGV, soit un tiers du parc de la SNCF. Grâce à la réorganisation à venir de SNCF Voyageurs et à l’arrivée du TGV M, la SNCF espère enfin remédier à cette situation tout en estimant que sa filiale sera en mesure de répondre « à l’intensification de l’ouverture à la concurrence ».